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Wanegaine Tching Tchong

Urban quest

27 Avril 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Nanning, #Archi - urbanisme, #Maison clou, #Banlieue

Après un long trajet sur la ligne 87, j'ai reconnu l'arrêt que j'avais repéré grâce à Google Maps. Ce fut long, bon sang que ce fut long : la ligne 87 est desservie par les bus péri-urbains, ceux avec un étage. C'est chouette de s'installer là-haut et de contempler les rues d'un nouvel angle, mais ces bus ne dépassent pas les 50 km/h. Même sur une rocade déserte, ils se font doubler par les vélos électriques.

Descendu de ce maudit bus, je constate que je suis dans un quartier nettement différent de ce qu'on trouve en ville. C'est vraiment la banlieue. C'est Mocun. Prononcer MoTsoune.

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Les immeubles de brique rouge sont soit pas terminés, soit pas occupés, ou alors partiellement. C'est un peu glauque. J'ai l'impression d'être de retour à Puno*.

Les commerces de rez-de-chaussée sont presque tous fermés. Certes, c'est un jour férié, mais le calme du coin me laisse penser que les locaux sont vides.

Les gens se détendent assis sur les trottoirs. Ça fait un peu miséreux.

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Comble de la plouquitude, des poules déambulent en picorant.

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Les gens qui papotent dehors me regardent d'un air étrange. Ils ne sont pas curieux, pas souriants non plus. Ils ne comprennent pas ce que je fais là. Certains regards seraient même à la limite de l'hostilité, je dois avoir l'air d'un de ces cons qui vient observer la pauvreté en rotant son Big Mac.

Et pourtant non, rien à voir.

Je suis ici dans un but précis. Je suis en quête, à l'affut, une boussole dans une main, un fouet dans l'autre. J'ai fait une longue route pour venir ici, et l'hostilité de classe dont je fais l'objet ne me fera pas rebrousser chemin.

Je tourne à droite. D'après mes calculs, je suis dans la bonne rue. J'avance, je scrute. Rien.

Je débouche sur une autre ruelle résidentielle. Toujours les mêmes immeubles moches. Les bouts de terrains ni construits ni bétonnés sont cultivés. On a planté du maïs, pas de bégonias. Clairement un quartier de paysans.

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Les constructions sont de moins en moins denses. Je suis dans une mauvaise direction. Mais je continue un peu, on sait jamais.

Je trouve un petit temple.

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Et au pied d'un arbre, les signes de culte me rappellent l'Inde où on vénère des rochers ou des plantes, où on prie des idoles primitives à l'ombre des feuillages.

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Je croise des gens silencieux et impassibles. Je n'ai rien à faire ici, ce n'est pas ma place. Je m'enfonce dans la verdure, au cas où.

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C'est la campagne, mais la vraie, celle de la survie, où on a autre chose à faire que monter de charmantes petites restanques en pierre sèche.

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Je rebrousse chemin vers le quartier où j'étais, j'essaie faire une boucle pour m'assurer de fouiller tous les coins.

Je tombe dans des ensembles qui ont l'air abandonnés alors qu'ils semblent ne jamais avoir été terminés. Expulsion ? Chantier illégal ? Épuisement des fonds ?

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Je remonte vers mon point de départ par une autre rue.

Bon sang de bon soir, rien de rien ! J'examine toutes les ruelles, je vais inspecter des impasses, mais je fais chou blanc. Pourtant ce que je cherche ne se rate pas : quand on le trouve on le trouve !

Et toujours cette étrange ambiance de fin du monde. C'est très calme, silencieux, il n'y a que peu de commerces. L'inverse de la ville chinoise.

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Je longe un collège flambant neuf. Sur le moment, ça aurait dû m'alerter. Mais je ne faisais que me résoudre à mon échec, me contentant d'observer cette rue morne et pourtant vivante.

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Alors que le soleil se rapprochait dangereusement de l'horizon, et tandis que tout espoir m'avait abandonné, à l'angle du collège tout neuf que je longeais depuis quelques minutes, alors que j'observais une bande d'enfants jouant au milieu d'une chaussée déserte, elle m'apparut dans toute sa splendide incongruité.

Un petit cri de surprise et de satisfaction m'échappait. J'étais fou de joie.

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Trônante, majestueuse, sublime.

La masure qui dit merde aux promoteurs, urbanistes et autres bétonneurs de tout poil.

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Pour que l'histoire soit parfaite, j'aimerais pouvoir raconter qu'il y vit un vieillard jovial et édenté. Mais non, elle est inoccupée. Ce qui n’empêche pas de cultiver quelques radis et courgettes là où le sol n'a pas été couvert d'une sinistre couche de béton.

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Mais le proprio ne lâche pas le morceau : il veut un dédommagement décent. Et sa maison fait le tour du monde, le tour du web.

Le collège tout neuf.

Le collège tout neuf.

Photo prise sur le site du Mirror (UK)

Photo prise sur le site du Mirror (UK)

Voilà.

Je suis content. Je reste, je m'imprègne de l'ambiance. J'admire la vieille maison en forme de poing levé. Ou de majeur dressé, aussi. Au choix.

Ici, ce ne peut être un hasard, on entend rire et les gens sont avenants. Et quand je pointe mon appareil photo vers eux, les enfants font les andouilles tandis que les parents s'esclaffent.

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Dingzi Hu
Dingzi Hu

Ce sera notre mot du jour :

Ding Zi Hu, « maison clou »

Elles fleurissent en Chine, et une recherche sur internet vous offrira une ribambelle de photos hallucinantes.

Je retourne à mon arrêt de bus, repu.

Si je cuisinais, j'irais acheter des légumes aux marchandes de rue, en guise de remerciement.

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* Puno au Pérou, oui.

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