Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Wanegaine Tching Tchong

Demain c'est loin

22 Février 2016 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Hong Kong, #Edward Leung, #Joshua Wong, #Démocratie

Ola, friponitos !

Je vous ai traduit un article fort enrichissant au sujet de la situation politique à Hong Kong. C'est en provenance du site du vénérable New York Times, et si vous voulez lire la VO, c'est ici que ça se passe.

La Chine traite les manifestants de « séparatistes radicaux » et ça leur va.

Alan Wong, le 20 février 2016

Edward Leung (photo An Rong Xu)

Edward Leung (photo An Rong Xu)

Quelques jours après les pires émeutes à Hong Kong depuis des années, de haut dirigeants du gouvernement chinois ont déclaré que les violences étaient l’œuvre de « séparatistes radicaux » - une étiquette que le Parti Communiste colle à tous ses opposants, du Tibet à Taïwan, dont le vrai but serait de diviser la Chine.

Les dissidents chinois réfutent généralement cette accusation. Mais à Hong Kong, il y a au moins un manifestant qui dit ne pas avoir de problème avec ces mots, utilisés par le directeur du Bureau central de liaison, Zhang Xiaoming.

« Radical ? Oui. Séparatiste ? Ça ne me pose pas de problème non plus » déclare ce manifestant, Edward Leung, 24 ans et porte-parole du groupe Hong Kong Indigenous. Il fait partie des douzaines de personnes mises en examen pour émeute suite aux incidents du 9 février.

Les violences dans le district très vivant de Mong Kok, qui firent plus de 80 blessés dans les rangs de la police ainsi que nombre d’autres parmi les manifestants, furent le plus impressionnant des signes de la montée d’un mouvement local friand d’affrontement – et visant une improbable indépendance de Hong Kong vis à vis de la Chine. Créé suite au mouvement des Parapluies en 2014, qui échoua dans sa quête d’élections locales plus démocratiques, Hong Kong Indigenous préfère l’agression à la manifestation pacifique, une mode d’action qui a été essayé et a échoué selon M. Leung.

Politiquement, l’objectif à long terme du groupe est extrême : il veut que les résidents de Hong Kong puissent voter pour déterminer leur futur – n’excluant pas une éventuelle indépendance – après 2047, quand expirera la promesse de Pékin quant à la préservation des libertés civiles et de la forte autonomie de l’ancienne colonie britannique. Pour les analystes, il ne s’agit que d’un fantasme.

Plus généralement, Hong Kong Indigenous, avec d’autres groupes comme Civic Passion, promeuvent ce qui a été appelé le « localisme », une réaction à l’influence grandissante de la Chine continentale sur place. Les localistes réclament des mesures favorisant les Hongkongais par rapport aux Chinois du continent dans des domaines comme la couverture sociale ou les places dans les établissements scolaires, ainsi qu’une protection des traditions hongkongaises qu’ils considèrent comme menacées. Ils ont organisé des manifestations contre les continentaux qui viennent vairé leur shopping, et même contre des artistes de rue qui dansent sur des chansons en mandarin, et pas en cantonais, le dialecte local.

Demain c'est loin

C’est une tradition hongkongaise qui a contribué au déclenchement des violences de Mong Kok, qui se sont déroulées la nuit du Nouvel An lunaire. Depuis des années, les autorités avaient fermé l’œil sur les vendeurs de rue illégaux qui vendaient des denrées telles des boulettes de poisson ou du tofu qui pue aux foules des jours fériés. Mais cette année, une info a circulé : les contrôleurs de la ville allaient empêcher les vendeurs de Mong Kok de vendre leur marchandise. (Les autorités ont par la suite déclaré que les contrôleurs s’étaient contentés de patrouiller, et que pas une amende n’avait été donnée.)

À l’aide des réseaux sociaux, les Indigenous ont mobilisé leurs followers pour « protéger » les vendeurs. Rapidement, des manifestants s’en prenaient à la police. À tel point qu’un policier attaqué a tiré en l’air de vraies balles – un développement choquant dans une ville habituée aux manifestations paisibles. Peu après, une foule avec masques mettait le feu dans les rues et lançaient des briques sur les agents de police, qui ripostèrent à la matraque et au gaz lacrymogène et, dans certains cas, en renvoyant carrément les briques.

M. Leung, qui s’est fait arrêter alors qu’il allait rejoindre les manifestants avec un mégaphone, nie que les Indigenous aient organisé les violences, bien que les autorités aient par la suite remarqué que le groupe était venu à Mong Kok avec des boucliers en plastique. Environ 20 des 69 personnes arrêtées suite aux affrontements sont affilées au groupe, selon M. Leung.

« Si l’Histoire fait de nous les responsables des violences, alors ainsi soit-il », a dit M. Leung, mais « si nous obtenons l’autonomie, ou même créons une nation à nous, ce qui s’est passé à Mong Kok sera considéré comme une révolution. »

Demain c'est loin

Mais pour les analystes, l’idée que la Chine puisse accorder l’indépendance à Hong Kong est grotesque.

« Les courageux jeunes de Hong Kong doivent lire et comprendre la nature de la politique et du système politique de la République Populaire de Chine s’ils veulent arriver à quoi que ce soit dans leur défense des droits de Hong Kong, » dit Steve Tsang, professeur d’études chinoises contemporaines à l’université de Nottingham. « La politique, c’est l’art du possible. »

M, Leung dit voir à long terme. Il voit le sentiment d’identité locale – et le grand nombre de manifestants prêts à se battre – comme autant d’atouts dans une négociation quant au futur de la ville. En ce sens, il s’est félicité des violences à Mong Kok.

« Nous avons prouvé que nous avions la capacité de mobilisation pour mettre le gouvernement sous pression, » dit-il.

Tous les localistes n’approuvent pas l’idée des manifestations violentes. Mais des signes montrent que cette tactique gagne en popularité au sein des jeunes activistes démocrates, dont beaucoup sont sortis désabusés de l’incroyablement pacifique mouvement des Parapluies qui n’obtint aucun résultat.

Après l’émeute de Mong Kok, les syndicats étudiants de sept des huit universités publiques de Hong Kong ont publié des communiqués de soutien envers les manifestants. (L’exception, City University, n’a pas de syndicat étudiant) Les déclarations jetaient la responsabilité des heurts sur le gouvernement local, considérant qu’il avait échoué à traiter plusieurs sujets d’inquiétude publique ; l’un d’eux citait le révérend Martin Luther King : « La révolte est le langage de ceux qu’on n’écoute pas. »

Cela contrastait fortement avec les réactions des deux plus importants partis pro-démocratie de Hong Kong, le Parti Démocratique et le Parti Civique, qui ont rapidement condamné les assauts contre la police. Ces partis, dont certains des membres luttent pour la démocratie depuis des décennies, sont méprisés par les jeunes activités démocrates qui les accusent d’avoir accompli si peu.

Les localistes se sont lancés dans la vie politique et électorale de Hong Kong, non sans succès. L’année dernière, certains candidats localistes ont gagné des sièges au sein des conseils de proximité, battant des candidats des partis démocratiques bien établis. M. Leung lui-même sera candidat lors d’un scrutin municipal le week end prochain. Son programme inclut la construction d’une unité de désalinisation pour ne plus dépendre de l’eau en provenance du continent, et politique dissuasive quant à l’usage du mandarin à l’école. « Nous devons développer et renforcer une identité locale, pour tracer une ligne entre nous et les autres, » dit M. Leung.

Joshua Wong, responsable étudiant qui a joué un rôle prépondérant lors du mouvement des Parapluies, forme également un parti politique visant mettre un référendum pour l’auto-détermination à Hong Kong à l’agenda du conseil municipal – un développement qui offusquerait les dirigeants chinois, pour qui toute mention du séparatisme est un anathème. M. Tsang, le professeur en étude chinoises, pense que le droit à l’auto-détermination est un objectif raisonnable dans une perspective démocratique. « Mais Hong Kong n’est pas une démocratie, et Pékin n’autorisera jamais Hong Kong à en devenir une, malgré ce que laissent croire certains, » dit-il.

Partager cet article

Commenter cet article