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Wanegaine Tching Tchong

Inspirez à fond

16 Novembre 2013 , Rédigé par Battì Publié dans #Environnement, #Pollution

Ça fait périodiquement les gros titres de la presse internationale : la pollution chinoise peut atteindre des proportions cataclysmiques : les fameuses "airpocalypses". Le terme est assez jeune, je crois qu'il est apparu l'hiver dernier.

Cette année, on est repartis sur de bonnes bases avec l'épisode de Haerbin, qui a fait le tour du monde. D'autres pics de pollution ont eu lieu, notamment un maousse à Shanghai, mais ils furent moins médiatisés car moins spectaculaires (je vous explique pourquoi un peu plus loin).

Inspirez à fond

En bon neuneu, j'avais toujours pensé que ces niveaux de toxicité de l'air étaient l'apanage des hypermégalopoles septentrionales comme Pékin ou Dalian. Ou encore des ultra-villes à la Chongqing.

Et je riais en pensant à tous ces pauvres gens qui respiraient de la merde dans leurs grosses villes affreuses. Je me sentais si supérieur dans ma petite bourgade d'un million d'habitants quasiment dépourvue d'industrie.

Et pis finalement non.

Pas du tout, en fait.

" Les villes moyennes sont encore pire que les grosses " me disait-on.

J'y croyais moyennement, jusqu'au jour où, sur le forum internet des français de Chine, quelqu'un a balancé le lien de la mort. J'ai nommé : http://aqicn.org/map/

Une putain de carte en putain de temps réel de tous les relevés AQI effectués en Asie. Merci Greenpeace.

(pour une fois que je les remercie, ceux -là...)

Ho oui, monsieur l'agent, faites-lui mal !

Ho oui, monsieur l'agent, faites-lui mal !

Alors d'abord une petite explication, n'est-ce pas : qu'est-ce que l'AQI ?

Ça signifie Air Quality Index. C'est un protocole mis au point, comme son nom l'indique, pour mesurer la qualité de l'air, partout dans le monde. C'est très bien expliqué sur Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Air_quality_index (en anglais)

Pour les pas anglophones et les feignasses : des stations très sophistiquées prélève l'air ambiant et mesurent les quantités présentes de plusieurs éléments. D'abord les polluants : le dioxyde de sulfure, le dioxyde de nitrogène, le monoxyde de carbone et l'ozone. Sont également mesurées les quantités de particules en suspension dans l'air : celles de moins de 10 nanomètres de diamètre, et celles de moins 2,5 nanomètres de diamètre.

Chacun des six éléments reçoit un score. L'AQI correspond au score le plus élevé.

Un joli tableau en couleurs a été établi pour mieux comprendre ce qu'implique le chiffre magique ainsi obtenu.

Inspirez à fond

La version française ici.

Ce qui fait les AQI de Chine, presque toujours, ce sont les célèbres PM 2.5, les fameuses particules de moins 2,5 nanomètres. Tellement fines qu'aucun filtre naturel de notre organisme ne peut les arrêter (30 fois plus fin qu'un cheveu). A chaque inspiration, ces saletés filent droit jusqu'à la plus reculée des plus petites alvéoles pulmonaires et s'y déposent tranquillement, attendant le jour propice pour vous coller un cancer.

Pourquoi elles ? Tout simplement parce qu'elles sont principalement issues de la combustion du charbon, qui représente 70 % de la production d'énergie chinoise.

Pas d'inquiétude, cependant : le gouvernement est en train de mettre le paquet sur la filière nucléaire.

Inspirez à fond

C'est ainsi par la grâce de ce site et de cette carte interactive que j'ai pu constater qu'ici aussi, dans la charmante Yangzhou, on avait droit à des AQI terrifiants. Le week-end dernier, nous avons eu un joli pic au-dessus des 300. Comme les grands !

Pas mal pour un petit bled sans usines, ni gros trafic.

J'ai été abusé par le ciel bleu et le chant des oiseaux. Qui ne doivent pas vivre bien vieux.

J'illustre avec le relevé pour Yangzhou à l'instant où je tape ces lignes, soit le matin du samedi 16 novembre, en chaussons et survêt', sirotant un bon café, en train de tapoter sur mon blog alors que j'ai quarante millions de trucs importants à faire.

Inspirez à fond

Bon alors, vous le constatez, on n'est pas particulièrement dans un bon jour. Mais regardez de plus près, je vous explique bien.

La première ligne, la star PM2.5. C'est elle qui fixe l'AQI presque tous les jours de l'année.

Ensuite vous avez la mesure PM10, des particules un peu plus grosses donc. Les niveaux sont trop élevés, mais rien de comparables avec les 2,5.

En dessous, la courbe verte de l'O3, à savoir l'ozone troposphérique ou ozone de surface (le mauvais, à distinguer de l'ozone stratosphérique, le bon qui nous protège des UV). Il est généralement produit par les usines. L'indice n'a pas dépassé 23 depuis 48 heures : ça roule !

Puis vient le SO2 ou dioxyde soufre. Il est issu de tous les types de combustion. No problemo si vous n'êtes pas un nourrisson qui court un 800 mètres.

Et enfin le CO ou monoxyde de carbone : vous voyez qu'il n'est pas mesuré par cette station qui est la plus proche de chez moi (à 300 mètres à peu près).

Suivent les données météorologiques. Je pense qu'il y a un souci avec la pression atmosphérique parce qu'elle indique continuellement 1021 millibars.

En haut à droite, on peut cliquer sur le petit rectangle bleu pour voir les courbes sur cinq jours :

Ho la belle rouge !

Ho la belle rouge !

Vous le savez, je ne suis à proprement parler un hypocondriaque. Mais là, honnêtement, ça fout un peu les jetons. J'ai donc décidé de réagir (et je l'aurais fait plus tôt si j'avais su...)

A moi la technologie moderne !

Loué soit Panasonic.

Loué soit Panasonic.

Pour 999 yuans, j'ai acheté un purificateur d'air. Pour respirer propre, au moins pendant mes nuits. Alors le soir, je me cloitre, je mets le machin en route, et quand je me réveille le matin, j'ai l'impression d'être à Val d'Isère. Psychologique ? Peut-être. Mais j'ai entendu trop de témoignages d'occidentaux qui ont développé tardivement des allergies ou même de l'asthme.

Franchement, non, merci ça va.

Moi qui suis un adulte en bonne santé, je ressens physiquement les effets de la pollution pendant les pics, comme en ce moment : la gorge perpétuellement un peu prise. Pas la bonne grosse morvasse dont on se débarrasse avec une petite toux et un beau glaviot vert fluo. Non, juste une petite gêne de rien du tout, qui me fait me racler la gorge à vide toutes les deux minutes.

C'est pour ça que j'ai fini par m'acheter un masque de protection. Un vrai, avec filtres.

Je fais désormais partie de la grande famille Respro

Je fais désormais partie de la grande famille Respro

La raison pour la quelle ça me fait un peu peur, c'est que contrairement à ce que vous imaginez probablement, il ne s'agit pas d'une pollution noirâtre qui cache le soleil. Elle est réellement complétement invisible et inodore. Là, si je lève la tête de mon ordi et que je regarde dehors, je vois un beau ciel bleu et le soleil qui inonde le campus. Pour un peu, j'irais presque faire un footing ! C'est insidieux. Très insidieux. Dans une certaine mesure, ça me fait penser à la radioactivité.

Et quand j'en parle à des chinois, beaucoup d’entre eux me rient au nez. Ha ha ! Le trouillard ! Il a bobo à sa gogorge le grand garçon ? Il a peur pour ses pitits poumons tout roses ?

Pas tous cependant. D'autres sont inquiets. Pour leur santé. Pour leur pays. Pour leur bébé aussi. Chez les enfants en bas âge, les problèmes respiratoires sont très courants. Pourtant il y a aussi une forme de résignation : on est obligés d'en passer par là pour devenir un pays moderne et développé, vous l'avez bien fait vous aussi en Europe. Et quand on me dit ça, je suis bien obligé d'acquiescer. Vos vous souvenez des villes européennes dans les année 70, et même 80 ?

Inspirez à fond

L'idée, c'est qu'une fois la "mise à niveau" terminée, la Chine pourra se consacrer à la préservation de son environnement.

Ça fait passer la pilule.

Mais attention, n'allez pas croire que les chinois s'en foutent : ils sont bien conscients de la situation. L'an passé, à Ningbo, la population est descendue dans la rue pour s'opposer à la construction d'un nouveau site pétrochimique. Silence média absolu, mais ça a sévérement frité, avec arrestations de masse et tout le toutim. La mobilisation était trop forte, et surtout la colère était trop générale : le gouvernement a reculé. Le projet est aujourd'hui "gelé".

Inspirez à fond
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