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Wanegaine Tching Tchong

Xi Dada (8 et fin)

17 Avril 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Xi Jinping, #Deng Xiaoping, #Révolution, #Pollution, #Under the Dome, #Chai Jing, #Censure

« Un char d'assaut c'est plus fort qu'un étudiant. » Deng Xiaoping, 1989

« Un char d'assaut c'est plus fort qu'un étudiant. » Deng Xiaoping, 1989

L’ère Xi Jinping a réfuté l’hypothèse selon laquelle l’ouverture de la Chine au monde est trop cruciale et productive pour s’arrêter. Aujourd’hui, le Parti perçoit un faisceau de menaces qui, selon He Weifang, le professeur de droit, ne fera qu’augmenter dans les années à venir. Avant internet, dit le professeur, « il y avait vraiment peu de personnes en mesure d’accéder à l’information extérieure, c’est pour ça que sous Deng Xiaoping le Parti pouvait se permettre d’être plus ouvert. » Mais maintenant, si le web était libre, « je pense que cela ouvrirait la porte à des choses que les dirigeants considèrent comme très dangereuses. »

Comme beaucoup d’autres que j’ai rencontrés cet hiver, He Weifang s’inquiète du fait que le Parti est en train de réduire le champ d’adaptation acceptable à un point qui risque de mener à des changements incontrôlables. Je lui ai demandé comment il voyait le Parti dans dix ou quinze ans. « Je pense qu’en tant qu’intellectuels nous devons faire tout notre possible pour promouvoir une transformation pacifique du Parti – pour l’inciter à devenir un parti de gauche au sens européen, un genre de parti social-démocrate. » Selon lui, cela aiderait ses membres à mieux respecter un véritable système de concurrence juridique et politique, ainsi qu’une véritable liberté de la presse et liberté d’opinion. « S’ils refusent même ces changements fondamentaux, alors je pense que la Chine subira une nouvelle révolution. »

1911

1911

C’est un pronostic impressionnant – et bizarrement un lieu commun par les temps qui courent. Zhang Lifan, l’historien que j’ai rencontré au Starbucks, m’a dit, dans un exposé complet de son opinion, « devant de nombreux amis Princes rouges, j’ai dit que si le Parti n’était pas en mesure d’entreprendre suffisamment de réformes d’ici cinq à dix ans, il risquait de rater définitivement le coche. En tant que gens éduqués, nous avons toujours dit que la réforme valait mieux que la révolution, mais dans l’histoire de la Chine, le cycle se répète. Mao avait dit que nous devions sortir de ce cycle, mais aujourd’hui nous sommes encore dedans. C’est très inquiétant. »

Deux mois après les événements du Nouvel An, le Parti s’est encore heurté à une collision entre sa propension instinctive au contrôle et la complexité de la société chinoise. Pendant des années, le gouvernement a minimisé la gravité de la pollution, la décrivant comme l’inévitable prix à payer pour la croissance. Mais année après année, la classe moyenne est devenue de moins en moins indulgente ; dans les sondages, les citadins ont cité la pollution comme leur préoccupation majeure, et à l’aide des Smartphones, ils ont pu comparer les niveaux de pollution quotidiens avec les standards établis par l’Organisation Mondiale de la Santé. Après une recrudescence de smog en 2013, le gouvernement a fait des efforts pour rénover les centrales électriques, fermer les petits pollueurs, et resserrer le contrôle d’état. L’an dernier, il a déclaré la « guerre à la pollution » mais reconnu que Pékin ne retrouverait pas un air sain avant 2030. Dans un accès de franchise, le maire a déclaré la ville « invivable ».

Xi Dada (8 et fin)

En février, les sites de partage vidéo chinois ont mis en ligne le documentaire auto-financé intitulé Under the Dome, dans lequel Chai Jing, ancienne journaliste à la télévision publique, décrit son inquiétude croissante envers les risques que la pollution fait courir à sa toute jeune fille. Il s’agissait d’une production travaillée : Mme Chai, vêtue d’un jean à la mode et d’un chemisier blanc, délivre un message rythmé façon TED à un public captivé, égrenant une litanie de statistiques effrayantes et de scènes où des bureaucrates avouent que les grosses sociétés et agences d’état les ont rendus incapables de protéger la santé publique. Dans l’esprit, le film collait avec la « guerre contre la corruption », et les médias publics ont répondu en chœur par une couverture flatteuse.

Le film a déboulé à travers les réseaux sociaux et au bout d’une semaine il comptait 200 millions de vues – un niveau plutôt atteint par les clips de variété que par de denses documentaires de deux heures. Le week-end suivant, les autorités ordonnaient aux sites de partage de retirer le film, et les médias cessèrent d’en parler. Aussi vite qu’il était apparu, le film se volatilisa du web chinois – un événement jamais vu.

Sous l’ère Xi Jinping, le grand public prouvait une fois encore qu’il était un partenaire imprévisible. C’est une leçon que M. Xi avait retenue depuis longtemps. « Le peuple m’a élevé à ce poste pour que je l’écoute et lui sois bénéfique, » déclarait-il en 2000. « Mais face à toutes ces opinions et critiques, j’ai dû apprendre à apprécier qu’on me montre mes erreurs sans pour autant me laisser trop influencer. Ce n’est pas parce qu’untel et untel disent quelque chose que je vais commencer à soupeser tous les avantages et inconvénients. Je vais pas perdre l’appétit pour ça. »

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