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Wanegaine Tching Tchong

My name is Zhou

4 Septembre 2014 , Rédigé par Battì Publié dans #Actu, #Traduction, #Zhou Yongkang, #Bo Xilai, #Corruption

Grandeur et décadence : petit aperçu du parcours politique de Zhou Yongkang.

Un papier signé par l'agence Caixin, en VO ici.

Zhou Yongkang en visite à Biriatou, au Pays Basque (2006).

Zhou Yongkang en visite à Biriatou, au Pays Basque (2006).

Le pétrole comme carburant vers les sommets

Zhou Yongkang, ancien membre du Politburo du Comité Permanent du Parti Communiste Chinois, la plus haute instance du pays, est passé du statut de cadre du plus haut rang du Parti à celui de cible d’une enquête pour corruption.

Les combattants anti-corruption du Parti ont annoncé l’enquête sur M. Zhou le 29 juillet, après avoir cerné nombre de ses alliés dans la province du Sichuan ou au sein de la CNPC (China National Petroleum Corporation) où il a travaillé.

Les 31 années que M. Zhou a passées dans l’industrie pétrolière ont ouvert la voie de son ascension jusqu’au Politburo. Elles ont aussi beaucoup compté pour lui à titre personnel.

My name is Zhou

Il a quitté le Liaoning pour Pékin en 1985 pour y devenir ministre adjoint de l’antique Ministère du Pétrole. En 1988, le ministère était dissout et la plupart de ses actifs furent utilisés pour créer la China National Petroleum and Natural Gas Corporation, qui allait devenir la CNPC. M. Zhou fut nommé directeur général adjoint de cette nouvelle entreprise.

De 1989 à 1990, M. Zhou fut également Secrétaire du Parti et chef de la campagne d’exploration pétrolifère du Tarim, un projet visant à exploiter les ressources de pétrole dans le désert du sud du Xinjiang. Dans le même temps, il était aussi directeur général de l’administration pétrolière du Shengli, une filiale de la Sinopec, ainsi que Secrétaire du Parti pour la ville de Dongying, dans la province du Shandong et toute proche du champ pétrolifère de Shengli. Pendant ces deux années, M. Zhou a souvent voyagé entre le Tarim, Dongying et Pékin.

Dans la préface qu’il a écrite pour le livre de Wang Tao, consacré à la campagne d’exploration pétrolifère du Tarim, M. Zhou (alors manager général) expliquait que cette campagne avait permis d’établir un modèle de management aux caractéristiques chinoises, mêlées à des mécanismes de décision des entreprises modernes, tels qu’un système d’offre et demande pour le développement des projets.

My name is Zhou

Le livre dit qu’en mai 1989, après avoir reçu des infos concernant des violations des règles financières internes, M. Zhou a immédiatement envoyé des contrôleurs pour enquêter sur le problème et punir les coupables. Les résultats furent publiés en guise d’avertissement pour tous les employés de la compagnie.

Le livre rappelle également que M. Zhou avait été piégé dans l’hostile désert du Taklamakan dans le Tarim, alors que son hélicoptère était cloué au sol par une tempête de sable.

À partir de 1993, la compagnie pétrolière a trouvé dans le Tarim six champs de pétrole aux réserves estimées à 280 millions de tonnes, et construit des infrastructures à la capacité de production annuelle de 1,6 millions de tonnes.

Durant son mandat dans le champ pétrolifère de Shengli, M. Zhou a fait la connaissance de Jiang Jiemin, qui est devenu un allié fidèle et allait par la suite atteindre les sommets de la CNPC.

M. Jiang et Li en 2002
M. Jiang et Li en 2002

En décembre 1996, M. Zhou succédait à M. Wang qui prenait sa retraite, devenant ainsi manager général de l’entreprise et secrétaire de la section d’entreprise du Parti. En janvier 1997, Jiang Zemin et Li Peng, alors premier ministre, rencontraient les plus hauts dirigeants de l’entreprise, dont M. Zhou, dans le Palais de l’Assemblée du peuple, à Pékin. M. Zhou devint membre du Comité Central du Parti un peu plus tard la même année.

« Zhou est agressif et sûr de lui dans la mesure où il forme son jugement après avoir écouté les opinions des autres, puis s’en tient à ses décisions sans souci de ce qu’en disent les autres » explique un membre de la section d’exploration de la compagnie pétrolière. « Objectivement, il a tout d’un vrai leader. »

M. Zhou est à l’origine de plusieurs des plus grandes réussites de l’entreprise, parmi lesquelles l’ouverture des campagnes domestiques d’exploration pétrolière aux investissements étrangers, ou encore les réponses à des appels d’offre pour des projets à l’étranger. C’est aussi sous son règne que la firme a commencé à restructurer son capital et s’est préparée à entrer en bourse.

Le 10 mars 1998, le 9ème Congrès National du Peuple a adopté un plan de réforme du Conseil des Affaires d’État, plan qui comprenait la création du Ministère du Sol et des Ressources via la fusion de 4 départements déjà existants. M. Zhou fut nommé à la tête du nouveau ministère.

En 1998, alors ministre du Sol et des ressources
En 1998, alors ministre du Sol et des ressources

Réunir ces quatre administrations ne fut pas chose aisée, mais M. Zhou s’acquitta de la tache avec aisance – en partie parce qu’il a immédiatement ordonné la construction de nouveaux logements plus spacieux pour les ingénieurs du ministère, une décision qui l’a rendu populaire auprès des employés.

M. Zhou a passé moins de deux ans à la tête de ce ministère et fut transféré dans le Sichuan comme Secrétaire du comité local du Parti, en décembre 1999.

Les années Sichuan

Dans le Sichuan, M. Zhou a fait du développement des technologies de l’information une priorité, et il a aussi promu la modernisation de l’agriculture, profitant du soutien du gouvernement central pour le développement des régions occidentales du pays. Le PIB du Sichuan est passé de 401 milliards yuans en 2000 à 487,5 milliards de yuans en 2002, affichant des taux de croissance de 9 %, 9,2 % et 10,6 %.

« Zhou est très énergique et décidé. Il a vraiment marqué une cassure par rapport à la bureaucratie à l’ancienne du Sichuan » dit un fonctionnaire du temps du mandat de M. Zhou.

« Avant, le Sichuan n’était qu’une grande province agricole, et les choses y évoluaient lentement. L’arrivée de Zhou a apporté de nouvelles idées. »

L’accent qu’il a mis sur les technologies de l’information, par exemple, a posé les fondations du développement de Chengdu comme centre de l’industrie des télécommunications. Son héritage comprend la coopération de la ville avec la filière chinoise de l’entreprise Intel. Les négociations avaient débuté en 2001 et en 2003, peu après qu’il parte, Intel annonçait l’investissement de 375 millions de $ à Chengdu pour y construire sa première usine d’assemblage en Chine.

Il s’agissait alors du plus important investissement étranger jamais vu dans cette ville. Depuis, Intel a augmenté son engagement financier à Chengdu et y a diversifié ses activités. En 2012, près de 50 des plus grandes entreprises mondiales des télécoms étaient présentes dans la ville.

Ganzi, province du Sichuan

Ganzi, province du Sichuan

On a aussi attribué à M. Zhou l’amélioration des rendements agricoles dans le Sichuan en utilisant des technologies et des modes de management modernes. Il a créé deux zones pilotes et encouragé d’autres régions à s’inspirer de leur succès. De 2000 à 2002, la production totale en agriculture, sylviculture, élevage et pêche dans le Sichuan a augmenté de 11 %.

M. Zhou a aussi insisté sur le développement touristique. Le Sichuan était alors à la traine loin derrière la province du Yunnan en termes de gestion des zones pittoresques, et les gestionnaires des sites étaient connus pour escroquer leurs visiteurs. Ces problèmes furent rapportés à M. Zhou environ un an après sa prise de fonction, dit une source proche. Et sa réponse fut : « Revenez et vous verrez que de grands changements auront été faits. »

Durant les six mois après son arrivée dans le Sichuan, de graves accidents dans les transports, dont une série de catastrophes fluviales, ont tué plus de 3000 personnes.

« Zhou était furieux et a descendu en flamme le gouverneur de la province » déclare une source proche qui ajoute : « Les accidents l’ont poussé à renforcer les règles de sécurité. »

Le ministère de la Sécurité, à Pékin.
Le ministère de la Sécurité, à Pékin.

En 2002, M. Zhou a évoqué pour la première fois l’idée que le Sichuan avait besoin de sauter les étapes du développement pour réduire le retard sur les régions plus prospères de l’est de la Chine. Mais il n’est pas resté dans la province pour l’appliquer. Début décembre 2002, il partait rejoindre le gouvernement central, cette fois en tant que Ministre de la Sécurité Publique.

Dans son discours d’adieu, M. Zhou a dit qu’il avait « beaucoup appris de cette expérience dans le Sichuan » et qu’il resterait « toujours attentif au sort de la province et supporterait de tout son cœur son développement » où qu’il aille.

Et en effet, par le biais de ses protégés et de ses alliés au sein du comité provincial du Parti, l’influence de M. Zhou dans le Sichuan a duré longtemps après son départ.

Trois personnes – Li Chongxi, Guo Yongxiang et Li Chuncheng – se dégagent parmi les alliés qu’il a laissés derrière lui.

Li Chongxi fut secrétaire adjoint au comité du Parti du Sichuan pendant presque dix ans, à partir de mai 2002. Pendant cinq de ces années, il fut également secrétaire de la Commission de discipline du Parti local.

« Il est raffiné, discret, strict, et a beaucoup d’influence au sein du système disciplinaire » selon une source au sein du gouvernement du Sichuan.

M. Guo, mis en examen en avril 2014.
M. Guo, mis en examen en avril 2014.

M. Guo par contre « est mielleux et enjôleur... Il avait toujours le sourire et était prêt à rendre de petits services, » déclare un de ses anciens collègues. Selon lui, Guo est un tribun éloquent et a une bonne mémoire.

M. Guo avait passé 26 ans dans l’industrie pétrolière avant de suivre M. Zhou au ministère du sol et des ressources en 1998 pour y être son directeur de cabinet. M. Zhou l’avait emmené avec lui au Sichuan en 2000 comme secrétaire personnel.

Dans le Sichuan, M. Guo est connu pour ses réseaux. Les locaux le voyaient comme « les yeux et les oreilles de Zhou Yongkang, et parfois son intermédiaire, » déclare une source proche.

Au départ de M. Zhou pour Pékin, M. Guo est resté dans le Sichuan et en est devenu vice-gouverneur en janvier 2006. Il supervisa l’agriculture, la sylviculture et les projets hydrauliques. Il prit sa retraire de vice-gouverneur en 2008 et fut élu vice-président du Congrès provincial du Peuple et Président de la fédération des cercles des arts et des lettres du Sichuan.

Li Chuncheng, 56 ans et natif de la province du Liaoning, a fait sa carrière dans la ville de Harbin, capitale de la province septentrionale du Heilongjiang, où il fut maire adjoint jusqu’à ce qu’il parte pour Chengdu en 1998. Au début, il fut à nouveau maire adjoint de la capitale du Sichuan. Par la suite, c’est en tant que maire qu’il supervisa le rapide développement de la ville de 2001 à 2011.

En novembre 2002, Li Chuncheng fut élu membre suppléant du 16ème Comité Central. L’année suivante, il devint secrétaire du Parti à Chengdu.

L’un des principaux projets de Li Chuncheng fut de redynamiser le nord de la ville, où étaient concentrées des usines d’état d’équipement militaire, des entreprises en difficulté. Son plan fut de déplacer ces entreprises hors de la ville et de vendre les terrains au détail à des entreprises financières, touristiques et de divertissement.

M. Zhou revint dans le Sichuan au moins six fois après son départ pour Pékin. Durant deux de ces voyages en 2010, il loua les efforts de redynamisation de M. Li, disant qu’ils devraient être étendus.

Avec M. Li à la mairie, Chengdu a vu son PIB augmenter rapidement. Il fut célébré par les économistes comme un des rares dirigeants qui connaissent le terrain. L’économiste Zhang Wuchang, par exemple, le décrivit comme quelqu’un « plein de bon sens et (qui) sait poser les questions délicates. »

Li Chuncheng ne parvint pas à se faire réélire comme membre suppléant du Comité Central pour le 17ème Congrès du Parti. Des sources au fait de la question disent que ce fut dû à son implication dans une enquête pour corruption menée sur Han Guizhi, un ancien président du bureau de conseil politique de la province du Heilongjiang. Mais au 18ème Congrès du Parti en novembre 2012, il redevint suppléant.

« Li Chuncheng ne faisait pas partie des proches de M. Zhou, mais son contrôle de Chengdu suite à deux mandats de secrétaire du Parti a perpétué l’influence de M. Zhou dans le Sichuan, » déclare un fonctionnaire connaisseur de la situation.

My name is Zhou

Âgé de 60 ans, M. Zhou a rejoint le Politburo du Comité Central du Parti en 2002. En décembre de cette année, il débuta dans ses fonctions de secrétaire adjoint de la Commission centrale juridique et politique, un poste qui était resté vacant pendant presque cinq ans.

Toujours en décembre, il fut élu Ministre de la Sécurité publique, devenant le premier membre du Politburo à ce poste depuis près de trois décennies. En mars 2003, M. Zhou devint Conseiller d’État.

En novembre 2003, le ministre de la Sécurité publique publiait une circulaire définissant les trames de ce qui allait devenir une campagne sans précédent visant à maintenir la stabilité sociale.

Selon cette campagne, la priorité de chaque organe de la sécurité publique est de protéger la sécurité nationale et de maintenir la stabilité sociale, avec une attention particulière sur la prévention et la gestion des « incidents de masse », la désignation officielle des manifestations non autorisées.

Elle appelle également les instances locales à intégrer les fonctionnaires de la sécurité publique aux comités du Parti, une pratique qui selon certains place indument la police au dessus des tribunaux et du système judiciaire.

Cela est dû au fait que les juges et les procureurs ne sont normalement pas membres des comités locaux du Parti. À la place, ils occupent dans la bureaucratie un rang supérieur à celui du chef de la sécurité publique de leur juridiction – ce qui reflète la supériorité de la loi sur les forces de police.

Les détracteurs de cette politique craignent que ce rapport soit inversé si les chefs de la sécurité devenaient membres des comités du Parti. Ses zélateurs avancent que cette modification permettra une meilleure coordination.

À partir de mai 2011, 26 des 33 chefs de la sécurité du pays étaient membres du comité du Parti de leur juridiction.

Police & business

M. Zhou a pris en main le ministère de la sécurité alors que la criminalité était en augmentation et que la police était accusée d’abuser de ses pouvoirs et de sévir de façon sélective.

Dans le même temps, les bureaux de la sécurité se plaignaient de réductions budgétaires. Beaucoup étaient contraints de se fier à des accusations excessives et arbitraires et tous les policiers étaient chargés de collecter des montants en amendes contre les automobilistes et les prostituées, dit Lu Zhuo, qui était alors responsable du département de la sécurité publique du Sichuan.

« Une des principales source de corruption policière repose dans le fait que la police est devenue un business rentable, et que cela affecte inévitablement leur travail, » dit M. Lu.

My name is Zhou

Le gouvernement provincial a enquêté sur les dépenses de la police en 2003. Cette enquête a mis en lumière un comté (NDT : administrativement, équivaut à peu près à la notion d’arrondissement) d’un millions d’habitants, où le gouvernement ne payait qu’un cinquième des dépenses de la police, soit environ 27 millions de yuans par an. Pour combler le manque, la police encaissait des amendes et taxes équivalant à 20 yuans par habitant du comté.

M. Lu a entamé des réformes pour changer la situation en 2003 et fut à l’origine de la décision du gouvernement provincial l’année suivante, visant à ce que le budget couvre les frais de la police. Cette décision fut prise peu de temps après le départ de M. Zhou du Sichuan et fut largement considérée comme encouragée par lui. En 2005, M. Lu fut rétrogradé pour violation au code immobilier.

Pendant ce temps, la police fut de plus en plus impliquée dans la mise en œuvre des ordres du gouvernements, comme les démolitions forcées ou les résolutions de disputes, ce qui ne fait pas partie de leur mandat. L’approche de M. Zhou a également semblé changer. Il a reconstruit les bureaux du ministère de la sécurité, amélioré le cadre de travail et, selon un ancien employé du ministère, résolu les problèmes de logement de plusieurs fonctionnaires aguerris du ministère.

Il a aussi organisé plusieurs manœuvres à grande échelle, dont celle lancée en 2003 qui établissait « cinq interdictions » empêchant les policiers de conduire saouls, boire armés, parier, entre autres choses. Le règlement existant notifiait déjà ces interdictions, mais M. Zhou les a fortement rappelées, disent les observateurs.

Cette même année, le ministère a demandé à ses employés d’étudier les décisions du gouvernement central et de discuter de la façon de les appliquer. En 2004, il a demandé à tous les commissariats de mettre en place des sessions d’entrainement spéciales pour améliorer les connaissances et les aptitudes au combat des agents. En 2005, il lança une autre campagne, demandant à toutes les unités de police d’ « ouvrir leurs portes » pour que tous les pétitionnaires (NDT : un pétitionnaire est un citoyen porteur d’une plainte officielle, individuelle ou collective) puissent rencontrer le chef de la police. L’année suivante, le ministère a déclaré que chaque unité de police devrait s’attacher à construire des liens forts avec les gens de la rue durant les trois années à venir.

Une pétitionnaire éloignée des journalistes, devant un tribunal de Pékin (sept. 2013).

Une pétitionnaire éloignée des journalistes, devant un tribunal de Pékin (sept. 2013).

Les réactions à ces manœuvres furent mitigées. Certains disent qu’elles ont amélioré les capacités du système à combattre la criminalité, d’autres disent qu’elles ont couté bien plus qu’elles n’ont rapporté.

Wu Boxin, professeur à l’Université Populaire de la Sécurité Publique, dit que ces campagnes étaient des réminiscences des campagnes idéologiques du passé, et que leurs objectifs grandioses ne faisaient que cacher les vrais problèmes qui demandaient réellement à être réglés.

Durant cette période, les statistiques du ministère montrent que plus de 90 % des pétitionnaires ont retiré leur plainte. Ce que ces statistiques ne montrent pas, cependant, c’est que la police et les gouvernements locaux ont de plus en plus utilisé la violence pour forcer les pétitionnaires à abandonner leurs poursuites. En vertu de quoi, les « prisons noires », conçues pour emprisonner illégalement les pétitionnaires, sont devenues banales.

« Durant le mandant de M. Zhou au ministère, il y a eu des améliorations quant aux comportements policiers, mais les pouvoirs de la police ont été augmentés et les relations avec les citoyens ont été un peu plus plombées, » déclare un observateur politique qui a demandé à ne pas être nommé.

Ceci est en partie dû au fait que les améliorations ont été permises par le règne d’un homme, pas par celui de la loi, dit-il. « Quand M. Zhou et les gens comme lui ont un aperçu des bénéfices qu’un petit groupe peut obtenir par l’usage d’une violence d’état sans entraves, tout ce à quoi ils peuvent penser est comment profiter au mieux de ce pouvoir, plutôt que de le limiter. »

Jusqu’au sommet

La carrière politique de M. Zhou a atteint son apogée en 2007, quand il fut élu membre du Politburo du Comité Permanent du PCC. Il devint aussi secrétaire du comité juridique et dirigea le Groupe Central de Maintien de la Stabilité.

Durant les cinq années suivantes, le maintien de l’ordre social a reçu une attention sans précédent de la hiérarchie, Pékin organisant les Jeux Olympiques de 2008, et le pays célébrant en 2009 le cinquantenaire de sa création. Et en 2010, Shanghai accueillait l’Exposition Universelle.

Le pavillon chinois à l'Exposition Universelle de Shanghai.

Le pavillon chinois à l'Exposition Universelle de Shanghai.

Pendant cette période, M. Zhou a réussi à renforcer son pouvoir en harcelant les pétitionnaires au nom du maintien de l’ordre social. Beaucoup de villageois dans sa ville natale de Wuxi, dans la province du Jiangsu, furent victimes d’expulsions et de détention illégale tandis qu’ils essayaient de faire entendre leurs griefs aux autorités.

Les gens ont commencé à blâmer M. Zhou pour les mauvais traitements qu’ils avaient subis, et beaucoup ont laissé libre cours à leur colère en allant crier le nom de Zhou devant les caméras de surveillance de son bureau à Pékin, dit un villageois. Il ne s’est jamais montré.

M. Zhou a fait en sorte que la capacité à maintenir l’ordre devienne un critère majeur dans les évaluations des fonctionnaires. Il devint si important qu’une mauvaise note dans ce domaine prenait plus d’importance que n’importe quelle réussite dans une autre catégorie. Même les tribunaux furent sommés d’aider à maintenir la stabilité, une tache qui ne va pas de paire avec l’indépendance de la justice, disent les critiques.

« À partir du moment où ça permettait de mettre fin aux pétitions, personne ne disait un mot quant aux méthodes employées, qu’elles soient plaisantes ou coercitives, et même si elles étaient clairement illégales, » déclare un juge à la retraite qui a exercé pendant 30 ans.

M. Zhou était un partisan résolu de Bo Xilai, ancien membre du Politburo et chef du Parti à Chongqing, condamné pour corruption, détournement et abus de pouvoir. M. Bo purge actuellement une peine d’emprisonnement à vie.

M. Bo avait lancé une campagne contre le crime organisé à Chongqing en juin 2009. Au 25 octobre, la police avait interpellé 2915 suspects.

Un mois après le début de l’opération, le comité juridique communiquait les lignes directrices de la guerre contre le crime. Trois mois plus tard, le gouvernement de Chongqing annonçait les progrès de sa campagne anti-criminalité, déclarant qu’il mettait en œuvre les suggestions du comité pour éradiquer le crime. Peu après, Liu Guanglei, secrétaire du Comité à Chongqing, déclarait : « La décision d’approfondir la lutte contre le mal et les forces criminelles venait du gouvernement central. »

Le gouvernement municipal déclarait aussi que M. Zhou approuvait complètement cet effort, qui selon lui était bon pour le peuple et la société.

Pendant les réunions législatives des années suivantes, M. Zhou a rencontré des représentants de Chongqing et a loué les réussites de la ville dans sa lutte contre le crime. M. Bo avait présidé ces rencontres et remercié M. Zhou pour son soutien.

M. Zhou dit également le plus grand bien des efforts de la ville de Chongqing pour mettre en ligne les ventes de biens saisis. La plate-forme nationale rmfysszc.gov.cn fut créée par la Court Suprême du Peuple en 2012 sur le modèle du site de Chongqing.

Wang Fenghai, ancien secrétaire général adjoint de l’Association Chinoise des Commissaires priseurs, dit que la ville de Shanghai a mis en place une plate-forme d’enchères similaire, mais qui serait mieux. « La clé ce n’est pas de savoir quelle site choisir, mais de suivre les lois et les procédures en faisant son choix, pour que les monopoles et les décisions arbitraires des dirigeants puissent être empêchées » dit-il.

M. Zhou a fait l’éloge de presque toutes les politiques menées à Chongqing sous le règne de M. Bo et a dit que beaucoup d’entre elles devraient être étendues.

M. Zhou et Bo (en noir).

M. Zhou et Bo (en noir).

Nous ne saurons peut-être jamais si ces compliments n’étaient que des outils d’alliance politique ou s’il les pensait vraiment. Mais même après la volte-face de Wang Lijun, l’ancien chef de la sécurité à Chongqing qui s’est retourné contre Bo Xilai de façon aussi spectaculaire que médiatisée, menant ce dernier à sa chute, M. Zhou a continué à rencontrer M. Bo tandis que d’autres lui tournèrent le dos à la réunion législative annuelle de 2012. Un mois plus tard, M. Bo était mis en examen par le Parti.

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