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Wanegaine Tching Tchong

Le vice dans le heutsch

20 Décembre 2014 , Rédigé par Battì Publié dans #MaLife, #Boulot, #FLE, #L'université du Guangxi, #Cash, #Gao Kao

Je conitnue le petit feuilleton sur ma nouvelle situation professionnelle, entamé ici, poursuivi .

Comme je vous l’expliquais, je participe à un programme qui vise à former des étudiants ingénieurs pour les envoyer étudier dans des IUT français. Et comme je vous l’avais dit, ce programme souffre d’un vice terrible, un caillou dans la godasse de la taille d’une pastèque.

Le vice dans le heutsch

Pour que vous puissiez comprendre, j’entame une digression sur le système éducatif chinois. Je vais essayer d’être aussi bref et clair que possible.

Wane tou tri... pouf pouf !

Le Gao Kao

Les jeunes chinois, quand ils terminent le cursus secondaire, passent une épreuve finale qu’on pourrait comparer à notre baccalauréat. Mais il y a une différence de taille avec notre système. Mais d’une taille, comment dire ? D’une taille effarante. Colossale. Monumentale et grotesque.

En effet, le GaoKao est un concours.

National.

Je sais pas si vous saisissez bien la portée de l’adjectif « national » quand on cause d’un pays de 1,3 milliards d’habitants.

Ceci n'est pas le Gaokao. Aucune photo ne circule : journalistes interdits.

Ceci n'est pas le Gaokao. Aucune photo ne circule : journalistes interdits.

Prenez une minute. Visualisez ce que ça fait : 1,3 milliard de personne. Essayez. Vous y arrivez pas ? C’est normal. 1,3 milliards, ça fait plus que la population de toute l’Union Européenne. En fait, ça fait plus que la population de l’Union Européenne ajoutée à la population des USA. Mais largement plus.

Ou alors : vous voyez l’Afrique ? Toute l’Afrique. Bah ils sont moins nombreux que les chinois.

Or donc, à la suite de cet examen qui concerne la bagatelle de 9 millions de lycéens chaque année, tous les jeunes sont classés. Ils obtiennent une note. Puis, sur la base de cette note, tels des fonctionnaires, ils émettent des souhaits, par ordre d’attrait. Chaque choix doit concerner une filière et une université différentes.

Puis ils reçoivent un courrier qui leur dit : tu étudieras ça, là.

Affectation irrévocable. Tu voulais faire une licence de maths à Nankin ? Raté, tu feras Droit à Wuhan. Tu voulais faire de la pub ? Bah non, on t’envoie en Anglais, et puis super loin de chez toi, en prime.

Pékin. La crème.

Pékin. La crème.

Il va de soi qu’en plus de l’affectation, la note obtenue conditionne le standing de l’université désignée. Les meilleures facs du pays ne sont accessibles qu’à la condition de faire un score de psychopathe. Et il faut savoir que les mauvaises facs ne font pas semblant d’être mauvaises. C’est réellement merdique.

C’est comme ça.

Et comme si ça ne suffisait pas, il faut savoir que pour un employeur chinois, peu importe ce que les postulants à un boulot ont étudié. Il s’en tape, le recruteur. Rien à péter. Ce qu’il regarde, c’est tu as étudié. Bonne fac : sois le bienvenu. Fac médiocre : CV direct à la poubelle.

Sur la base de ces informations, vous comprenez qu’un lycéen, durant les trois jours d’épreuve du GaoKao, joue toute sa vie. Tu es un peu émotif, tu défailles, tu as un trou de mémoire... bah au revoir et merci.

Capito ?

Bien.

Et maintenant, me direz-vous : « Quel rapport avec le péché originel du programme que tu as intégré ? »

Le vice dans le heutsch

Et bien voilà : ce programme de l’université du Guangxi visant à envoyer de jeunes chinois dans des IUT français :

1 – est payant

2 – assure une place à la fac en cas d’échec.

Vous la voyez venir la tempête de caca ?

1, c’est payant. Très payant, même. 12000 brouzoufs le semestre sur trois semestres. Soit au total près de 5000 €. Vous l’avez compris, c’est une petite usine à cash pour la fac. Et tenez vous bien,

2, l’étudiant qui planterait l’admission en France serait intégré au cursus de la fac, une fac cotée, prestigieuse, qui en met plein les mirettes aux recruteurs.

Donc ?

Donc ?

Hmmm ?

Bah oui : le lycéen qui a foiré son Gaokao et s’est vu envoyer étudier de la mouise dans une fac pourave peut acheter une place à l’université du Guangxi. 5000 € et trois semestres à compter les mouches pour avoir un diplôme qui ressemble à quelque chose, c’est pas si terrible.

L'assistant-comptable, au mois de septembre.

L'assistant-comptable, au mois de septembre.

Et donc voilà, vous l’avez compris, il y a parmi nos étudiants des brouettes de jeunes qui n’en ont strictement rien à péter du français, rien à battre de l’accord du participe passé, rien à carrer des IUT et du subjonctif.

Soupirs.

Sanglots.

Enfer et pestilence.

Non, je n’exagère pas parce qu’en vrai, les candidats au départ sont minoritaires. En gros, c’est un tiers d’entre eux qui veut étudier en France. Ce qui nous laisse une charmante proportion de deux tiers d’étudiants pas concernés du tout.

Ajoutez à ça le fait que l’université dégage une confortable marge sur cette activité : il va de soi que les effectifs ne sont pas du tout limités. Tu peux payer, tu es le bienvenu.

- Heu mais chef, ils sont déjà 82 dans cette promo.

- C’est la Chine. Il faut vous adapter.

- Oui non mais moi je demande que ça, m’adapter. Mais concrètement, comment j’enseigne une langue vivante à 82 personnes en même temps ?

- Ne vous inquiétez pas, on va s’organiser.

- Ha... Mais comment ? Parce que...

- Je dois y aller, on se recontacte.

- Je... heu... Bon.

Voilà.

Pour rappel, une des raisons qui m’ont poussé à quitter mon doux cocon de Yangzhou, ce sont les étudiants pas concernés. C’est cool quand tu fuis un truc pour le retrouver à ton nouveau point de chute.

Le vice dans le heutsch

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Grustine 21/12/2014 18:47

Te voilà bien desappointé….

Battì 22/12/2014 06:13

Et encore, c'est que le premier semestre. Pour le deuxième, ça risque d'être un mix de carnaval à Rio et de fête du slip. Je redoute, oh putain que je redoute.