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Wanegaine Tching Tchong

El Doradong

5 Septembre 2015 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Économie, #Fantasmes, #Panurge, #Michael Keaton, #Japon, #Hipsters

Un papier clair et concis au sujet des fantasmes chinois dont nous abreuvent moult émissions soi-disant spécialisées. Mis en ligne par l'indispensable Foreign Policy, vous pouvez consulter la VO ici.

Je vous en prie.

Que l’Occident soit enfin objectif vis-à-vis la Chine

Ce n’est ni une source illimitée de richesse, ni un asile de fous au bord de l’effondrement.

David Schlesinger, le 26 août 2015

El Doradong

HONG KONG – Tel un miroir déformant, la Chine reflète ce que l’observateur veut y voir – et ça a toujours été le cas.

À une époque, elle fut l’implacable vision positive d’un pays aux marchés en développement infini dont rêvaient au 19ème les propriétaires d’usines du Lancashire quand ils ajoutaient mentalement 3 cm à toutes les chemises chinoises ; ou le pays de la pénétration omniprésente des Smartphones que les analystes voient se poursuivre en continu sur la base de l’actuelle croissance de 40 %. D’autres fois, comme au 19ème siècle, elle fut l’incessante vision négative d’un Péril Jaune engloutissant le monde, ou encore une cascade de dominos répandant le communisme, dans les années 60.

Nous sortons tout juste d’une période que la tendance presque unanime qualifiait de siècle de la Chine. Les bonnes familles occidentales embauchaient pour leurs enfants des nounous chinoises qui leur enseigneraient des berceuses en mandarin afin de mieux les préparer à la compétition interne chez Goldman Sachs avec vingt ans d’avance ; les hipsters déménageaient de Brooklyn vers le quartier de Sanlitun à Pékin pour se constituer un beau bagage d’expériences cool ; les banques, les maisons de courtage, les agences financières, les cabinets de conseil, et les agences de presse développaient leurs bureaux à Pékin et Shanghai pour moissonner les apparemment inévitables nouveaux riches.

Mais quelle part de ces investissements et de ces projets reposait sur l’analyse objective et non sur l’émotion et la tendance du moment ?

« Picoler assis sur une chaise de jardin dans la rue, mais c'est juste grandiose, quoi. »

« Picoler assis sur une chaise de jardin dans la rue, mais c'est juste grandiose, quoi. »

Il suffit de remonter un peu dans les archives pour voir des gens prendre des décisions sur la base de données économiques chinoises, puis écrire de longues tirades pour mettre en cause la valeur et la précision desdites statistiques, puis paniquer quand ces mêmes statistiques étaient mauvaises, puis critiquer à nouveau ces statistiques, et enfin – comme je l’ai vu cette semaine – dire que l’actuel carnage boursier ne cesserait que lorsque les statistiques chinoises s’amélioreraient.

Une bonne part de cela est de la faute de la Chine qui rend son système et ses mécanismes si opaques. Cette opacité, ce manque de transparence, c’est précisément ce qui a créé les beaux rêves et exacerbé les émotions.

L’investissement émotionnel peut cependant tourner aussi mal que l’investissement financier.

Cette inversion est précisément ce à quoi on assiste quand un analyste d’une importante chaine d’info US déclare n’avoir jamais entendu le nom de l’homme qui dirige le pays le plus peuplé du monde et la deuxième économie mondiale. C’est ce à quoi on assiste quand un candidat à la présidentielle US déclare que le président chinois mérite un hamburger au lieu d’un diner officiel. Et c’est ce à quoi nous assisterons – comptez dessus – quand les conseils d’administration demanderont les uns après les autres des rapports pour savoir si « nos investissements en Chine valent le coup. »

Il suffit de regarder l’exemple japonais (...). Dans les années 80, le Japon était « Numéro Un » – ses bureaucrates avisés ne pouvaient pas se tromper en travaillant avec les industriels pour développer l’économie ; la bourse n’a fait que monter. Inévitablement, les étudiants US se ruèrent vers les cours d’initiation au japonais ; les institutions financières et les agences de presse s’implantèrent plus fortement à Tokyo ; et tout était beau et tout était merveilleux – jusqu’à ce que ça ne le soit plus. Aujourd’hui, bien que le Japon soit toujours la troisième économie mondiale, la lune de miel est terminée et peu de multinationales lui accordent une attention et des investissements en rapport avec son importance.

La Chine dispose de beaucoup de vraies atouts. Sa population énorme va certainement produire plus, consommer plus et construire plus. Ses villes vont se développer en nombre et en taille, tout comme ses besoins et rêves en infrastructures. Sa monnaie et sa diplomatie vont tenir des rôles de plus en plus importants dans le monde. Mais l’histoire d’amour ne fabrique pas en usine ; le rêve ne se force pas.

Ce qui récolteront les fruits de ce que la Chine a à offrir, ce seront les réalistes, pas les rêveurs. Et cela, durant une transition douloureuse, sera probablement une bonne chose.

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