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Wanegaine Tching Tchong

Xi Dada (7)

16 Avril 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Xi Jinping, #Xi Mingze, #Diplomatie, #Barack Obama, #VPN, #Sondages, #Économie

Xi Mingze... un très bon Parti.

Xi Mingze... un très bon Parti.

La méfiance de M. Xi à l’égard de l’influence occidentale se reflète dans sa politique étrangère. Sur un plan personnel, il parle volontiers de ses souvenirs chers de son séjour en Iowa, et il a envoyé sa fille Xi Mingze à Harvard. (Elle a eu son diplôme l’an dernier, sous un faux nom, et est rentrée en Chine.) Mais M. Xi a également montré une vision essentialiste des caractéristiques nationales telles que, selon ses dires, l’histoire et le contexte social de la Chine qui la rendent inadaptée à la démocratie multipartite ou à la monarchie ou à n’importe quel système non-communiste. « Nous les avons envisagés, essayés, mais aucun n’a fonctionné, » déclarait-il à son public au Collège d’Europe à Bruges, au printemps dernier. Choisir une autre voie, dit-il, « pourrait même avoir des conséquences catastrophiques. » Sous son autorité, les médias publics ont insisté sur la menace de « l’évolution pacifique » et ont accusé des sociétés américaines, dont Microsoft, Cisco et Intel, d’être des « guerriers » du gouvernement US.

Pour ce qui est de l’aspect diplomatique, les dirigeants chinois depuis Deng Xiaoping ont adhéré au principe du « Cache ta force, attends ton heure. » M. Xi a effectivement remplacé ce concept avec des déclarations marquant l’arrivée de la Chine au premier plan. À Paris, l’an dernier, il mentionna le mot de Napoléon qui disait que « la Chine est un lion endormi », et dit que le lion était désormais « bien réveillé, mais qu’il s’agissait d’un lion pacifique, plaisant et civilisé. » Au mois de décembre, il déclara au Politburo qu’il avait l’intention de « faire entendre la voix de la Chine, et d’amener plus d’éléments chinois sur l’échiquier international. » En guise de nouveau choix par rapport à la Banque Mondiale qui siège à Washington et au Fonds Monétaire International, l’administration Xi a mis en place la Nouvelle Banque de Développement, le fond pour les infrastructure de la nouvelle Route de la soie, et la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, qui tous ensemble visent à amasser un capital de 240 milliards de dollars. M. Xi a été bien plus audacieux que ses prédécesseurs en affirmant le contrôle de la Chine dans les airs et sur terre, en envoyant une plate-forme pétrolière dans des eaux contestées, et en faisant construire des bâtiments, des héliports et autres infrastructures sur des récifs revendiqués par plusieurs nations. Il a su également tirer parti de l’isolement économique croissant de Vladimir Poutine ; M. Xi a rencontré M. Poutine plus que tout autre leader et, en mai dernier, alors que la Russie faisait l’objet de nouvelles sanctions suite à l’annexion de la Crimée, M. Xi et Poutine ont convenu d’un accord d’approvisionnement en gaz de la Chine pour 400 milliards de dollars, à un tarif favorable à Pékin. D’après le célèbre rédacteur en chef, M. Xi a dit autour de lui qu’il était impressionné par la poigne de M. Poutine sur le dossier de la Crimée – « Il a obtenu un grand morceau de terre et de ressources » et a boosté sa cote de popularité au pays. Mais quand la guerre a commencé à trainer en Ukraine, M. Xi est devenu moins élogieux vis-à-vis de M. Poutine.

Xi Dada (7)

Aucune relation diplomatique n’a plus d’importance pour la Chine que celle avec les États-Unis, et M. Xi a exhorté les USA à adopter un « nouveau type de relation entre grandes puissances » - à considérer la Chine comme un égal et à reconnaître ses revendications sur des iles contestées et d’autres intérêts. (L’administration a refusé d’adopter cette expression.) M. Xi et Obama se sont longuement rencontrés à cinq reprises. Les officiels US décrivent leur relation comme parfois franche mais pas proche. Ils ont « des échanges brutalement francs sur des questions délicates, sans que ça n’affecte leur relation », me disait un haut-fonctionnaire US. « C’est donc différent de l’ère Hu Jintao, où il n’y avait que très peu d’échange. » M. Hu ne s’écartait jamais de ses notes, et ses homologues US se demandaient à quel point il croyait en ce qu’il disait. « Je crois que ce que M. Xi lit, c’est ce que M. Xi pense », me disait ce fonctionnaire, même si ces engagements sont toujours délicats : « Il y a dans ces échanges un rythme dont il est très difficile de s’extraire... On aimerait avoir une conversation. »

Pendant des années, les chefs militaires US se sont inquiétés du risque croissant d’un affrontement accidentel entre Chine et USA, en partie parce que Pékin a protesté contre certaines décisions US en refusant toute réunion entre hauts gradés. En 2011, Mike Mullen, alors chef d’état major, a rendu visité à M. Xi à Pékin, et en appela à son expérience militaire en lui disant, comme il me l’a raconté : « J’ai juste besoin, dans un premier temps, que vous cessiez de couper toute relation militaire à chaque fois que vous vous mettez en rogne. » Il y a eu amélioration. À Pékin, en novembre dernier, M. Xi et Obama ont passé cinq heures en diner et réunions pour annoncer une coopération sur le changement climatique, un accord de libre échange high-tech auquel la Chine rechignait auparavant, et deux accords militaires pour une meilleure communication entre les forces opérant côte à côte en Mers de Chine orientale et méridionale. M. Mullen, qui a encore rencontré M. Xi depuis, est rassuré : « Ils se mettent toujours en rogne, ils prennent des mesures, mais ils ne coupent plus les ponts. »

Gardes-côtes japonais VS pêcheurs taiwanais. Ready ? Fight !

Gardes-côtes japonais VS pêcheurs taiwanais. Ready ? Fight !

Le plus surprenant sous l’ère Xi Jinping, c’est la décision de fixer fermement les limites – ces révoltes mineures et autres indulgences qui étaient jusque là tolérées afin de ne pas inciter les citoyens les plus aisés et les plus éduqués à quitter le pays. Pendant des années, le gouvernement avait implicitement autorisé les gens à utiliser des VPN (Virtual Private Network) qui permettent à l’utilisateur d’avoir accès à des sites internet bloqués en Chine. Les risques semblaient gérables ; la plupart des internautes chinois s’intéressent moins à la politique qu’au compte Instagram de quelque célébrité (Instagram, comme Facebook, Twitter, Bloomberg, Reuters et le Times, est bloqué). Les garder ouverts, selon la théorie, permettait aux internautes sophistiqués de trouver ce qu’ils cherchaient ou ce dont ils avaient besoin – par exemple, accéder à Google Scholar pour les recherches, ou faire du business en ligne – tout en empêchant les masses d’utiliser une technologie qui inquiète le Parti. Mais le 23 janvier, alors que j’étais à Pékin, le gouvernement a subitement bloqué les VPN, et les médias publics ont répété qu’ils étaient illégaux. Durant la nuit, il devint particulièrement difficile d’accéder à tout site hébergé hors de Chine. Avant que les commentaires ne fussent bloqués sur les sites d’information, 12000 personnes avaient exprimé leur opinion. « De quoi avez-vous peur ? » demandait l’un. « Un grand pas vers une future transformation en Corée du Nord, » écrivait un autre. Un autre encore : « Une publicité de plus pour l’émigration. »

Il y a une décennie, le web chinois était un lieu de débats, de confessions, d’humour et de découverte. Mois après mois, il devient plus aseptisé et fermé. Et même si la connexion de la Chine avec le monde est primordiale, les liens digitaux se dégradent. Les appels vidéo, les sites de partage, les podcasts – les instruments de base d’une vie digitale de nos jours – à l’étranger sont moins accessibles que l’an dernier. C’est ahurissant d’observer une telle chose dans une superpuissance montante.

Xi Dada (7)

Le Secrétaire général, dans son rôle de Tonton Xi, livre aussi des conseils sur des questions non politiques : à l’automne dernier, il déplora la tendance excessivement « sensuelle » de la société. (En réponse, les constructeurs automobiles ont cessé de mettre des filles court vêtues alanguies autour des voitures dans les salons.) En janvier, il exhorta les gens à dormir plus, « peu importe à quel point vous aimez votre travail, » et dit qu’il se couchait toujours avant minuit. En ligne, les gens plaisantèrent, trouvant cela peu plausible : depuis son entrée en fonction, de grosses cernes ont fait leur apparition sous les yeux de M. Xi et il a toujours l’air contrarié.

Pendant une génération, le Parti Communiste a construit un consensus politique reposant sur la croissance économique et l’ambiguïté juridique. Les activistes libéraux et les bureaucrates corrompus avaient appris à flirter avec les règles (ou à les enfreindre) car le Parti ne s’y opposait que par intermittence. Aujourd’hui, M. Xi a montré que le consensus, au delà de l’élite du Parti, est obsolète – ou en tout cas moins solide qu’une limite claire entre ennemis et amis.

Il est difficile d’estimer précisément de combien de soutien bénéficie M. Xi. Les sondages privés ne sont pas autorisés à mesurer clairement sa cote de popularité, mais Victor Yuan, président du Horizon Research Consultancy Group, un institut de sondage de Pékin, m’a dit : « Nous avons fait des recherches indirectes, et sa cote semble se situer autour de 80 %. Elle repose sur deux éléments : l’un est la campagne anti-corruption, l’autre est sa politique étrangère. Pour l’économie, c’est moins clair. Les gens disent qu’ils attendent de voir. »

L’économie chinoise sera probablement la plus grande difficulté pour M. Xi. Après une croissance économique en moyenne autour de 10 % par an pendant plus de trois décennies, le Parti s’attendait à ce que la croissance ralentisse et se maintienne à un rythme de 7 %, mais elle pourrait baisser plus vite. La Chine demeure le plus grand fabricant mondial, et dispose de 4 000 milliards de dollars de réserves (une somme égale à la quatrième économie mondiale). En Novembre 2013, le Parti annonçait des plans visant à redynamiser la concurrence en étendant le rôle des banques privées, en permettant au marché (au lieu des bureaucrates) de décider où envoyer l’eau, le pétrole, et autre ressources précieuses, et en forçant les entreprises publiques à renoncer à toute augmentation de dividendes et à entrer en concurrence avec les entreprises privées. Au printemps dernier, la Chine a aboli l’enregistrement du capital et d’autres obligations faites aux nouvelles entreprises, et en novembre, elle autorisa les investisseurs étrangers à échanger des actions directement à la bourse de Shanghai pour la première fois. « Il faut bien reconnaître que le gouvernement Xi a fait plus, et dans plus de domaines, en 18 mois que n’a fait le gouvernement Hu durant tout son second mandat, » m’a dit Arthur Kroeber, économiste basé à Pékin depuis longtemps, pour Gavekal Dargonomics, une entreprise de recherche. Et pourtant, ajoute M. Kroeber, « mon niveau de confiance dépasse tout juste les 50 % » quant à la capacité des réformes à éviter une récession.

Les risques qui menacent l’économie chinoise ont rarement été aussi visibles. La main d’œuvre vieillit plus vite que dans n’importe quel autre pays (à cause de la politique de l’enfant unique), et les entreprises empruntent de l’argent plus vite qu’elles ne peuvent en gagner. David Kelly, co-fondateur de China Policy, une société de recherche et de conseil basée à Pékin, déclare : « Le tournant économique a eu lieu il y a quatre, cinq ans, et maintenant on assiste au classique problème de la baisse de productivité du capital. Pour chaque dollar investi, on récupère bien moins que sa mise. » La croissance de la demande en énergie et matières premières a ralenti, toujours plus de maisons et centres commerciaux sont vides, et les épargnants nerveux envoient leur argent à l’étranger pour le mettre à l’abri d’une éventuelle crise. Certaines usines ne paient plus les salaires et au cours du dernier trimestre 2014, les travailleurs ont déclenché des grèves ou d’autres formes de protestation à un rythme trois fois plus élevé qu’à la même période un an plus tôt.

Grève chez un sous-traitant d'Adidas à Dongguan (mars 2015)

Grève chez un sous-traitant d'Adidas à Dongguan (mars 2015)

La capacité de M. Xi à éviter une crise économique dépend en partie de sa force politique pour faire plier les entreprises publiques, les gouvernements locaux, et d’autres intérêts puissants. Durant ses rencontres avec M. Rudd, l’ancien premier ministre australien, M. Xi a mentionné les tentatives avortées de son père de mettre en place des réformes favorables au marché. « Xi Jinping est fier de son père, à raison, » déclarait M. Rudd, qui ajoutait « Son père avait accompli beaucoup de choses et était, franchement, quelqu’un qui a payé un immense prix politique et personnel pour avoir été un membre dévoué du Parti et un réformiste économique engagé. »

Historiquement, le Parti n’a jamais perçu de contradiction entre la répression politique et la réforme économique. En 2005, le premier ministre Wen Jiabao rencontrait une délégation du Congrès US, et un des membres mentionna un professeur qui venait d’être licencié pour motifs politiques, demandant pourquoi au premier ministre. M. Wen fut décontenancé par la question ; ce professeur n’était qu’un « petit problème », dit-il. « Je ne connais pas la personne dont vous parlez ; en tant que premier ministre, j’ai la charge de 1,3 milliards de personnes. »

Pour maintenir la croissance économique, la Chine fait son possible pour promouvoir l’innovation, mais en faisant régner la terreur politique sur les campus, M. Xi risque précisément de supprimer la pensée perturbatrice dont la Chine a besoin pour le futur. Parfois, la politique prend le pas sur les calculs rationnels. En 2014, alors que la Chine avait passé des années à investir dans les sciences et technologies, la part de son économie vouée à la recherche et au développement dépassait celle de l’Europe. Mais quand le gouvernement a annoncé les bénéficiaires de bourses pour les recherches en sciences sociales, sept des dix meilleurs projets étaient dédiés à l’analyse des discours de M. Xi (officiellement appelés « la série des discours importants du Secrétaire général Xi ») ou à celle de son slogan : le Rêve chinois.

Xi Dada (7)

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