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Wanegaine Tching Tchong

Bilan anticipé

6 Décembre 2014 , Rédigé par Battì Publié dans #Actu, #Hong Kong, #Occupy Central, #Traduction

Alors que le mouvement des parapluies semble toucher à sa fin, les observateurs sont déjà en mesure de tirer des conclusions qu'il est difficile de ne pas partager.

Ça vient de chez Foreign Policy.

(comme d'hab, j'ai ajouté images, intertexte et hyperliens)

Bilan anticipé

Toute résistance est vaine

Pékin est en train de sortir grand vainqueur des manifestations qui ont mis le tissu social hongkongais en lambeaux

Rachel Lu – Hong Kong, 04/12/2014

Un frisson a parcouru Hong Kong. Le mouvement Occupy Central, qui réclame des candidatures libres aux élections de 2017, entre dans son troisième et probablement dernier mois. Après plus de 60 jours à dormir dans les rues et à batailler contre les matraques de la police, les manifestants sont presque à court d’arguments, alors que les forces de Pékin n’ont pas cédé un pouce face aux demandes d’élections plus libres sur le territoire chinois. Hong Kong va sans doute sortir de ce mouvement en piteux état – son gouvernement méprisé, sa police défiée, son tissu social en pièces. Même pour Leung Chun-ying, chef de l’exécutif et cible préférée des manifestants, la fin de l’occupation sera probablement une victoire à la Pyrrhus. Le gouvernement central de Pékin, en revanche, est très probablement ravi de la tournure qu’ont pris les événements. Ils ont mobilisé ses alliés à Hong Kong et discrédité le mouvement en Chine continentale. Ah oui, et « Papi » (comme on nomme le gouvernement pékinois à Hong Kong) a fermement montré qui était le patron.

Bilan anticipé

Bien que l’occupation de deux secteurs commerciaux névralgiques ne soit pas encore terminée, les tactiques des manifestants sentent de plus en plus le désespoir. Après que plus de 1000 manifestants ont répondu à l’appel de la Fédération des Étudiants pour faire le siège du bâtiment du parlement et du bureau du chef de l’exécutif le soir du 30 novembre, la police est intervenue pendant plusieurs heures, laissant derrière elle nombre de fronts ensanglantés. Le lendemain, les leaders du mouvement étudiants Alex Chow et Joshua Wong reconnaissaient que le siège avait été un échec et s’excusaient auprès de leurs partisans. Puis Wong, le leader étudiant de 18 ans, entamait une grève de la faim le 1er décembre, pour essayer de gagner de la sympathie (et peut-être mettre fin à son engagement avec un petit peu de gloire). Ces tactiques sont trop peu nombreuses, et trop tardives pour sauver le mouvement. « Toute forme de protestation est vaine » déclarait Leung le 2 décembre.

Les signes de recul sont partout. La Cour suprême de Hong Kong a accordé une injonction le 1er décembre, déposée par une compagnie de bus, visant à dégager la majeure partie d’Admiralty, la zone d’affaires si dense qui est occupée depuis plus de 60 jours. La police a déjà dégagé un site d’occupation dans le quartier commercial de Mong Kok le 24 novembre, après que la cour avait émis une injonction similaire.

M. Leung Chun-ying, chef de l'exécutif

M. Leung Chun-ying, chef de l'exécutif

Les dissensions au sein des manifestants et de leurs soutiens – étudiants, députés partisans de la démocratie (les penseurs du mouvement), ou petits groupes aux motivations bien à eux – sont de plus en plus visibles. Les fondateurs du mouvement, deux professeurs d’universités locales et un pasteur chrétien, se sont rendus à la police pour endosser la responsabilité du mouvement de désobéissance civile qui a paralysé plusieurs parties de la ville. (Ils ont été libérés sans chef d’accusation après quelques heures.) Cette capitulation fut un geste controversé, dans la mesure où beaucoup de militants ont considéré qu’il mettait hors jeu les manifestants restants et allait encore plus délégitimer le mouvement auprès du grand public.

Réaction en chaine

En effet, il semble que la population se soit déjà tournée contre les manifestants. Les sondages effectués mi-novembre montraient qu’environ 70 % des habitants voulaient que l’occupation cesse. Le député Ronny Tong, du Parti Civique, un parti pro démocratie, a prévenu que poursuivre l’occupation risquait de déclencher une « réaction en chaine », et qu’un rejet plus fort du public pourrait couter des sièges précieux aux prochaines élections de 2015 et 2016. Les fondateurs de Occupy Central et la plupart des députés ont conseillé aux étudiants et aux manifestants de se retirer.

Une reddition symbolique

Une reddition symbolique

Ceci dit, même si l’autorité de Hong Kong semble l’avoir emporté, il s’agit sans doute d’une victoire à court terme, obtenue sur le dos de milliers d’agents de police surmenés, stressés et à l’occasion insultés. Les graines de la discorde sont désormais semées entre le gouvernement de Hong Kong et un large pan de la population qui considère que le chef de l’exécutif n’est qu’un pantin du gouvernement chinois, et que la police n’est que le bras politique de l’Establishment. Les manifestations « flash-mob » de centaines de personnes mobilisées via Facebook, les forums ou les applications mobiles sont devenues des événements quotidiens nocturnes à Mong Kok – visant parfois à faire fermer des magasins. Ce genre de manifs éclairs pourraient se poursuivre car les militants radicaux cherchent des moyens de continuer à diffuser leur message après la fin du mouvement, mais elles pourraient bien éroder le soutien du grand public à leur cause. Les analystes s’inquiètent à juste titre que Hong Kong, autrefois considérée comme la chaise longue du Capital, devienne à l’avenir plus difficile à gouverner.

Unfriend

Pire, le mouvement a mis en pièces le tissu social de Hong Kong, dressant les parents contre leurs enfants, les jeunes contre les vieux, les amis contre les amis. Il y a chez les hongkongais d’authentiques désaccords au sujet des blocages de routes, de l’interruption du commerce ou des provocations envers la police, même si tout cela fut accompli au nom de la quête de la démocratie. Sur les réseaux sociaux comme Facebook ou WhatsApp, le phénomène des « amis » qui ne sont plus amis, parfois entre membres d’une même famille, pour cause de vues politiques différentes fait l’effet d’un alarmant signal de désagrégation sociale.

Bilan anticipé

Tout le monde à Hong Kong sortira du mouvement Occupy avec quelques bleus, physiques ou psychologiques, mais à Pékin ça sourit certainement. Le gouvernement central a tenu bon sur le cœur du problème – c’est bien Pékin qui admettra les candidats à l’élection de chef exécutif en 2017. Des années (voire des décennies) de « front uni », un terme utilisé par le Parti Communiste Chinois pour décrire ses efforts visant à abattre les élites hors du Parti – semblent avoir payé. Le régime a prouvé qu’il savait actionner les bons leviers à Hong Kong pour exercer sa considérable influence – tous les fonctionnaires locaux sont restés en ligne, les divers magnats ont condamné l’occupation, et des groupes de citoyens ont organisé des contre-manifestations. Quand un homme d’affaires a exprimé son désir de voir M. Leung démissionner, il fut démis en douceur de ses fonctions de délégué à la Conférence Consultative du Peuple, en guise de mesure disciplinaire et de censure. Le camp conservateur a serré les rangs, tandis que l’opposition pro démocratie est en pleine débandade et minée par les conflits internes.

« En Chine ce serait encore pire »

Plus important, Pékin a réussi à discréditer ce genre de protestation étudiante au yeux de nombreux continentaux. Dans les premiers jours, les censeurs chinois ont essayé d’effacer toutes les infos sur le mouvement sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à bloquer Instagram, craignant certainement une phénomène d’imitation sur le continent. Mais alors que le mouvement se désagrégeait et devenait parfois violent, les portails web chinois ont commencé à relayé les événements de façon quotidienne, mettant souvent l’accent sur le chaos et décrivant les manifestants comme des hooligans. Sur Weibo, la plupart des commentaires au sujet du mouvement à Hong Kong sont négatifs. « Après avoir vu les émeutes à Hong Kong, je crois bien que je ne veux pas de la démocratie » écrivait Wang Hai, un homme d’affaires de Dalian. « Si la Chine continentale vivait sous cette démocratie, ce serait encore bien pire. »

Bilan anticipé

C’est sûr, le gouvernement chinois veut toujours que Hong Kong tienne son rôle de capitale financière stable et de porte d’entrée pour les investissements étrangers, comme l’a montré le lancement le 17 novembre de la connexion entre bourses de Shanghai et Hong Kong, un programme lancé il y a longtemps visant à permettre aux investisseurs de Hong Kong d’échanger des actions sur le marché de Shanghai et vice versa. Néanmoins, la croissance économique semblant toujours moins dépendante de Hong Kong va continuer. Ce qui signifie que Pékin se sentira moins redevable envers les appels à une démocratie plus ouverte à Hong Kong.

C'est qui le patron ?

Le mouvement Occupy Central restera probablement dans les mémoires comme un moment clé de l’histoire de Hong Kong, quand la politique du territoire est devenue toxique, le business tendu, le peuple sur les nerfs. Chaque jour, la gouvernance de l’ancienne colonie britannique va devenir plus délicate dans la mesure où une partie de la population, particulièrement la jeunesse mécontente et indignée, cherche des moyens de saper l’autorité locale. Mais du point de vue de Pékin, Occupy Central pourrait s’avérer avoir été un développement positif, permettant au gouvernement de tirer les ficelles parmi ses alliés et de jouer des muscles contre ses adversaires. Il semble que « Papi » ait la situation bien en mains.

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