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Wanegaine Tching Tchong

Xi Dada (5)

14 Avril 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Xi Jinping, #Politburo, #Wang Qishang, #Zhou Yongkang, #Corruption, #Liu He, #Liu Yuan

Xi Dada (5)

M. Xi mit en place un Comité permanent du Politburo de sept hommes : quatre d’entre eux étaient étiquetés Princes rouges, de naissance ou par leur mariage, soit la plus grosse proportion dans l’histoire de la République populaire. Les politiciens occidentaux remarquent souvent que M. Xi a des habitudes de VRP de la politique : confort ostensible, questions gentilles, anecdotes amusantes. Pendant un voyage à Los Angeles, il déclara à des étudiants qu’il aimait nager, lire, et regarder du sport à la télé, mais qu’il en avait rarement le temps. « Pour reprendre le titre du film, c’est Mission Impossible, » dit-il. Mais les observateurs chinois ont tendance à remarquer autre chose : guizuqi, ou son « attitude noble ». Elle peut être l’expression d’un lien rassurant avec le passé, ou parfois d’une prise de distance vis-à-vis des autres. Pendant une réunion dans le Palais de l'Assemblée du Peuple l’an dernier, les cadres du Parti papotaient avec force accolades durant une longue pause, mais M. Xi n’a jamais bougé. « Ça a duré des heures, et il restait assis là, le regard droit devant, » m’a dit un observateur étranger présent sur place. « Pas une fois il n’est descendu du podium pour lancer un "Salut, comment ça va dans le Ningxia ?" »

M. Xi était convaincu qu’une grave menace intérieure pesait sur la Chine. Selon des diplomates US, le professeur et ami de M. Xi décrivait ce dernier comme « écœuré par la marchandisation à tout crin de la société, ses inévitables nouveaux riches, sa corruption institutionnalisée, ses pertes de valeurs, de dignité, de respect, ses "démons moraux" que sont la drogue et la prostitution. » S’il devait un jour devenir chef du pays, avait prédit le professeur, « il s’attaquerait agressivement à ces maux, peut-être aux dépens de la nouvelle classe aisée. » Bien que les Princes rouges et leurs proches aient largement profité du développement de la Chine (la sœur de M. Xi, Qi Qiaoqiao serait à la tête d’une grosse entreprise et d’un vaste parc immobilier), les familles de révolutionnaires considéraient leurs gains comme normaux, et ils en voulaient aux « employés » (NDT : Hu Jintao et Wen Jiabao, voir billet précédent) d’être permissifs avec la corruption et l’extravagance, qui déclenchaient la colère publique et menaçaient l’avenir du Parti.

La première étape vers une solution consistait à reprendre le contrôle. La « présidence collégiale », qui répartissait les pouvoirs au sein du Comité permanent, avait tant réduit la marge de manœuvre de Hu Jintao qu’il était surnommé « la femme aux pieds bandés ». M. Xi s’entoura d’un cabinet d’éminences grises, qui reposait moins sur l’unité idéologique que sur des liens remontant aux études et la fiabilité politique. Parmi eux, Liu He, un ami d’enfance devenu économiste réformateur, ainsi que Liu Yuan, général belliciste et fils de l’ancien président Liu Shaoqi (NDT : mort pendant la Révolution culturelle). Le plus important était Wang Qishan, ami depuis des décennies, qui fut placé à la tête de la Commission de Contrôle de la Discipline, l’agence qui a lancé la vaste campagne anti-corruption.

Wang Qishan travaille son jump shot avec un afro-américain.

Wang Qishan travaille son jump shot avec un afro-américain.

Depuis longtemps le Parti cultivait une image d’unanimité vertueuse. Mais pendant les deux années qui ont suivi, les enquêteurs de M. Wang à qui furent attribués des pouvoir élargis pour mettre aux arrêts et mener des interrogatoires, se sont attaqués à des agences susceptibles de contrer l’autorité de M. Xi, en les accusant de complotisme ou de malversations. Ils ont accusé de corruption des fonctionnaires de la commission du Plan et de la commission du Patrimoine d’état, qui protège les privilèges des grands monopoles d’état. Ils ont arrêté le chef de la sécurité Zhou Yongkang, ancien baron du pétrole au profil de statue de l’île de Pâques, qui avait fait de la police et de l’armée un royaume personnel qui recevait chaque année plus de fonds pour la surveillance intérieure, plus même que pour la défense nationale. Ils ont frappé dans les rangs de l’armée, où la corruption flamboyante ne faisait pas qu’enrager que le public – les piétons avaient appris à faire attention aux grosses berline à plaques militaires qui croisaient dans les rues de Pékin en toute impunité – mais menaçait même la défense du pays. Quand la police a fouillé les domiciles de la famille du lieutenant-général Gu Junshan, chef de longue date des services logistiques, ils ont emmené quatre camions d’alcools, œuvres d’art, espèces, et autres produits de luxe. D’après un diplomate à Pékin, on trouvait dans le mobilier de M. Gu une maquette en or du premier porte-avion chinois. « Quand il a été questionné à ce sujet, il a dit que c'était un signe de patriotisme », dit le diplomate.

Fin 2014, le Parti avait annoncé des sanctions contre plus de 100 000 fonctionnaires pour corruption. Beaucoup d’observateurs étrangers se demandaient si la croisade de M. Xi visait réellement à éradiquer la corruption ou s’il s’agissait d’un outil pour s’attaquer à ses adversaires. Ce n’était ni complètement l’un ni complètement l’autre : la corruption était devenue une telle menace pour la légitimité du Parti que seul un dirigeant coupé du monde aurait pu ne pas s’attacher à la ramener à un niveau plus gérable, mais s’en prendre à la corruption était également un instrument efficace de consolidation politique, et au plus haut niveau, c’est contre ses adversaires que M. Xi l’a utilisé. Geremie Barne, l’historien qui dirige le Centre australien de la Chine dans le monde, a analysé les 48 plus hauts profils mis en examen, et a découvert qu’aucun d’entre eux n’était un Prince rouge. « Je n’appelle pas ça une campagne anti-corruption, » m’a dit un diplomate occidental. « C’est une guerre de tranchées. »

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