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Wanegaine Tching Tchong

Les yeux ouverts

9 Juin 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #TianAnMen, #Propagande, #Histoire

Chaque année, début juin, j'ai un peu les glandes. Le sujet me tarabuste, et je vous traduis ici l'article publié sous pseudo par une certaine Catherine Wang, qui a découvert ce qui s'est passé le soir du 4 juin 1989, à Pékin.

La version anglaise est dispo ici.

Je pense que je reviendrai là-dessus.

Les yeux ouverts

La vérité sur Tiananmen

Se faire à 1989 en tant que jeune chinoise.

Pendant longtemps, le seuls sens qu’avait 1989 pour moi, c’était qu’il s’agissait de mon année de naissance (NdT : comme mon petit frère ! Youhou frérot !) dans la ville côtière de Tianjin. Quand je suis devenue étudiante, j’avais entendu parler de l’autre chose qui avait eu lieu le même printemps. Le terme utilisé quand j’étais petite n’était pas « le 4 juin », et encore moins « le massacre de Tiananmen », mais plus simplement « la révolte étudiante ».

« Quand est-ce que notre fils cadet s’est marié, déjà ? » avait demandé mon grand-père à ma grand-mère, tandis qu’il feuilletait l’album de famille. « L’année de la révolte étudiante, » répondit ma grand-mère, comme s’il s’agissait d’une quelconque autre marque du passage du temps.

Enfant, je n’y prêtais pas vraiment attention. Pour moi, la révolte étudiante sonnait comme une de ces vieilles histoires sorties de la boite à souvenirs des vieux. Cette boite est pleine de souvenirs douloureux dont une petite fille se lasse rapidement, et qu’elle apprend à ignorer.

En grandissant, j’ai senti qu’il y avait plus derrière cette histoire. La différence était évidente – les gens parlaient généralement volontiers de la Révolution culturelle et du Grand bond en avant, mais étaient très hésitants quand il fallait répondre à mes questions concernant la révolte étudiante. « Une année particulière, c’est vrai, » me dit une fois un ami de la famille. « Tu es de 89. » Mais alors que ma curiosité était à son comble, il se taisait, ou disait simplement « Tu comprendras quand tu seras grande. »

Les yeux ouverts

Je me suis adressée à ma mère. « Qu’est-ce qui s’est passé ce printemps ? » lui demandai-je. Mais elle était une simple femme, d’une petite ville, et n’avait jamais vu Pékin durant sa jeunesse. S’il y avait eu un tremblement de terre à Pékin ce printemps là, elle n’en aurait senti que les répliques – mais la réplique était toujours suffisamment puissante pour qu’elle ait peur de m’en parler.

Quelques mois après ma naissance, au mois de mai, ma mère m’a emmené rendre visite à son grand frère, qui était avocat dans la grande banlieue de Tianjin. Quand le bus passa devant un bâtiment d’état, il s’arrêta. Devant, la rue était occupée par une manifestation d’étudiants d’un lycée professionnel local. Par la fenêtre, ma mère put voir les mots « démocratie » et « liberté » sur leurs banderoles – des concepts auxquels elle ne pensait pas beaucoup – tout comme « contre la corruption et pour l’égalité », auquel elle adhéra bien plus vite.

Ma mère a eu si peur d’être blessée dans la cohue qu’elle me serra contre elle et n’osa pas bouger de son siège tant que la foule ne fut pas passée. A ce moment, elle ne se rendait pas compte que la même chose était en train de se dérouler dans beaucoup de villes à travers la Chine. Qu’elle était témoin d’un tournant qui allait diviser la Chine en deux ères – une ère pour sa génération, une autre pour le bébé dans ses bras, à qui serait caché pendant des années ce qu’elle vivait alors.

« On ne comprenait pas bien ce qui se passait », me dit ma mère. « Mais je me souviens qu’on voyait sans arrêt à la télé des reportages sur les étudiants qui manifestaient place Tiananmen, et le ton des infos était plutôt favorable envers eux. Et puis en une nuit, tout a changé. Je pense que tu étudieras ça en classe d’histoire. »

Les yeux ouverts

A seize ans, j’ai enfin choisi le cours « Histoire globale de la Chine moderne et contemporaine ». Ma professeure, Madame Xiong, nous a dit « C’est le cours le plus important. La plupart des examens seront basés dessus, car c'est l’histoire de l’humiliation que la Chine a traversé, et comment le Parti Communiste Chinois y a mis fin, menant la Chine vers le renouveau. »

J’ai ouvert le livre, à la recherche du chapitre sur 1989, mais fus déçue. Il n’y avait rien. Plus tard, Mme Xiong m’a dit « Ne sois pas déçue, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose. J’ai vécu cette année. De mon point de vue, il vaut mieux ne rien en apprendre des livres. Ça ne peut pas être objectif. »

Mme Xiong nous appelait « la génération nourrie au lait de louves ». Elle croyait que ce que nous apprendrions de nos livres n’était rien comparé à ce que sa génération avait vécu durant les dynamiques années 80. « Ne vous fiez pas trop aux livres d’histoire, » nous disait-elle. « Quand vous grandirez, essayez de lire au maximum pour différencier le vrai du faux. » Elle essayait de nous décrire une époque idéaliste faite de rêves, de philosophie, d’art et de poèmes quand elle était étudiante dans les années 80. On voyait dans ses yeux l’envie de nous en dire plus, de nous inspirer, mais elle rechignait à trop en expliquer. On aurait dit une danseuse avec des chaines. Elle n’était pas complètement libre de ses mouvements.

À l’automne 2008, je suis partie à Pékin pour faire mes études. Comme la majorité des filières de mon université étaient liées aux langues ou aux cultures étrangères, nous étions plus ouverts sur l’étranger que les autres étudiants. En vivant sur le même campus que des professeurs et étudiants étrangers, j’avais l’impression d’être au paradis, avec enfin une fenêtre par laquelle regarder à l’extérieur du monde étroit dans lequel je vivais.

Dès que j’avais du temps libre, j’allais à la bibliothèque où je pouvais trouver des exemplaires du New York Times, du Financial Times ou du Wall Street Journal. J’ai saisi chaque occasion de discuter les étudiants d’autres pays. Avec quatre camarades de classe, nous avons créé un groupe de discussion avec les étrangers pendant la pause de midi, où nous parlions en anglais de culture, société et de politique avec des professeurs étrangers. De toutes ces connaissances qui constituent aujourd’hui mon bagage, quand je les ai découvertes à l’époque j’avais été choquée, et le récit du 4 juin fut le plus choquant de tous.

Le professeur avec qui je discutais le plus était Mike, un américain d’une soixantaine d’années. Un jour, pendant le déjeuner, nous avons comparé les étudiants actuels avec ceux des générations précédentes. Il était intrigué par le niveau de conscience sociale de notre génération. « Je doute même que quelqu’un dans ta classe connaisse ce qui s’est passé le 4 juin, » me dit-il.

« Moi je sais ! » lâchai-je immédiatement, et je lui racontai ce que j’avais appris du 4 juin – ma curiosité depuis toute petite, les bribes obtenues auprès de ma famille, le verdict officiel considérant tout ça comme « un incident contre-révolutionnaire mené par des contre-révolutionnaires qui ont abusé les étudiants. »

En voyant l’expression de Mike, j’ai immédiatement regretté mes propos. Plus tard, j’ai découvert que tous les professeurs étrangers de l’université étaient mis en garde contre le fait de mentionner le 4 juin ou d’autres sujets sensibles. Après quelques minutes de silence, il a simplement dit « Pourquoi ne pas consulter d’autres versions venant de sites web étrangers ? »

Juin 2009 approchait, et on me dit que toutes universités pékinoises étaient sous pression pour gérer les étudiants et s’assurer que rien ne se passe pour marquer le 20ème anniversaire. On a dit aux étudiants membres du Parti de « rester en ligne » et ils furent incités à surveiller les autres étudiants « pour leur propre bien ». C’est ce qui arriva aux étudiants encartés et aux étudiants syndiqués, dont je faisais partie.

« Je pense que vous réalisez tous à quel point ce serait affreux si vous vous comportiez mal à cette période précise, » nous avertit notre superviseur. « Et n’ayez pas de scrupules à empêcher un camarade de mal agir, car vous lui rendez service. » Une rumeur courait comme quoi des étudiants avaient prévu de porter des t-shirts blancs en signe de rébellion silencieuse, alors notre superviseur nous a dit qu’il ne voulait voir personne habillé en blanc ce jour-là.

Le 4, les sites internet et les journaux étrangers firent une large place à l’anniversaire, et sur Facebook les gens rendaient hommage aux victimes. Mais sur le campus, tout était calme. Quand je me suis déconnectée de Facebook et que j’ai regardé par la fenêtre, j’ai vu des étudiants qui distribuaient des fliers pour les événements organisés ce week-end, avec des titres comme « Comment choisir une carrière stable et prometteuse » ou « Comment réussir au GRE ». Alors je me suis dit que les inquiétudes de mon superviseur étaient sans fondement – tout le monde se fichait de la date du jour.

Les yeux ouverts

Tout l’après-midi, je suis restée devant mon ordinateur en utilisant un VPN pour lire les articles des sites étrangers pour la première fois, et j’ai regardé des vidéos de ce qui avait eu lieu vingt ans plus tôt, dont le « tank man ». Même une personne au cœur de pierre aurait été choquée par ce que j’ai vu. Des larmes dans les yeux, je ne pouvais m’arrêter de chercher toujours plus d’images de cette nuit.

J’ai toujours la photo prise en 1998 quand j’ai visité la place Tiananmen pour la première fois. J’avais neuf ans, souriante, des soldats de l’Armée de Libération derrière moi. J’étais si fière des symboles nationaux partout, du slogan « Longue vie au PCC » au dessus de la porte de la Cité interdite, et des soldats armés censés protéger la nation et ses habitants. Mais maintenant, ça a changé. Mes larmes n’étaient pas seulement pour les morts du 4 juin, mais aussi pour moi. Ça fait mal quand le monde que vous avez construit dans votre tête pendant vingt ans s’effondre.

Ce soir là, dans mon dortoir, je n’en pouvais plus et j’ai abordé le sujet.

- Les filles, vous savez quel jour on est ?

- Jeudi 4 juin.

- Rien d’autre ?

- Je vois ce que tu veux dire, répondit la fille dans le lit sous le mien. « C’est l’anniversaire. Mais qu’est-ce qu’on y peut ? »

Oui, qu’est-ce qu’on y peut ? me suis-je demandé. Ai-je le courage des étudiants qui manifestaient en 1989 ? Peu importe ce qu’ils souhaitaient réaliser, ou si leurs projets étaient réalisables, ils se sont levés et ont revendiqué leurs droits. Mais parmi ma génération, nous fermons les yeux quand nous sommes témoins d’une injustice, et nous avons appris à jouer le jeu au lieu de contester ses règles corrompues. Depuis notre premier jour à l’école primaire, on nous enseigne l’opportunisme.

A 23 h, l’électricité du dortoir fut coupée comme d’habitude. Dans le noir, moi et deux autres filles, Dong Hui et Zhou Yun, avons continué à discuter. Elles avaient toutes les deux grandi dans le centre de Pékin. Le soir du 4 juin, une balle a traversé une fenêtre de la maison des grands-parents de Dong Hui, dans un hutong au sud du boulevard Chang’an. Sa grand-mère, qui avait plus tôt envoyé à manger aux étudiants et aux jeunes soldats sur la place Tiananmen, était terrifiée. « Elle m’a dit qu’elle n’osait même pas chuchoter, » me dit Dong. « Les soldats et les étudiants avaient le même âge, mais un groupe braquait des armes sur l’autre. Des étudiants sont morts, et des soldats aussi. »

Zhou Yun me dit que son père était un jeune homme idéaliste dans les années 80, il écoutait du rock et avait les cheveux longs. « Mais il a changé après 1989, » dit-elle. « Il m’a prévenue avant d’entrer à l’université : "Ne t’engage dans aucun mouvement politique". Il m’a dit qu’il essaierait de me protéger quoi qu’il arrive, mais qu’il y avait des choses contre lesquelles il ne pourrait rien dès lors qu’il serait trop tard. »

Je me souviens avoir rencontré le père de Zhou le premier jour à la fac. C’était un homme d’affaires entre deux âges, et je n’aurais jamais deviné à son visage, fatigué et marqué par l’alcool, qu’il avait été autrefois un beau jeune homme qui avait participé au mouvement. Selon Zhou, désormais le seul but de son père était de gagner de l’argent et d’envoyer sa fille à l’étranger. L’an passé, quand j’ai entendu qu’il avait une liaison extraconjugale avec une jeune de l’âge de sa fille, je n’ai pas été surprise.

Avoir des couilles. (allégorie)

Avoir des couilles. (allégorie)

Je me plongeais toujours plus dans l’histoire d’il y a deux décennies, j’ai mis au jour un monde caché. J’ai aussi découvert un secret de famille dont je n’avais jamais entendu parler.

Au cours des jours précédant l’ordre donné à l’armée de vider la place Tiananmen par la force, un de mes oncles, alors lieutenant de 29 ans travaillant dans une base militaire au nord-ouest de Pékin, reçut l’ordre de gérer un stock d’armes et de munitions, et de les utiliser « si la révolte se mettait en mouvement » vers où ils vivaient et travaillaient. Sa base abritait aussi une des principales unités de Nankin qui a chargé la place quelques jours plus tard pour accomplir son devoir.

« À Pékin, c’était l’anarchie à cette époque, » m’a raconté mon oncle. « Les émeutiers, qui étaient selon moi peu à être étudiants, se ruaient partout pour détruire ou s’en prendre aux gens. » Il me dit qu’il avait été chargé d’assurer la protection de la base, ce printemps là, mais il refuse toujours de me dire s’il s’est servi ou non des armes et munitions ou pas.

Quand je lui ai dit ce que j’avais regardé sur le web, et à quel point j’étais perturbée, mon oncle s’est disputé avec moi. « Je comprends qu’il y ait une polémique car l’armée a tiré sur son peuple, » dit-il, « mais est-ce que tu as lu dans tes articles soi-disant objectifs combien de soldats ont été tabassés à port et brulés vifs par les émeutiers ? Ils n’ont pas répliqué jusqu’à la fin. Tu crois vraiment que tous les gens sur la place étaient d’innocents étudiants ? Ce n’est pas si simple que tu penses. »

Quand j’ai commencé à parler de démocratie et de liberté, mon oncle s’est mis en colère. « Voilà, ce que je craignais est finalement arrivé, » me cria-t-il dessus. « Tu crois en savoir plus parce que tu fais des études étrangères et parce que tu connais des étrangers. » Aux yeux de ma famille, j’avais toujours été une fille obéissante. C’était la première fois que je me disputais avec mon oncle, qui avait été envoyé à l’école militaire à 16 ans, y avait intégré le Parti, et avait travaillé toute sa vie dans le système jusqu’à sa retraite. Je me suis tue, et pendant deux heures, il m’a fait la leçon sur toutes les souffrances que la Chine avait endurées avant qu’un Parti « fort et puissant » n’unisse le pays contre les puissances étrangères. Il me dit comment un système judiciaire indépendant et la démocratie mèneraient vers une société instable, le plus grand cauchemar de sa génération.

Je croyais bien connaître mon oncle. C’est un homme honnête et sincère, un officier loyal, un père gentil et aimant, et un bon fils. Mais quand j’étais troublée et cherchais un moyen de construire une Chine meilleure, aux yeux de mon oncle, j’étais en train de fomenter une insurrection et de trahir mon pays. Il croit aimer la Chine véritablement, et moi aussi. Mais nos opinions sont radicalement différentes quant à ce qui est bon pour la Chine. Qui peut dire qui a raison et qui a tort ?

Les yeux ouverts

Sans le moindre doute, la plupart des membres de ma famille ont bénéficié de la stabilité de la Chine depuis 26 ans. Une famille de fermiers avant la réforme, et aujourd’hui composée d’avocats, d’officiers de l’armée, de journalistes et de professeurs, et dont la dernière génération est diplômée de l’université. Mon grand-père m’a raconté le désespoir d’une vie où on ne sait pas où trouver du riz pour le repas du lendemain, ou comment l’armée recrutait pour combattre l’envahisseur japonais pendant la guerre. Il aimait le Parti Communiste Chinois, et il insistait sur le fait que nous devions profiter de la paix et de la stabilité qu’il nous avait apportées.

Mais ce n’est pas le tableau que je me fais. À chaque fois que je retourne au pays, j’entends les gens se plaindre de la corruption des fonctionnaires locaux, comment les élections locales sont pourries par les pots de vin, comment les terrains sont vendus illégalement aux usines, et comment les usines déversent des polluants dans l’eau que les habitants boivent tous les jours. Un vieux voisin me pose la même question à chaque fois que je le rencontre. « Qu’est-ce qui arrive à la Chine ? C’est ça le pays socialiste pour lequel on m’a appris à me battre ? »

A chaque fois que je tente de faire l’éloge de l’efficacité gouvernementale, ou de la stabilité qui bénéficie au peuple, je suis toujours déçue par le fait que tant de gens sont oubliés ou laissé de côté. Je ne peux m’empêcher de me demander, et si j’étais née dans une région minée par la pauvreté, et si ma famille n’avait pas les moyens de me payer une éducation ? Y aurait-il quelqu’un pour m’aider ? Si la Chine est un TGV, le gouvernement lui fournit toute l’énergie dont il a besoin et se charge d’empêcher quoi que ce soit de bloquer la voie. Sauf que seuls les riches et les puissants sont passagers de ce train, et les autres sont laissés derrière.

Les yeux ouverts

Quelques jours après le 20ème anniversaire du 4 juin 1989, notre superviseur nous a demandé de déposer une candidature pour participer au défilé du 60ème anniversaire du PCC sur la place Tiananmen à l’automne. Cinq étudiants maximum par classe seraient sélectionnés, et seuls les plus chanceux auraient l’honneur de participer au défilé.

Il n’y eut aucune envie d’être parmi les cinq heureux élus. Pas un étudiant de ma classe n’a postulé, et ce ne fut pas mieux dans les autres classes. Alors que la date limite approchait, le superviseur s’inquiéta. Il commença par mettre la pression sur les étudiants cadres, puis sur ceux qui avaient demandé à rejoindre le Parti, et enfin sur ceux qui étaient boursiers ou risquaient de rater leur année. En tant que membre du syndicat étudiant, je fus également convoquée pour une discussion. Je fus écœurée par la façon dont il me proposa de résoudre le problème, aussi je refusais son offre d’ajouter des points de bonus à mes notes finales.

Enfin, suite à cette politique du bâton et de la carotte, des étudiants ont déposé leur candidature. Et bien sûr, certains l’ont fait par sincère amour de la nation et du Parti. Ils ont passé toutes les vacances d’été a s’entrainer à marcher au pas, et à crier des slogans patriotiques d’une même voix.

Le 1er octobre 2009, pour la fête nationale, j’ai regardé les défilés militaires et étudiants sur la place Tiananmen à la télé avec ma mère. « La lutte sanguinaire », « L’histoire du printemps », « La marche vers une nouvelle ère » disaient les panneaux brandis par les étudiants traversant la place, tandis que les dirigeants du pays souriaient au dessus d’eux.

La propagande patriotique était puissante. Assister à une telle scène, avec des milliers de jeunes sur le boulevard Chang’an, marchant d’un même pas, scandant les mêmes slogans, c’était facile d’être ému. Mais soudain, j’ai eu une vision, comme si ce qui m’apparaissait était la foule tachée de sang que j’avais vue quelques mois plus tôt.

J’ai écrit dans mon journal ce jour-là : « Quand Tiananmen est submergée de rires et de chants, décorée de fleurs et d’oiseaux, un régime fête ses succès. Mais il n’a pas le droit d’obliger les gens à effacer leur mémoire. Derrière les rires, les fleurs, les chants et les oiseaux, un autre groupe de gens de la même race, qui avait essayé de construire un meilleur futur et l’a payé par le sang, par les larmes et par la vie, est oublié. »

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