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Wanegaine Tching Tchong

Xi Dada (4)

13 Avril 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Xi Jinping, #Corruption, #Fujian, #Zhejiang, #Jiang Zemin, #Li Keqiang, #Hu Jintao

Lai Changxing, ancien patron du groupe Yuanhua, jugé en 2012

Lai Changxing, ancien patron du groupe Yuanhua, jugé en 2012

M. Xi a combattu la corruption à certaines périodes, l’a ignorée à d’autres. Un cadre chinois a dit à l’ambassade US à Pékin que M. Xi était considéré comme un Monsieur Propre pour avoir refusé un pot-de-vin, et pourtant, pendant toutes les années où il a été en fonction dans le Fujian, le groupe Yuanhua, une des plus grosses entreprises troubles de Chine, a continué à faire de la contrebande de pétrole, de voitures, de cigarettes, ou d’électroménager, pour des milliards de dollars, avec l’aide de l’armée et de la police de la province. M. Xi a aussi réussi à cohabiter avec Chen Kai, magnat local propriétaire de casinos et de bordels dans le centre ville, protégé par le chef de la police. Par la suite, M. Chen fut arrêté, jugé, et condamné à mort, et cinquante fonctionnaires furent poursuivis pour avoir accepté des pots de vin de sa part. M. Xi ne fut jamais impliqué, mais l’affaire a laissé une tache sur ses états de service. « J’ai parfois mal affecté certains de mes collaborateurs, » déclarait-il en 2000. « Certains furent mal affectés parce que je pensais qu’ils valaient mieux que ce qu’ils étaient réellement, d’autres parce que je pensais qu’ils valaient moins que ce qu’ils étaient réellement. »

M. Xi s’est avéré expert pour naviguer au sein des conflits et alliances internes. Après avoir pris les rênes du Zhejiang, province économiquement hyper dynamique, en 2002, il mit en place des politiques visant à développer l'entrepreneuriat. Il encouragea les compagnies de taxis à acheter chez Geely, le constructeur automobile qui rachèterait plus tard Volvo. Il apaisa les conservateurs en récitant des incantations socialistes. « L’économie privée est devenue une fleur exotique dans le jardin du socialisme à la chinoise, » a-t-il déclaré. En 2007, il eut sa première occasion de montrer ses compétences politiques : un scandale lié à la corruption impliquait des collaborateurs de Jiang Zemin, le puissant ancien président, en place de 1989 à 2002. M. Xi fut envoyé à Shanghai pour gérer l’affaire. Il fit montre d’une grande intransigeance aux yeux du public, sans s’aliéner M. Jiang. Il refusa la villa qui avait été préparée pour lui, et annonça qu’elle serait plus utile comme maison de retraite pour les camarades vétérans.

Li Keqiang
Li Keqiang

Le timing était heureux : quelques mois plus tard, les vieux cadres du Parti devaient choisir la prochaine génération de hauts-dirigeants. Il était prévu que M. Xi soit battu par Li Keqiang, un camarade dépourvu d’ascendance révolutionnaire, diplômé en droit et en économie à l’université de Pékin. Depuis 2002, les plus hauts postes politiques avaient été accaparés par des hommes ayant joué des coudes sur la base du mérite académique ou technocratique. Le père du président Hu Jintao tenait un salon de thé, et le premier ministre, Wen Jiabao, était fils de prof, mais Chen Yun, le dernier tsar de l’économie, avait averti ses pairs que les Rouges nés, aussi appelés « rouges de deuxième génération », ou « Princes rouges », feraient des intendants plus fiables pour le futur du Parti. Un Petit prince déclara à un diplomate occidental : « Le sentiment parmi nous, c’est : Hu Jintao, Wen Jiabao, vos pères vendaient des lacets pendant que les nôtres mouraient pour la révolution. » En privé, certains Petits princes désignaient le président et le premier ministre par le terme huoji – « employés ». Au mois d’octobre 2007, M. Xi fut révélé comme le plus probable successeur. Ce n’était pas vraiment flatteur. « Les chefs du Parti privilégient les successeurs faibles, pour pouvoir continuer à tirer les ficelles dans l’ombre, » explique Ho Pin, fondateur de Mingjing News, un site chinois basé à l’étranger. L’ascension de M. Xi fut si rapide que le grand public en riait : « Qui est Xi Jinping ? C’est le mari de Peng Liyuan ! »

Wen Jiabao et Hu Jintao

Wen Jiabao et Hu Jintao

M. Xi fut mis à l’épreuve par une série de dysfonctionnements qui éclata au début de son mandat de Secrétaire général, en 2012. En février, Wang Lijun, alors chef de la police, essaya de demander l’asile aux USA et accusa la famille de son ancien patron, Bo Xilai, secrétaire du Parti à Chongqing, de meurtre et de détournement de fonds. Les chefs du Parti redoutaient que M. Bo ne se protège à l’aide des services de sécurité sous ses ordres, ne perturbe la transition au pouvoir, et ne déchire le Parti. En septembre, Ling Jihua, chef de cabinet du président sortant, fut brutalement démis de ses fonctions et fut par la suite accusé d’avoir essayé de couvrir les circonstances de la mort de son fils, au volant de sa Ferrari en compagnie de deux femmes. (NDT : deux prostituées)

Assailli par les crises, M. Xi disparut soudainement. Le 4 septembre 2012, il annula des rencontres avec la Secrétaire d’état Hillary Clinton ainsi qu'avec d’autres dignitaires. Alors que les jours passaient, des rumeurs spectaculaires commencèrent à circuler, allant de la maladie grave à la tentative d’assassinat. Quand il réapparut le 19 septembre, il dit aux officiels US qu’il s’était fait mal au dos. Les analystes de la politique chinoise soulèvent encore le sujet de la disparition de M. Xi avec la conviction qu’une explication complète et entière pourrait mettre en lumière la profondeur ou la fragilité de ses soutiens. Durant des tas de conversations cet hiver, universitaires, fonctionnaires, journalistes, cadres, m’ont expliqué que selon eux M. Xi avait réellement eu un souci de santé, mais aussi de bonnes raisons de l’exploiter. En réalité, ils soupçonnent M. Xi d’avoir fait grève : il voulait mettre en place ses hommes-clés et retirer ses opposants avant de prendre ses fonctions, mais les anciens du Parti lui ont ordonné d’attendre. Un ancien du renseignement m’a dit : « En fait Xi a tout simplement dit "Ok, allez vous faire mettre, et voyons qui vous allez trouver pour prendre ma place. Moi je disparais pour deux semaines et je rate la rencontre avec la Secrétaire d’état US." Et il l’a fait. Ça a fait du bruit, et ils se sont tous mis à courir dans tous les sens en faisant ouaf ouaf ! » La passation de pouvoir s’est déroulée comme prévu. Le 15 novembre 2012, M. Xi est devenu Secrétaire général.

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