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Wanegaine Tching Tchong

Liberté du prêche

18 Juillet 2014 , Rédigé par Battì Publié dans #Journalisme, #Telegraph, #Malcolm Moore, #Censure

Sur ma lancée, je vous ai encore traduit un article moins débile que les autres sur la Chine. Ça vient du site du Telegraph, et c'est signé Malcolm Moore. Ça fait plaisir de constater qu'il y a encore des mecs qui font leur boulot correctement.

J'ai ajouté quelques images et hyperliens.

Liberté du prêche

Conseil aux journalistes : prenez un avocat

Les journalistes d’investigation ont toujours dû se plier à la censure et s’inquiéter d’une éventuelle arrestation. Mais cette année, le Parti les a empêché de travailler ensemble.

Pendant des années, un journaliste que nous appellerons monsieur Chen a dirigé des équipes d’investigation au sein de l’un des plus audacieux journaux de Chine.

Ça n’a jamais été un travail facile. Son rédacteur en chef est nommé par le Parti et il doit lutter chaque jour avec les censeurs qui dictent ce qu’il peut et ne peut pas publier.

Néanmoins, il a rencontré de nombreux triomphes au fil de sa route, mettant au jour la corruption et la stupidité et épinglant des fonctionnaires peu méfiants.

Mais cette année, Pékin a décidé d’éliminer la moindre petite déviation vis-à-vis de la ligne du Parti.

Un jour, mon rédacteur en chef m’a tout simplement demandé d’arrêter d’écrire.

« Un jour, mon rédacteur en chef m’a tout simplement demandé d’arrêter d’écrire » explique Chen dans un sourire pincé. « Il m’a promis qu’il continuerait à me payer, mais s’il vous plait pourriez-vous rester silencieux ? ».

Chen n’est pas le seul. Tous les journalistes qui essaient de produire des articles originaux et stimulants, en opposition avec le copiage de dépêches approuvées par l’état, sont devenus des cibles de la nouvelle campagne de rectification.

Zhang Zhi’an, qui a écrit un rapport très complet sur le journalisme d’investigation en 2011, estime que le nombre de journalistes auteurs d’articles « indépendants, d’intérêt public, négatifs ou sensibles » a diminué de 66 % au cours des trois dernières années.

« Il n’y a pas plus de 200 journalistes de ce type en Chine, sur le million qui travaille dans les médias », dit-il.

« Les chiffres diminuent à cause du contrôle du gouvernement. Et c’est très couteux pour les organisations d’information de conserver de grandes équipes de journalistes qui ne peuvent rien publier. »

Wang Keqin, 49 ans, peut-être le plus célèbre journaliste d’investigation chinois, a été forcé de quitter son journal l’année dernière après avoir dévoilé un « grave dysfonctionnement » dans le processus de réfrigération des vaccins dans la province du Shanxi, qui a provoqué la mort de 4 enfants et en a rendu 74 malades.

Wang Keqin

Wang Keqin

Aujourd’hui, il travaille pour une association caritative et essaie de sensibiliser aux dangers des maladies pulmonaires. « J’aimerais être un journaliste mais je n’y suis pas autorisé en ce moment, dit-il, avant de noter qu’une « nouvelle guerre idéologique » avait commencé.

« Il est impossible pour les médias d’être les chiens de garde du gouvernement en ce moment », dit-il, ne prenant pas au sérieux la récente vague d’enquêtes visant des officiels corrompus.

« Ces journalistes n’essaient pas d’attraper des tigres qui sont en vie. Ils coopèrent avec le gouvernement pour taper sur des tigres morts. Ils n’ont pas le choix. Le gouvernement leur donne des devoirs, et ils doivent les faire. »

Liberté du prêche

L’attaque gouvernementale sur les médias a plusieurs facettes. Cette semaine, des centaines de milliers de journalistes chinois doivent recevoir leur nouvelle carte de presse.

Mais pour l’obtenir, chacun a dû passer un examen visant à renforcer son éthique, son professionnalisme, et ses connaissances de la théorie marxiste.

Ils ont également dû signer un accord de confidentialité pour les empêcher de partager des infos avec d’autres journalistes ou de publier des infos partielles sur les réseaux sociaux.

Ces dernières années, les journalistes d’investigation ont utilisé les réseaux sociaux comme Weibo pour laisser fuiter des informations qu’ils ne pouvaient publier nulle part ailleurs.

Liberté du prêche

« J’ai couvert une manifestation pour laquelle j’ai soumis à la rédaction un article standard mais ensuite j’ai fait des vidéos et réalisé des interviews pour montrer que le gouvernement mentait quand il prétendait qu’il n’y avait pas eu de morts », explique un journaliste expérimenté.

« À l’époque, c’est le genre de matériau qu’on conservait pour sortir un livre plusieurs années après. Mais avec Weibo, on peut tout simplement le mettre là. Il m’a fallu plusieurs tentatives pour passer la censure, mais j’ai finalement réussi à le mettre en ligne pendant un petit moment, avant qu’il ne soit effacé », dit-il.

Au moins dix écoles de journalisme ont des directeurs issus du département de la propagande.

Zhan Jiang

La semaine dernière, le régulateur des médias a également révisé les règles contre la publication de « secret d’état » ou même de « matériau précédemment non publié ». En outre, les chefs de plusieurs écoles de journalisme ont récemment été remplacés par des officiels du département de la propagande.

« Au moins dix écoles de journalisme, dont celles de l’Anhui, Lanzhou, Nankin et de l’Université chinoise de droit et de sciences politiques, ont des directeurs issus du département de la propagande », dit Zhan Jiang, professeur de journalisme à l’université des études étrangères de Pékin.

« Les choses vont changer. Ce changement de politique est dû au fait que Pékin veut serrer la vis sur tout le secteur en Chine. Je ne sais pas ce qui va advenir » a-t-il ajouté.

Le siège de CCTV, la télé publique

Le siège de CCTV, la télé publique

Plus tôt, ce mois-ci, 30 journalistes et avocats se sont réunis dans une salle de conférence du nord de Pékin pour une journée de discussions sur comment éviter « les risques juridiques ».

« Si vous voulez essayer d’être un bon journaliste, vous devriez engager un avocat tout de suite », a dit un juriste, ne plaisantant qu’à moitié.

Les autorités, selon lui, ont tendance à appliquer un éventail d’accusations « de tout et de rien » pour arrêter les journalistes. « Ils peuvent dire que vous causiez des désordres, ou que vous diffusiez des secrets d’état. Les limites de ce qui est ou n’est pas un secret d’état sont très floues. Ou alors vous pouvez être arrêtés pour collecte illégale d’informations privées. »

« Dans certains cas, la police peut simplement fouiller dans votre dossier personnel jusqu’à ce qu’ils trouvent un motif pour vous arrêter, comme une facture impayée. »

Pendant le séminaire, un reporter a dit que les journalistes chinois trébuchaient sans cesse sur les lois de confidentialité, qui permettent aux autorités de classer tout ce qu’elles souhaitent garder secret, même après publication. « C’est un problème quotidien pour les journalistes. (...)

Le résultat est un péril commercial pour les journaux et chaines de télévision traditionnels, qui perdent des lecteurs et des téléspectateurs parce qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec l’immédiateté ou l’intérêt d’internet.

« Personnellement, je ne vois plus de reportages forts ou de travaux d’enquête » a dit un journaliste expérimenté. « Le nombre de personnes faisant encore de l’information pure diminue et le nombre de personnes vivant d’arnaque augmente de façon impressionnante. Plusieurs journaux et magazines ne font plus que de l’info soft, maintenant. »

À cause des récentes directives rappelant aux journalistes de ne pas parler aux reporters étrangers, aucun des journalistes que nous avons interviewés ne peut être nommé en toute sécurité.

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