Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Wanegaine Tching Tchong

Xi Dada (6)

15 Avril 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Xi Jinping, #Brezhnev, #National Endowment for Democracy, #CIA, #Xu Zhiyong, #Yiu Mantin, #Justice

Xi Dada (6)

Peu après être arrivé au pouvoir, M. Xi demanda « Pourquoi le Parti Communiste soviétique s’est-il effondré ? » et déclara : « C’est une leçon forte pour nous. » Les universitaires chinois ont étudié ce puzzle sous tous les angles, mais M. Xi en voulait plus. « En 2009, il commanda une longue étude de l’Union Soviétique auprès d’un membre du bureau de recherche politique, » m’a dit le diplomate de Pékin. « Elle a conclu que la décadence avait débuté sous Brezhnev. Dans son rapport, l’auteur rapportait une blague : Brezhnev amène sa mère à Moscou. Il lui montre fièrement son appartement de fonction au Kremlin, sa limousine ZIL, et la vie luxueuse qu’il mène désormais. "Alors, tu en penses quoi, maman ?" demande Brezhnev, "tu n’auras plus jamais à te soucier de quoi que ce soit." Sa mère répond : "Je suis si fière de toi, Leonid Ilyich, mais qu’est-ce qui va se passer si les communistes découvrent tout ça ?" M. Xi adora la blague. » Il était particulièrement critique à l’égard de M. Gorbatchev pour avoir échoué à défendre le Parti face à ses adversaires, et il dit à ses collaborateurs : « Personne n’a eu les tripes pour faire front et résister. »

L’année suivant l’entrée en fonction de M. Xi, les cadres furent sommés de regarder un documentaire en six parties sur l’effondrement de l’Union Soviétique, qui montrait de violentes scènes d’émeutes et décrivait une conspiration américaine pour renverser le communisme par le biais d’une « évolution pacifique » : l’infiltration constante d’idées politiques occidentales subversives. Dès les premiers remous, quand les révolutions de couleurs ont éclaté dans l’ancien bloc soviétique, les communistes chinois ont mentionné le risque de contagion comme une raison de serrer la vis politique. Cette crainte était attisée par une montée de troubles au Tibet en 2008, au Xinjiang en 2009, et à travers le monde arabe en 2011. En septembre dernier, quand les manifestations pour la démocratie ont éclaté à Hong Kong, un édito du Global Times, un quotidien public, accusa le National Endowment for Democracy et la C.I.A. de tirer les ficelles en coulisses, dans le but de « stimuler les indépendantismes à Taiwan, au Xinjiang et au Tibet. » (Les USA ont nié toute implication.)

Xu Zhiyong
Xu Zhiyong

L’administration Xi ne veut pas d’opposition. Quand fut lancée la campagne anti-corruption, des activistes – comme l’avocat Xu Zhiyong, qui était législateur local à Pékin – s’y sont joints, réclamant que les fonctionnaires rendent leurs revenus publics. Mais M. Xu et beaucoup d’autres furent arrêtés. (Il fut par la suite condamné à quatre ans de prison pour « rassemblement illégal et trouble de l’ordre public. ») Un des anciens collègues de M. Xu, Teng Biao, m’a dit : « Pour le gouvernement, "l’évolution pacifique" n’était pas qu’un slogan. C’était une réalité. L’influence des états occidentaux était en train de devenir de plus en plus forte et évidente. » M. Teng était présent à une conférence en Allemagne peu après les arrestations de M. Xu et d’autres collègues. « Les gens m’ont conseillé de ne pas rentrer en Chine, où je serais arrêté, moi aussi. » a déclaré M. Teng. Il est actuellement vacataire à la faculté de droit de l’université de Harvard.

Un fameux rédacteur en chef de Pékin m’a dit que les philanthropes chinois avaient été prévenus : « Vous ne pouvez pas donner d’argent à telle et telle ONG – en gros, toutes les ONG. » En décembre, le Comité pour la Protection des Journalistes recensait 44 reporters dans les cellules chinoises, plus que dans n’importe quel autre pays. Des avocats défenseurs des droits de l’homme bien connus – Pu Zhiqiang, Ding Jiaxi, Xia Lin – ont été emprisonnés. Plus tôt ce mois-ci, Human Rights Watch a parlé de plus dure élimination de dissidents de la dernière décennie.

Bien que Vladimir Poutine ait étouffé la société civile russe et neutralisé la presse, on trouve encore dans les commerces de Moscou des livres critiques à son égard, et des blogs qui souffrent depuis longtemps trouvent encore le moyen de l’attaquer. M. Xi est moins tolérant. En février 2014, Yiu Mantin, 79 ans, rédacteur en chef du Morning Bell Press à Hong Kong, qui avait prévu de sortir un biographie critique de M. Xi par l’écrivain exilé Yu Jie, a été arrêté durant une visite sur le continent. Il avait reçu des coups de téléphone le mettant en garde afin qu’il ne publie pas le livre. Il a été condamné à 10 ans de prison, accusé d’avoir passé en contrebande sept pots de peinture.

Yiu Mantin et le livre incriminé

Yiu Mantin et le livre incriminé

Pendant des années, les intellectuels chinois ont fait la différence entre les mots et les actions : on pouvait discuter des idées politiques occidentales tant que personne n’essayait de les mettre en œuvre. En 2011, le ministre de l’éducation Yuan Guiren louait les bénéfices des échanges avec les pays étrangers. « Qu’ils soient riches ou pauvres, socialistes ou capitalistes, du moment qu’ils sont profitables à notre développement, nous pouvons apprendre de tous, » avait-il déclaré au Jinghua Times, un journal public. Mais en janvier, M. Yuan déclarait pendant une conférence « Les jeunes professeurs et étudiants sont les cibles-clés de l’infiltration des forces ennemies. » Il dit « Nous ne devons en aucun cas accepter des matériaux propageant des valeurs occidentales. » Un article du site Seeking Truth, affilié au Parti, mettait en garde les professeurs qui « saliraient la Chine » et désignait nommément le Professeur de droit He Weifang. Quand j’ai parlé avec M. He, quelques jours plus tard, il m’a dit « Je n’ai jamais eu la cote auprès des conservateurs, mais depuis peu la situation est devenue plus sérieuse. Le point de vue politique de cette nouvelle équipe de dirigeants diffère de celui des ères Hu et Jiang. Ils sont plus contraignants. Ils sont bien moins enclins à permettre un véritable débat. »

Fermer la Chine aux idées occidentales pose des problèmes pratiques. Le Parti a annoncé des réformes de l’ « état de droit » visant à renforcer le contrôle de l’ensemble du système légal, et à protéger les tribunaux de toute interférence locale. Le professeur a déclaré « Beaucoup de collègues travaillant sur le code civil et ce genre de choses font des conférences sur le droit Allemand ou le droit Français. Alors si vous voulez empêcher les valeurs occidentales de se répandre dans les universités chinoises, une des premières choses à faire consisterait à fermer les facultés de droit et s’assurer qu’elles ne ré-ouvrent plus jamais. » M. Xi, de son côté, n’y voit pas de contradiction car la sauvegarde du Parti passe avant la sauvegarde du droit. En janvier, il déclara que la Chine devait « créer un corps juridique fidèle envers le Parti, fidèle envers le pays, fidèle envers le peuple, et fidèle envers la loi. » Reprenant Mao, il ajouta « Il faut s’assurer que le manche du couteau est fermement tenu dans la main du Parti et du peuple. »

Partager cet article

Commenter cet article