Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Wanegaine Tching Tchong

Leur part du gâteau

28 Novembre 2014 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Cartes bancaires, #UnionPay, #OMC, #Mondialisation

Un article intéressant à plus d'un titre, de chez Caixin. D'autant plus intéressant qu'il répond à ma précédente bafouille qui causait des entreprises d'état. C'est pas fait exprès mais ça tombe bien.

La version originale est ici.

J'ai ajouté des images (sauf la première) et des hyperliens. Certains sont en anglais, pardon.

Leur part du gâteau

Visa et Mastercard se heurtent aux dés pipés de la Chine

De nouvelles normes donnent à Union Pay un gros avantage face aux cartes bancaires étrangères.

Frederic Brown

Leur part du gâteau

Les envies d’expansion en Chine des dirigeants de Visa et de Mastercard ont récemment été comblées quand le Premier ministre Li Keqiang a laissé entendre qu’une porte pourrait s’ouvrir à eux sur le marché chinois des cartes bancaires en yuans.

Mais ils avaient mal compris M. Li : la déclaration du Premier ministre, fin octobre, ne signifiait pas une ouverture aux entreprises étrangères. En fait, elle annonçait des temps encore plus durs.

Malgré une directive de l’Organisation Mondiale du Commerce qui mettait la Chine en demeure d’ouvrir son secteur des cartes bancaires avant août 2015, le gouvernement central n’a aucune intention de laisser Visa ou n’importe quelle autre entreprise concurrencer Union Pay, la compagnie d’état qui dispose de la permission exclusive de la Banque du Peuple – la banque centrale du pays – pour compenser les paiements interbancaires domestiques.

Leur part du gâteau

Actuellement, les entreprises étrangères ne peuvent pas exercer en Chine sans passer par le réseau Union Pay et s’acquitter de frais d’accès. Il leur fut également imposé de distribuer à leurs clients des cartes portant le logo Union Pay, un accord qui fut rompu en 2010 quand leurs relations avec Union Pay se sont dégradées.

Le 3 novembre 2014, l’emprise de Union Pay s’est renforcée quand la banque centrale a annoncé que « les nouvelles cartes intégrées émises par toutes les banques doivent être conformes aux normes 3.0 de la Banque du Peuple. »

Ces normes établissent le langage électronique par lequel une carte bancaire transmet les informations du client à un terminal de paiement ou à un distributeur automatique de billets. Ces normes ne sont utilisées que par Union Pay et sont incompatibles avec le système EMV adopté il y a des années par Mastercard et Visa. EMV signifie « Europay, Mastercard & Visa » (Europay a été racheté par Visa en 2002).

Leur part du gâteau

Même si Pékin voulait ouvrir le marché des compensations par cartes bancaires, la dernière réglementation oblige toutes les entreprises sauf Union Pay à adapter leurs pratiques pour obtenir l’autorisation d’opérer en Chine. Par exemple, les terminaux de paiements des points de vente au détail ainsi que les opérations aux DAB devraient se conformer aux nouvelles normes.

Et ce changement n’est pas donné : un technicien de Union Pay explique que modifier une seule machine pour l’adapter aux nouvelles normes peut couter plusieurs centaines de yuans.

La décision de faire des normes 3.0 de la Banque du peuple un pré requis national faisait suite à la déclaration du 29 octobre de M. Li, au sujet d’une ouverture du marché des paiements par carte, où il laissait entendre que les entreprises domestiques et étrangères seraient autorisées à entrer en concurrence. Sur le coup, les dirigeants de Visa et de Mastercard ignoraient visiblement que la banque centrale allait bientôt mettre en place une réglementation mettant hors course leur système EMV.

Pékin - La Banque du peuple (et un cycliste)

Pékin - La Banque du peuple (et un cycliste)

Des normes faites maison

Avec cette décision de la Banque du Peuple (PBOC), la Chine trouvait un moyen de surmonter le rappel à l’ordre juridique de l’OMC en 2012. La Chine avait été jugée coupable d’enfreindre les règlements du groupe en laissant Union Pay monopoliser les services de compensation. L’OMC avait ordonné à la Chine d’ouvrir son marché avant août 2015.

L’OMC avait émis un jugement qui fixait une période de coopération entre Union Pay et les entreprises de cartes bancaires étrangères, coopération qui finit par mal tourner. Union Pay a officiellement mis fin à ses efforts pour intégrer Visa et Mastercard en 2010, quand l’entreprise chinoise refusa de laisser ses concurrents occidentaux utiliser son logo.

Li Xiaofeng, un dirigeant de la banque centrale, a déclaré que toute entreprise qui émettait des cartes bancaires en yuans devait adopter les normes chinoises du secteur. Mais en suivant ces normes, a dit M. Li, les protagonistes domestiques et étrangers devaient être libre de se concurrencer en offrant différentes opérations et services.

Leur part du gâteau

« Ouvrir le marché des services de compensation ne signifie pas que nous devons renoncer aux normes que nous avons développées et dont nous sommes propriétaires, ni que nous devons satisfaire les entreprises étrangères en adoptant leurs normes » a-t-il ajouté. « Toutes les sociétés, chinoises et étrangères, seront traitées de la même façon. Il n’y aura pas de normes distinctes pour les entreprises étrangères. »

Les critiques accusent le gouvernement d’utiliser ces normes comme barrières techniques pour protéger la position de Union Pay sur le marché. Certains ont averti que la Chine pourrait recevoir une nouvelle gifle de l’OMC.

« Quand des parties différentes ont des intérêts différents, le gouvernement doit trouver un équilibre » déclare une source chez Mastercard. « Autrement, l’OMC va établir que la Chine a enfreint les règles à nouveau. »

Leur part du gâteau

Mais un fonctionnaire du département technique à la banque centrale a déclaré que « chaque pays a son système de compensation, et la Chine souhaite avoir le sien. Nous n’avons pas à suivre les normes de Visa et Mastercard. »

Ces normes établissent les paramètres techniques pour les cartes bancaires à puce, baptisées « cartes intelligentes », qui remplacent les vieilles cartes à bande magnétique. Chacune permet à son utilisateur de virer de l’argent d’un compte à un autre, depuis un terminal ou un DAB.

Comme beaucoup d’autres pays, la Chine s’efforce de remplacer les cartes qui stockent les informations du titulaire sur bande magnétique. Les cartes intelligentes sont considérées comme plus sûres que les cartes à bande magnétique et peuvent disposer de plus de fonctions, comme la possibilité d’utiliser la communication en champs proche pour virer de l’argent.

Leur part du gâteau

Un fonctionnaire de la banque centrale qui travaille au service des paiements dit que les nouvelles cartes intelligentes sont conçues pour protéger les informations concernant le titulaire de la carte, tout en respectant les critères de souveraineté de la Chine.

Les cartes intelligentes chinoises et les cartes EMV ne sont pas compatibles car elles utilisent des méthodes de cryptage différentes, explique Chen Zhong, qui dirige le centre de recherche en finance digitale à l’université de Pékin. Le gouvernement voit les cartes intelligentes comme une option valable face aux EMV car elles protègent mieux les informations, et les normes faites maison donnent au gouvernement une plus grande marge de manœuvre, dit-il.

La banque centrale a commencé à établir les normes des cartes intelligentes en 1997. Elles furent modifiées à plusieurs reprises jusqu’à ce que la banque créée le système PBOC 3.0 pour Union Pay.

Leur part du gâteau

Les banques chinoises émettent ces cartes depuis 2011. Les DAB et les terminaux à travers tout le pays sont également mis à jour.

Aujourd’hui, selon Union Pay, environ un milliard de cartes ont été émises en Chine et 95 % des DAB du pays les acceptent. La banque centrale souhaite que les cartes intelligentes aient remplacé toutes les cartes magnétiques fin 2014.

En recherche d’équilibre

Les dirigeants de Mastercard n’ont pas de problème avec le fait que le gouvernement chinois souhaite développer son propre système. Ce qui n’est pas juste, selon eux, c’est que les normes fixées par le gouvernement correspondent exactement à celles utilisées par Union Pay, donnant ainsi à leur concurrent chinois un net avantage.

Salauds de rouges !

Salauds de rouges !

Une source chez Mastercard qui a demandé à ne pas être nommée dit que les normes du secteur dans tous les pays devraient traiter les entreprises de bonne foi avec impartialité.

Mais les dirigeants de Union Pay estiment avoir été traités injustement hors de Chine. En 2010, par exemple, Visa a ordonné à tous les commerçants utilisant ses terminaux hors de Chine de cesser les transactions via le réseau Union Pay. Laquelle a immédiatement contre-attaqué en mettant fin à l’accord qui permettait de mettre leur logo à côté de ceux de Visa et Mastercard.

En vertu de quoi, aujourd’hui, toutes les cartes Visa et Mastercard émises en Chine sont compensées en dollars et non en yuans. En théorie, cela devrait rendre ces cartes plus chères que les cartes Union Pay pour les commerçants. Néanmoins, dans la pratique, beaucoup de banques chinoises qui émettent des cartes internationales contournent cette obligation en convertissant automatiquement en yuans les paiements effectués en dollars, épargnant ainsi aux commerçants les frais supplémentaires.

C'est hors sujet mais c'est rigolo.

C'est hors sujet mais c'est rigolo.

Toutefois, Visa et Mastercard perdent des clients en Chine, si on en croit une source au sein d’une banque étrangère, qui a demandé à ne pas être nommée. Quand expire une carte qui porte le logo Union Pay ainsi que ceux de Visa et Mastercard, le titulaire opte fréquemment pour Union Pay. « En réponse, la stratégie que nous avons adoptée consiste à émettre des cartes valides le plus longtemps possible. »

Union Pay déclare opérer aujourd’hui dans plus de 140 pays à travers le monde. Dans 30 de ces pays, des cartes Union Pay sont émises. L’entreprise déclare un montant global de transactions hors Chine de 620 milliards de yuans (81 milliards d'€) l’an dernier. Elle améliore également ces pratiques à l’étranger, par exemple en installant des terminaux qui acceptent les cartes intelligentes.

Pendant ce temps, les entreprises non chinoises voient s’enchainer les accrocs dans leurs tentatives d’expansions internationales vers la Chine. Selon un fonctionnaire de la banque centrale, les entreprises de cartes bancaires étrangères qui cherchent à s’implanter en Chine se voient imposer d’établir leur système de compensation sur le territoire chinois afin de fournir des services de paiement en Chine.

Leur part du gâteau

Un dirigeant de Visa qui a demandé à ne pas être nommé dit que l’entreprise envisage deux possibilités pour répondre à cette obligation de localisation. La première consiste à établir des serveurs en Chine. L’autre, à établir un département distinct qui serait chargé des cartes émises en Chine et à sous-traiter les services de compensation à des opérateurs chinois.

Les fonctionnaires de la banque centrale sont également à la recherche de moyens de surmonter les barrières techniques. L’une consisterait à équiper les DAB et les terminaux de paiement avec des logiciels compatibles avec les normes chinoises et EMV, déclare un d’entre eux. Il ajoute que « toutes les parties » sont à la recherche de solutions pour que ça fonctionne.

« Idéalement, il devrait y avoir une seule norme unifiée » déclare un technicien de chez Visa qui a demandé à rester anonyme. « Ça serait pratique pour Union Pay à l’étranger et pour les entreprises étrangères qui veulent accéder à la Chine. Sinon, tout le monde doit faire face à des coûts élevés pour s’adapter. »

Leur part du gâteau

D’après un fonctionnaire bancaire chinois, les entreprises étrangères vont se plier aux obligations chinoises tout simplement parce qu’ils veulent travailler sur cet énorme marché.

« Alors que le pouvoir d’achat en Chine augmente, les institutions étrangères en charge des paiements par carte bancaire vont être soumises à une forte pression pour adapter leurs technologies, et les entreprises étrangères les y aideront car elles veulent avoir des foules de titulaires de cartes chinois » déclare le banquier qui a demandé à ne pas être nommé.

Une fois que ce sera fait, les normes chinoises deviendront la norme à travers le monde entier. Faire des normes chinoises la norme internationale est « une stratégie nationale » a-t-il dit.

Leur part du gâteau

Mais certaines entreprises étrangères découragées par les récents développements ont déclaré ne plus avoir de projets concernant les transactions en yuans, du moins tant qu’on leur imposera de suivre des règles qui les handicapent en terme de concurrence.

« Je ne sais pas quand nous pourrons nous lancer dans les transactions en yuans » dit une source au sein d’une banque étrangère. « Il n’y a pas de planning. »

Certains acteurs du secteur ont une vision très mitigée des efforts chinois pour mener le jeu dans le business des transactions par cartes bancaires. Ils mettent en avant le fait que les technologies des puces électroniques progressent constamment et disent qu’il n’y a rien pour les inciter à continuer à les améliorer.

Partager cet article

Commenter cet article