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Wanegaine Tching Tchong

Quand Pékin marche sur des eux

15 Septembre 2014 , Rédigé par Battì Publié dans #Actu, #Traduction, #Hong Kong, #Démocratie

La presse généraliste en parle peu, voire pas du tout. Mais ça chauffe à Hong Kong, où la Chine veut réviser la loi électorale.

Pour vous, le papier de Isaac Stone Fish, sur foreignpolicy.com.

La VO ici.

Quand Pékin marche sur des eux

La démocratie est contagieuse

Quel message l’agitation civile hongkongaise envoie-t-elle au reste de la Chine ?

Vous voulez une technique pour comprendre les prises de décisions au plus haut niveau de l’état en Chine ? Partez du principe que chaque décision est prise avec pour finalité le maintien du Parti Communiste Chinois au pouvoir. Bien qu’imparfaite, c’est la meilleure façon d’expliquer pourquoi le PCC fait ce qu’il fait. Elle fournit également un système de hiérarchisation des infos dans le pays : plus une nouvelle traite d’un problème menaçant la survie du Parti – corruption, mécontentement rural, mouvements démocratiques, dissensions au sein du PCC – plus cette nouvelle importe aux yeux Pékin.

C’est pourquoi la révision de la loi électorale, apparemment sans intérêt, à Hong Kong – qui va infléchir la démocratie – est une info immensément importante. Le 31 août, l ‘Assemblée Nationale du Peuple, parlement qui entérine les décisions de Pékin (NDT : c’est-à-dire les décisions du Parti), a annoncé sa décision très attendue quant aux candidats au poste de Chef de l’exécutif à Hong Kong : un comité de nomination fidèle à Pékin devra d’abord donner son aval aux candidats, et seulement deux ou trois seront autorisés à se présenter à la prochaine élection, en 2017. Cette annonce, qui si elle appliquée empêchera tout candidat d’opposition de participer au scrutin, a conduit à des manifestations des activistes pro-démocratie à Hong Kong.

Quand Pékin marche sur des eux

Pékin fait étalage de sa domination sur Hong Kong. En 1982, pendant les négociations concernant le destin de la colonie britannique, le leader chinois Deng Xiaoping aurait déclaré à la première ministre Margaret Thatcher que les chinois pouvaient facilement prendre Hong Kong par la force : « Je pourrais entrer et prendre le tout en un après-midi, » aurait dit Deng. À quoi Thatcher aurait répondu : « Je ne pourrais rien faire pour vous en empêcher, mais le monde entier saurait alors ce qu’est vraiment la Chine. » Pékin avait promis que Hong Kong, qui fut rétrocédée à la Chine en 1997, resterait éligible au suffrage universel pour les élections de 2017 ; le gouvernement chinois semble ne pas tenir sa promesse. Comme la déclaration de Deng en 1982, la décision de Pékin est un rappel de qui tire les ficelles à Hong Kong, et peu importe l’opprobre internationale.

Pour Pékin, l’opinion internationale – qui n’a que peu d’effet sur la capacité du Parti à rester au pouvoir – importe bien moins que l’opinion publique domestique. Et pendant que la Chine essaie de faire savoir qu’elle tient Hong Kong sous contrôle étroit, le mécontentement à Hong Kong pourrait envoyer un message inquiétant aux gens à travers toute le pays.

Quand Pékin marche sur des eux

Le contrat social est implicite entre le Parti et les citoyens qu’il dirige : ils renoncent à leur droit à participer sérieusement à la vie politique, Pékin assure prospérité économique et renaissance nationale.

Hong Kong défie cette hypothèse : sous ce que Pékin appelle « un pays, deux systèmes », les 7,2 millions de citoyens hongkongais, bien que chinois, disposent de bien plus de marge de manœuvre en termes de libertés de réunion et d’expression que leurs compatriotes du continent. Ses citoyens bénéficient d’un revenu per capita de presque 40 000 $, de très bonnes écoles, de taux d’imposition extrêmement bas, et d’un des meilleurs systèmes de santé en Asie, si ce n’est au monde.

Si même les hongkongais s’agacent de la domination continentale, alors un étudiant de Pékin ou un journalier du Xinjiang n’ont-ils pas des raisons bien plus légitimes de se plaindre et de protester ?

Opter pour la stratégie inverse et apaiser Hong Kong en l’autorisant à choisir son propre chef de l’exécutif pourrait conduire à trop de scénarios cauchemardesques pour le PCC. Les hongkongais pourraient élire quelqu'un qui prendrait d’importantes décisions sans l’aval de Pékin, ou quelqu’un qui mettrait en place des politiques dérangeantes pour Pékin. Ou pire : et si les citoyens de Hong Kong élisaient quelqu’un souhaitant déclarer l’indépendance ? Ce serait catastrophique pour un gouvernement obsédé par l’intégrité territorial de la Chine. Il vaut mieux pour Pékin empêcher la tenue d’élections libres dès maintenant – c’est bien plus simple que de démettre un dirigeant élu ou de faire face à un mouvement indépendantiste.

De plus, la démocratie est contagieuse. Si Pékin accorde le suffrage universel aux hongkongais, il serait encore plus difficile de maintenir que d’autres parties de la Chine ne le méritent pas. Déjà des grognements s’élèvent à Macao, dont les 600 000 habitants jouissent d’une liberté comparable à celle de leurs voisins de Hong Kong. Si un mouvement similaire émergeait sur le continent, cela deviendrait nettement plus inquiétant pour le Parti. « Et si Shenzhen, qui n’est pas bien loin de Hong Kong, demandait la même chose ? » se demandait sur Bloomberg Ding Xueliang, professeur de sciences politiques à l’université de Hong Kong.

Quand Pékin marche sur des eux

Le gouvernement pourrait sévir contre Hong Kong, mais il doit faire bien attention à ne pas y aller trop fort – au risque de s’aliéner la majorité de hongkongais que le statu quo ne dérange pas. Plus important, Pékin est sur ses gardes quant au message envoyé à Taiwan, l’île autonome d’environ 23 millions d’habitants revendiquée par la Chine. Depuis des décennies, le but ultime de la politique étrangère de Pékin est la réunification de Taiwan avec le continent. La façon la plus probable pour que cela se produise serait une situation similaire à Hong Kong – qui verrait les taïwanais bénéficier d’une importante autonomie et d’un large éventail de libertés politiques. Mais plus les hongkongais souffriront, plus il sera difficile pour le Parti de convaincre les taïwanais de rejoindre de leur plein gré le continent.

C’est une certitude : à ce stade, l’agitation à Hong Kong est loin de constituer une menace existentielle pour le Parti. Mais Pékin va devoir s’en occuper avec de très grandes précautions.

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