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Wanegaine Tching Tchong

Xi Dada (3)

12 Avril 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Xi Jinping, #Parti Communiste, #Hebei, #Shijiazhuang, #Fujian, #Peng Liyuan, #Tiananmen

Xi Dada (3)

La fratrie Xi s’éparpilla : son frère et sa sœur partirent faire des affaires à Hong Kong, son autre sœur se serait installée au Canada. Mais M. Xi est resté et, année après année, se consacra un peu plus profondément au Parti. En 1979, fraichement diplômé, il obtint le poste convoité d’assistant de Geng Biao, un haut-fonctionnaire de la Défense que Xi père appelait « mon plus proche frère d’armes » du temps de la révolution. M. Xi portait l’uniforme et se fit de précieuses relations au sein de la direction du Parti. Peu de temps après être sorti de l’université, il épousa Ke Lingling, cosmopolite fille de l’ambassadeur de Chine au Royaume Uni. Mais ils se disputaient « presque tous les jours », selon le professeur qui était aussi leur voisin de palier. Il dit au diplomate que le couple a divorcé quand Mme Ke décida de déménager en Angleterre tandis que M. Xi resta sur place.

Les révolutionnaires prenaient de l’âge, et le Parti avait besoin de préparer de nouveaux dirigeants. M. Xi annonça au professeur que partir en province était « la seule voie vers le pouvoir central. » Rester au siège du Parti à Pékin restreindrait ses réseaux et ne ferait qu’alimenter le ressentiment de ses pairs moins bien nés. En 1982, alors qu’il venait de passer la trentaine, il demanda à être renvoyé à la campagne, et fut muté dans un conté du Hebei où on circulait en charrette. Il voulait être secrétaire du Parti pour le conté – le chef – mais le chef de province n’appréciait pas les jeunes privilégiés issus du siège du Parti et il ne fit de M. Xi que le numéro deux. À l’échelle chinoise, cela équivalait à quitter un poste de cadre au Pentagone pour un poste quelconque dans la campagne de Virginie. (NDT : quitter un poste de chef de cabinet à Matignon pour un poste d’assistant à la sous préfecture de la Creuse)

Xi Dada (3)

En une année cependant, M. Xi fut promu, et perfectionna ses compétences politiques. Il requinqua les cadres retraités qui pourraient faire sa réputation : il fit en sorte qu’ils aient un accès prioritaire aux soins ; quand il acheta la première voiture importée du conté, il en fit don au « Bureau des cadres retraités » et continua à se déplacer dans une vieille jeep. Il conserva son vieux pantalon de treillis de l’armée en signe d’humilité, et il apprit les vertus de la théâtralisation politique : parfois « si vous ne tapez pas du poing sur la table, si vous ne faites pas suffisamment peur, les gens ne vous prennent pas au sérieux, » déclarait-il lors d’une interview en 2003. Il fit l’expérience de l’économie de marché en autorisant les agriculteurs à utiliser plus de terres pour l’élevage au lieu de cultiver des céréales pour l’état, et il encouragea des projets locaux tape-à-l’œil, dont la construction d’un studio de télévision basé sur le classique Le Rêve dans le pavillon rouge.

En 1985, il passa deux semaines dans l’Iowa au sein d’une délégation agricole. À Muscatine, il vécut chez Eleanor et Thomas Dvorchak. « Nos fils étaient partis à l’université, nous avions donc des chambres libres, » m’expliqua Eleanor. M. Xi dormait dans une chambre avec un papier-peint dédié au football et remplie de figurines Star Trek. « Il regardait par la fenêtre et il avait l'air de penser "Oh mon dieu", et je me demandais ce qui clochait, c’est juste un étage, » dit-elle. M. Xi ne s’était pas présenté en tant que secrétaire du Parti communiste ; sa carte de visite l’annonçait chef de l’association agronomique de Shijiazhuang. En 2012, lors d’un voyage aux USA avant de devenir le n°1 chinois, il est retourné à Muscatine pour revoir Dvorchak et d’autres, poursuivi par la presse internationale. Elle déclara : « Aucune personne saine d’esprit n’aurait pu imaginer que ce gars qui a dormi chez nous deviendrait président. De n’importe quel pays. »

Xi Dada (3)

Courant 1985, M. Xi fut éligible à une nouvelle promotion et le bureau provincial du Parti le bloqua à nouveau, aussi il partit dans le sud, dans la province du Fujian, où un ami de son père était secrétaire du Parti et pourrait l’aider. Peu après son arrivée, il fit la rencontre de Liao Wanlong, un homme d’affaires taïwanais qui se souvient : « Il était grand et costaud, et il avait l’air un peu idiot. » M. Liao, qui a souvent rendu visite à M. Xi au cours des décennies suivantes, m’a dit : « Il avait l’air franc, honnête. Il venait du nord et ne comprenait pas bien le sud. » M. Liao toujours : « Il ne parlait que s’il avait vraiment quelque chose à dire, et il ne faisait pas de promesses en l’air. Il réfléchissait bien avant de prendre la parole. Il parlait peu de sa famille parce qu’il avait une histoire douloureuse et un mariage décevant. » M. Xi n’était pas un esprit curieux mais il gérait à la perfection son image et ses relations ; désormais il rencontrait des investisseurs étrangers, alors il abandonna son treillis et se constitua une garde-robe de costumes occidentaux. M. Liao dit : « Tout le monde ne pouvait pas obtenir une entrevue avec lui, il filtrait les demandes. Il excellait à juger les gens. »

L’année suivante, à 33 ans, un ami lui présenta Peng Liyuan qui, à 24 ans, était déjà une des chanteuses, d’opéra comme de musique folklorique, les plus populaires du pays. M. Xi lui dit qu’il ne regardait pas beaucoup la télévision, rappelle-t-elle dans une interview en 2007. « Qu’est-ce que vous chantez ? » demanda-t-il. Mme Peng pensa alors qu’il avait l’air « inculte et faisait plus vieux que son âge, » mais il lui posa des questions techniques sur le chant, ce qu’elle prit comme un signe d’intelligence. M. Xi déclarera plus tard qu’au bout de quarante minutes, il était décidé à l’épouser. Il se marièrent l’année suivante, et en 1989, après la répression du mouvement étudiant, Mme Peng faisait partie du chœur militaire envoyé chanter pour les soldats sur la place Tiananmen. (Les images de cet épisode, ainsi que les informations concernant la vie privée Peng Liyuan ou ses contrats commerciaux ont été très largement supprimés du web.) En 1992, ils eurent une fille. Comme il devenait évident que M. Xi allait devenir un haut dirigeant, Mme Peng abandonna ses robes de diva et ses coiffures extravagantes pour passer à de sobres ensembles à pantalon, et à l’occasion revenir à l’uniforme militaire (NDT : elle est major au sein de l'armée). Ses fans l’assaillaient toujours autant tandis que lui attendait patiemment à l’écart, mais elle cessa quasiment de se produire et se tourna vers des activités de sensibilisation sur le SIDA ou les dangers du tabac, ainsi qu’à la promotion de l’éducation des femmes. Pendant des années, M. Xi et Mme Peng furent la plupart du temps séparés. Mais dans l’attention bouillonnante qui entoure Tonton Xi, les médias publics ont fait la promotion d’une chanson intitulée « Xi Dada aime Peng Mama », dont l’un des vers dit : « Les hommes devraient s’inspirer de Xi, les femmes devraient s’inspirer de Peng. »

Attention : à prendre au premier degré.

Son poste dans le sud rapprocha M. Xi de son père. Depuis 1978, ce dernier servait dans la province voisine du Guangdong, lieu d’expérimentation du libéralisme économique, et il était devenu un fervent zélateur du réformisme économique comme réponse à la pauvreté. C’était une position risquée : lors d’une réunion du Politburo en 1987, la vieille garde s’en prit au porte-voix du libéralisme, Hu Yaobang. Xi père fut le seul haut dirigeant à prendre la parole pour le défendre. « Qu’est-ce qui vous prend, les gars ? Ne refaites pas ce que Mao nous a fait, » dit-il, d’après Enterrer Mao chronique de la haute politique de Richard Baum, parue en 1994. Mais Xi Zhongxun fut vaincu et démis de ses fonctions pour la dernière fois. On lui permit de vivre dans une confortable obscurité jusqu’à sa mort en 2002, et sa mémoire est aujourd’hui célébrée comme celle d’un « homme de principes, pas un stratège, » comme me l’expliqua mon ami journaliste à Pékin.

Pendant son ascension, son fils évita les réformes excessivement polémiques. « Mon approche consiste à chauffer la marmite à feu doux, en y versant de l’eau froide pour l’empêcher de bouillir, » dit-il. En 1989, un fonctionnaire de la propagande local, Kan Yanping, soumit une proposition de mini-série télévisée pour promouvoir les réformes politiques, mais M. Xi accueillit l’idée avec scepticisme. Selon Chine du futur, il aurait demandé : « Y a-t-il des références pour le public ? Est-ce une opinion raisonnable ? » L’émission ne fut pas produite, M. Xi considérant qu’elle allait « décourager » les gens. Il fut aussi très attentif à s’occuper des unités militaires locales ; il améliorait les équipements, obtenait des rallonges budgétaires pour les dépenses quotidiennes des soldats, et trouvait des emplois pour les officiers à la retraite. Il aimait dire : « Quand il s’agit de répondre aux besoin de l’armée, rien n’est jamais excessif. »

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