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Wanegaine Tching Tchong

Partir un jour

19 Mars 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Éducation, #USA, #Georgia Tech, #Université

Pourquoi les chinois, dont les miens, veulent-ils tant partir étudier à l'étranger ? La réponse traduite par mes soins, en provenance de The Economist (la VO ici).

Je n'ai pas traduit le titre. Les mélomanes sauront pourquoi. Et pour les pas mélomanes, il y a un indice tout à la fin.

Partir un jour

Georgia on their minds

Les désirs d'éducation supérieure US ont provoqué un déferlement d'étudiants à l'étranger.

Des millions de chinois ont rêvé d’étudier à l’université de Harvard. Harvard Girl, un guide publié en 2000 par les parents d’une jeune diplômée, fut un best-seller national. Le Georgia Institute of Technology, une prestigieuse université d’Atlanta, est moins célèbre. Pourtant, ça change vite : le nombre d’étudiants chinois à Georgia Tech a explosé, passant de 33 en 2007 à 2309 l’an passé. Certains inscrits viennent des meilleures écoles de Chine, et tous sont prêts à débourser environ 44000 $ (pour la scolarité et l’hébergement) – soit environ dix fois le revenu moyen annuel d’un foyer urbain.

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Les ambitions des étudiants chinois évoluent : ils ne sont plus seulement attirés par les noms ronflants. Poursuivre ses études à l’étranger est devenu une fin en soi. Des universités bien moins connues que Georgia Tech sont en train d’en tirer les bénéfices. Plus de 800 000 chinois sont partis étudier à l’étranger en 2012 et 2013. Sur ces deux années, ils représentent plus du quart des 3 millions qui en avaient fait autant depuis le début l’ouverture de la Chine sur le monde, en 1978. Fin 2013, presque 1,1 million de chinois étaient en train d’étudier à l’étranger, selon le ministère de l’éducation – plus de trois fois le chiffre de la décennie précédente. La Chine est depuis longtemps la plus importante source d’étudiants étrangers dans le monde, leur proportion augmentant rapidement. Depuis au moins 2009, c’est la Chine qui a fourni le plus grand nombre d’étudiants étrangers non seulement aux pays anglophones, mais aussi à de nombreux autres comme la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suède, la Finlande, le Japon et la Corée du Sud.

Le boom des études aux USA est particulièrement frappant. Plus de 110 000 étudiants chinois étaient inscrits en 1er cycle dans les universités US pendant l’année 2013-14, onze fois le chiffre de 2006-07. Ils représentent maintenant 30 % des étudiants étrangers en licence. En comparaison, le nombre d’étudiants en 1er cycle au Royaume-Uni a à peine doublé sur la même période, passant à 35 000 (voir le graphique). Le nombre total de chinois dans l’éducation supérieure aux USA – 274 000 – est quatre fois plus élevé que celui de 2006-07, selon les chiffres de l’Institut de l’Éducation Supérieure, à New York.

De plus, un nombre toujours plus élevé de familles envoient leurs enfants étudier à l’étranger de plus en plus tôt (et déménagent avec eux). En 2013, environ 32 000 chinois ont obtenu des visas afin d’intégrer des lycées US, pour seulement 639 en 2005. Cette croissance s’est produite malgré une nette diminution du nombre de chinois âgés de 18 à 22 ans, passé de 121 millions en 2010 à 89 millions cette année.

Plusieurs facteurs convergents expliquent ceci. L’un est la demande croissante d’une éducation allant au delà des neuf années obligatoires. En 2011, environ 25 millions de chinois s’inscrivaient en classe de terminale, deux fois plus qu’en 2000. Aidés par une rapide augmentation ces dernières années des places disponibles en université, le nombre d’étudiants a explosé. Mais la qualité de l’enseignement est faible, hormis dans une poignée d’universités, où seulement quelques milliers de places sont disponibles chaque année. En plus des universités d’élite, les USA disposent de douzaines d’établissements privés de qualité et d’immenses institutions financées par les états, comme Georgia Tech, qui sont de niveau mondial.

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Un autre facteur est la richesse grandissante des classes moyennes : beaucoup plus de familles chinoises ont désormais les moyens d’envoyer leur enfant à l’étranger. Ils préfèrent un bon établissement à l’étranger qu’une université de second rang en Chine. Leur choix est influencé par un système éducatif chinois qui est à bien des égards trop rigide et idéologiquement étouffant. Le monde est aussi devenu plus accueillant : dans beaucoup de pays développés, en particulier les USA, les visas étudiant sont devenus bien plus faciles à obtenir pour les chinois.

Les universités US, ravies d’accueillir des étudiants chinois et les paiements de leurs frais de scolarité, y ont contribué par la grâce d’un lobbying auprès du gouvernement pour que celui-ci délivre plus de visas. Elles envoient des équipes dans les meilleurs lycées du pays pour encourager les candidats. Certains campus US ont mis en place des cours pour aider les arrivants chinois à améliorer leur anglais.

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Les familles qui savent depuis longtemps que leur enfant irait étudier à l’étranger peuvent les inscrire à des cours privés dans des écoles financées par l’état. Ces cours, qui coutent jusqu’à 100 000 yuans par an, préparent les étudiants à l’examen d’admission utilisé par les universités US. Parmi les écoles qui proposent ces cours, on trouve les plus huppées, comme le lycée n°4 à Pékin, ou le lycée Bayi, lié à l’armée. Les instances académiques ont timidement exprimé leur désaccord, mais n’ont encore jamais rien fait pour y mettre un terme. Ces programmes sont destinés à une classe supérieure qu’il vaut mieux ne pas contrarier (la fille du président Xi Jinping a étudié à Harvard). Selon Hurun Report, une entreprise basée à Shanghai, chez les chinois les plus riche du pays – ceux dont le patrimoine dépasse les dix millions de yuans – 4 personnes sur 5 veulent envoyer leur enfant étudier à l’étranger.

Hai Dai, c'est plus moqueur que méchant.
Hai Dai, c'est plus moqueur que méchant.

Le gouvernement, ravi d’élever de jeunes talents formés à l’étranger et à l’aise avec les technologies de pointe et la façon occidentale de faire du business, a toutes les raisons d’encourager ce flux. Alors que ceux qui partent étudier sont toujours plus nombreux, les chinois qui rentrent au pays le sont encore plus, attirés par de belles perspectives d’emploi dans une économie bouillonnante. Plus de 350 000 sont rentrés en 2013, alors qu’ils n’étaient que 20000 dix ans plus tôt. Ils représentent plus d’un quart des 1,4 millions de diplômés revenus depuis 1978. Ils sont si nombreux que ceux d’entre eux qui ne trouvent pas d’emploi ont hérité d’un petit nom péjoratif : hai dai, qui signifie « algue » mais est homonyme de « revenir et attendre ».

Le rythme auquel augmente le nombre d’étudiants à l’étranger risque d’être délicat à soutenir dans les années qui viennent. Le nombre de chinois en âge d’étudier se réduit depuis 2008, et va continuer jusqu’en 2021, quand il y aura environ 20 millions de personnes en moins dans la catégorie des 18-22 ans. La campagne anti-corruption du président Xi vise des cadres du Parti qui envoient argent et famille à l’étranger.

Mais le désir de partir s’étend bien au delà des membres du Parti et de leurs familles. Et malgré le ralentissement économique, les revenus vont continuer d’augmenter rapidement. McKinsey, consultant, pense qu’ils auront doublé dans les zones urbaines en 2020, par rapport à 2010. Et une récente intensification des efforts de l’état pour réduire l’influence du mode pensée occidental dans les universités chinoises risque d’enflammer les envies de départs.

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