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Wanegaine Tching Tchong

Ma cassette...

7 Février 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Corruption, #Wang Lijun

Traduction d'un article de Foreign Policy : les proportions que peut prendre la corruption en Chine. A faire passer les époux Balkany pour de vulgaires voleurs d'autoradios.

La version originale est .

Ma cassette...

Pourris publics numéros un : portraits de canailles

Alexa Olesen, 14 janvier 2015

Dans la litanie des reportages sur les affaires de cadres corrompus, les médias d’état décrivent les butins amassés tels des cavernes d’Ali Baba. Les articles sont souvent particulièrement détaillés, procédant de l’insistance de la propagande à souligner les succès de la campagne anti-corruption lancée par le président Xi Jinping peu après son accession au pouvoir en novembre 2012. Il y a eu le fonctionnaire de l’administration du charbon arrêté en mai 2014 qui avait stocké la somme record de 29 millions d'euros en cash à son domicile ; ainsi que le petit fonctionnaire de l’administration de l’eau, incarcéré en en février 2014 qui avait caché 36 kilos d’or et biens divers dans 68 propriétés. Au sein de l’Armée populaire de Libération (APL), ses services armés, il y a eu le général qui fut inculpé en mars 2014 après avoir été pris avec 20 caisses d’alcools de luxe, un bateau en or, et une statue en or du président Mao. L’ahurissant volume de richesses et d’objets de luxe rapportés dans nombre d’affaires de corruption laisse entrevoir une élite non seulement corrompue jusqu’à la moelle, mais aussi perturbée par un syndrome collectif d’accumulation compulsive. Selon le journal public Chine Business News, quand Ma Junfei, fonctionnaire du rail à Hohhot, capitale de la Mongolie intérieure, fut incarcéré pour corruption en décembre 2013, il a déclaré aux autorités que ses « pires maux de tête » lui sont venus en cherchant comment cacher toutes les espèces qu’il recevait.

La dernière liste de fonctionnaires déchus comprend quelques officiels de haut rang ainsi que des pots de vin à une échelle si grande qu’il n’était même plus question de les cacher, même si les coupables ont bien essayé. Voici une liste des cas les plus monstrueux parmi les plus récents.

  • Xu Caihou, général en retraite de l’APL (a avoué en octobre 2014). La planque où il stockait calligraphies, or, jade, ainsi qu’un tas d’une tonne de dollars US, de yuans et d’euros, fut évacuée par plus de dix camions. Les médias publics ont annoncé en octobre 2014 que M. Xu avait avoué sa corruption, même s’il est encore en attente d’un procès.
  • Gu Junshan, général de l’APL et protégé de M. Xu (inculpé en mars 2014). Les enquêteurs ont eu besoin de quatre camions pour embarquer les billets, les caisses d’alcools précieux, le bateau en or et la statue en or de Mao Zedong.
  • Ni Fake, ancien vice-gouverneur de la province de l’Anhui (jugé en décembre 2014). 80 % des 1,75 millions d'euros de pots de vin reçus lui furent donnés sous la forme de pièces de jade, que l’intéressé aimait à caresser, paraît-il. Le reste était sous forme d’espèces et d’œuvres d’art.
  • Ma Chaoqun, fonctionnaire de l’administration de l’eau dans la petite ville de Beidaihe, près de Pékin (incarcéré en février 2014). M. Ma n’était pas un haut fonctionnaire, mais son butin prouve qu’il avait su utiliser ingénieusement ses attributions. Il a été arrêté avec 16,8 millions d'euros en espèces, 36 kilos d’or, et 68 maisons réparties dans de nombreuses villes dont Pékin. Les poids des seules espèces fut évalué à 1,5 tonnes et occupait 1,2 m3.
  • Wei Pengyuan, chef du département du charbon au Bureau National de l’Énergie (instruction débutée en mai 2014). Les autorités ont saisi l’équivalent de 29 millions d'euros en espèces chez M. Wei au mois de mai 2014, et ont déclaré que c’était leur saisie record. Quatre des compteuses automatiques utilisées pour évaluer l’argent ont cassé.
Saisie record chez Wei Pengyuan

Saisie record chez Wei Pengyuan

On n’y pense pas mais les montagnes de butin peuvent constituer un risque professionnel pour les fonctionnaires malhonnêtes en Chine ; Andre Wedeman, professeur de sciences politiques et expert de la corruption en Chine à l’université de Georgia State déclare que les monstrueux butins impliquent des contraintes pratiques. D’abord la corruption nécessite des transactions en liquide pour éviter de laisser des traces. Mais le plus gros billet chinois est de 100 renminbi, ou yuans, ce qui ne représente que 15 €, ainsi « des pots de vin de centaines de milliers de yuans peuvent s’empiler jusqu’à former un tas conséquent. » Certains pots de vin se présentent sous la forme de bons d’achat, de bijouterie, d’or, d’œuvres d’art ou de montres de luxe. « Un haut fonctionnaire peut facilement se retrouver avec un énorme tas de cash et de biens en tous genres, » déclare M. Wedeman, ajoutant que le problème qui se pose est « que faire de ces tas ? » Les comptes en banques peuvent attirer l’attention, et il est difficile de sortir de l’argent du pays à cause du sévère contrôle des capitaux.

Ma cassette...

Beaucoup se contentent d’éparpiller leur butin dans ou autour de leurs domiciles, louant des appartements ou des entrepôts. En janvier 2014, le journal public Beijing News a publié un graphique amusant qui montrait les nombreuses cachettes inventives où les fonctionnaires corrompus avaient caché leurs butins au fil des années, comme des placards secrets, des doubles-fonds de poubelles, ou des cheminées. Un petit fonctionnaire du Shandong avait placé ses gains mal acquis dans des boites à thé, dans son jardin. L’homme, fonctionnaire de comté, fut condamné à mort pour détournement et corruption en novembre 2002, une peine généralement commuée en emprisonnement à vie. Dans un éditorial pour le New York Times en mai 2014, le célèbre écrivain Yu Hua décrivait comment Xu Qiyao, fonctionnaire du Jiangsu, avait emballé des parts de ses 3,2 millions de dollars dans du plastique et les avait cachées dans « un tronc d’arbre creux, sous un tas de cendre, dans une rizière, et dans une latrine. »

Ma cassette...

Avec de telles quantités d’espèces entassées chez les hauts fonctionnaires, certains se ouvertement demandé si cette pratique avait un impact sur le système monétaire chinois. L’écrivain M. Yu a malicieusement expliqué que ses caches servaient à abriter les excédents d’espèces et permettaient d’éviter l’inflation. Il n’est pas difficile de remettre en circulation l’argent saisi, mais l’administration a un moyen ingénieux de s’occuper des biens saisis : ils sont mis aux enchères sur Taobao, sur internet. Une page spéciale montre les dernières mises en vente. Les voitures et les appartements prédominent, mais on peut aussi trouver des caisses d’alcool. Le site d’enchères permet de recouvrer une partie de l’argent perdu, mais avec l’effet salutaire d’humilier les fonctionnaires coupables. Le site est organisé géographiquement, et il est donc facile de voir quels biens ont été saisis dans chaque ville ou province. Ce système, ainsi que les descriptions colorées des médias publics, participent d’une même stratégie visant à changer l’opinion publique vis-à-vis de la corruption, qui est considérée comme inévitable par bien des citoyens. M. Wedeman explique que la médiatisation est une façon de « montrer que les fonctionnaires corrompus sont d’une cupidité irrationnelle et acceptent des pots de vin alors même qu’ils ne sont pas en mesures d’utiliser les sommes ou les objets qui leurs sont donnés. »

Le mot du jour : syllogomanie

Le mot du jour : syllogomanie

Il peut aussi y avoir une autre manœuvre en coulisses. Quand Wen Qiang fut démis de son perchoir de chef de la police dans la mégalopole de Chonqing en septembre 2009, les journalistes furent invités à assister à la fouille du bassin à poissons où M. Wen avait prétendument caché 3,2 millions de dollars. Les reportages de l’époque rapportèrent qu’il avait si soigneusement emballé son argent dans du plastique que « pas une goutte d’eau » n’avait mouillé les billets. M. Wen fut exécuté en juillet 2010 ; des années plus tard, en janvier 2013, le quotidien anglophone South China Morning Post révélait que la découverte avait peut-être été mise en scène par le rival de M. Wei,Wang Lijun, alors chef de la sécurité publique à Chonqing. (En septembre 2012, M.Wang fut condamné à 15 ans de prison pour abus de pouvoir, corruption, désertion et « usage de la loi à son bénéfice personnel. ») Le Post citait un homme d’affaires de Chongqing qui déclarait que M. Wen n’avait rien à voir avec l’argent repêché dans le bassin. « L’argent avait été emprunté à un commerce local la veille de l’invitation lancée aux médias à venir voir la soi-disant preuve. »

Wang Lijun : Ordure of the Year 2009 ?

Wang Lijun : Ordure of the Year 2009 ?

NDT : si le nom vous dit quelque chose, oui, Wang Lijun de Chongqing, c'est bien celui qui était le bras droit de Bo Xilai.

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