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Wanegaine Tching Tchong

Burn out

3 Avril 2016 , Rédigé par Battì Publié dans #Traduction, #Kunshan, #Jiangsu, #Catastrophe, #Travail, #Délocalisation

Retour sur l'explosion de Kunshan, signé Xie Haitao pour l'agence Caixin, disponible en VO ici.

La malédiction sans fin de la mortelle poussière industrielle

Les blessures n’ont pas encore guéri depuis l’explosion qui a retenti dans une usine de polissage de jantes du Jiangsu.

Xie Haitao

Burn out

Dans les usines métallurgiques japonaises, il n’est pas rare que les poussières métalliques potentiellement explosives soient aspirées toutes les deux heures.

Mais retirer les particules métalliques dans l’air était bien moins habituel – en fait dangereusement rare, d’après les autorités – avant l’explosion qui a retenti à Kunshan dans l’usine de polissage de jantes Zhongrong Metal Products Co. le 2 août 2014.

La négligence de la direction pour ce qui est considéré comme une opération de maintenance basique dans une usine métallurgique fut une raison avancée par les enquêteurs pour l’explosion qui a tué 146 et blessé 114 des 265 employés en poste ce jour tragique.

Cette conclusion à laquelle est arrivée l’équipe d’investigation du Conseil d’état a préparé le terrain aux récentes condamnations de trois cadres de Zhonrong et onze fonctionnaires par le Tribunal du Peuple de Kunshan, sur la base des chefs d’inculpation liés à la catastrophe. Les décisions furent annoncées début février par le gouvernement provincial.

Les enquêteurs ont mis au jour diverses infractions au code de sécurité à l’usine, où des jantes de voitures en aluminium et en alliage étaient polies pour leurs clients, parmi lesquels le plus grand fabriquant mondial de jantes, Citic Dicastal, un fournisseur des plus gros constructeurs automobiles, comme General Motors. L’usine fut rasée par l’explosion, et Zhongrong fut fermé par les autorités du Jiangsu en décembre 2014.

Dans l’atelier 32, les lignes de production de 13 mètres – sur deux rangées de 16 à chacun des deux étages – avaient été installées dangereusement proches les unes des autres, d’après le rapport du Conseil d’état. De plus, l’usine était apparemment très mal ventilée, et les règles de maintenance assurant la sécurité des ateliers métallurgiques étaient ignorées.

Les enquêteurs ont également pointé du doigt le concepteur de l’atelier, une entreprise du Jiangsu (Huai’an Architecture Design Institute), pour n’avoir pas tenu compte des normes de sécurité relatives aux contrôle des poussières.

Les employés qui embauchaient à 6 h 40 le matin de la catastrophe ont assuré que la poussière métallique dans l’air était si dense qu’on y voyait mal. Les étincelles dues à la chaleur créée par la réaction chimique de la poussière d’aluminium et de l’eau a mis le feu à la poussière, créant une terrifiante boule de feu.

Un bilan lourd

Duan Chengming est un ouvrier de Zhongrong qui a assisté et survécu à l’explosion. Il travaillait au rez-de-chaussée quand la poussière a pris feu.

M. Duan se souvient d’avoir entendu une explosion qui fit siffler ses oreilles, d’avoir vu des flammes qui en quelques secondes ont enflammé ses vêtements sur son dos. Il s’est enfui de l’usine avec d’autres ouvriers, dont certains couraient avec les cheveux en feu.

Song Chengqiang travaillait à l’extérieur de l’atelier quand l’explosion a eu lieu. Il dit avoir vu un nuage noir en forme de champignon s’élever au dessus du bâtiment, qui s’est ensuite rapidement effondré. Il a également vu des ouvriers hurlants, dont beaucoup étaient en train de bruler, courant hors de l’usine.

Les ouvriers indemnes ont essayé d’aider les blessés et d’éteindre le feu à l’aide du matériel anti incendie de l’usine. Mais les équipements s’avérèrent sans effet sur le foyer.

D’après le rapport du Conseil d’état, l’explosion proprement dite a tué 47 personnes. Les autres victimes ont succombé à leurs brulures.

Alors que fin mars, quelques 19 mois depuis la catastrophe, plus de 70 victimes étaient toujours soignées dans les hôpitaux de l’agglomération de Kunshan. De plus, certaines victimes comptabilisées parmi les blessés sont mortes durant les mois qui ont suivi la publication de la liste.

Le jour de l’explosion, les hôpitaux et les médecins furent submergés par l’afflux de victimes, dont beaucoup étaient si brulées que les familles n’ont pas pu les reconnaître. Les victimes furent admises dans plus d’une douzaine d’hôpitaux de 8 ville voisines, dont Suzhou, Changshu et Shanghai.

À l’hôpital Ruijin de Shanghai, le Dr. Zhang Qin a aidé à soigner les victimes et a par la suite déclaré aux journalistes : « En 27 ans de carrière, je n’avais jamais vu de blessures si graves que celles causées par cette explosion. » Il avait également prédit à raison un haut taux de mortalité.

À l’hôpital Changhai de Shanghai, le Dr. Zhu Shihun a déclaré que la plupart des blessés qu’il avait soignés souffraient de graves blessures internes causées par la simple puissance de la détonation.

M. Duan faisait partie des 13 victimes emmenées à l’hôpital de Suzhou, ù cinq d’entre elles moururent. Il a passé tout un mois intégralement pansé et allongé dans une unité de soins intensifs. M. Duan se souvient de la terrifiante douleur des nettoyages de blessures hebdomadaires et des changements de pansements.

« Chaque mercredi, quand on entendait le chariot des infirmières approcher dans le couloir pour amener les bandages neufs, nous avion peur, » dit M. Duan.

Questions dures

Après des mois à l’hôpital, M. Duan fut transféré dans un centre de rééducation. Là bas, il retrouva sa femme, Li Chengcheng, qui travaillait également à l’usine Zhongrong où elle ne fut pas seulement gravement brulée mais a aussi perdu une main dans l’explosion. À l’avenir, ils auront tous deux besoin de plusieurs opérations, disent les chirurgiens.

La famille de M. Duan et Mme Li, qui ont un fils de 9 ans, est l’une des nombreuses familles frappées par la tragédie. D’après les anciens ouvriers de Zhongrong, beaucoup des employés embauchés avaient des parents qui travaillaient déjà à l’usine.

« Ma femme et moi sommes blessés, » dit M. Duan. « Qu’est-ce qu’on va devenir ? »

Beaucoup d’autres survivants de l’explosion ont posé des questions auxquelles ils ont reçu peu ou pas de réponse.

La plupart des ouvriers de Zhongrong avaient été recrutés dans des régions agricoles proches de Kunshan, et depuis l’explosion ils peinent à survivre. Ils avaient d’abord été attirés par l’usine pour les salaires relativement élevés, dûs aux conditions de travail, stressantes et dans la poussière.

Des questions ont été adressées à la mairie de Kunshan, qui en décembre 2015 avait rendu public un plan d’indemnisation des victimes et leurs familles, plan qui fut jugé inacceptable. Le propriétaire de Zhongrong – l’homme d’affaires taïwanais Wu Chi-Tao – dirigeait son atelier via un programme spécial d’investissement mené par la mairie de Kunshan depuis les années 90. Ce programme avait fait de Kunshan une destination majeure pour les investissements taïwanais sur le continent, avec dans la zone pas moins de 4200 entreprises financées par Taiwan.

Zou Lingdong, qui fut honoré pour son comportement héroïque lors du désastre, a perdu son emploi à l’usine et se bat pour trouver le travail qui lui permettrait de payer la scolarité de ses deux enfants. Song Chengqiang a survécu à la catastrophe et s’en est retourné à l’agriculture, mais lui aussi a du mal à joindre les deux bouts.

Un groupe d’ouvriers rescapés et leurs familles ont manifesté contre le plan d’indemnisation des victimes devant un édifice municipal de Kunshan. Certains avançaient que les sommes ne suffiraient probablement pas à payer les traitements médicaux.

Un ouvrier blessé a déclaré au mois de décembre que les fonctionnaires avaient dit aux victimes que ceux dont les blessures étaient les plus légères seraient payés en une fois, alors que les plus gravement blessés recevraient 90 % de leur salaire durant leur hospitalisation. Cet ouvrier a dit que lui et d’autres voulaient que les autorités clarifient les modes d’indemnisation des blessés plus légers, et comment les soins médicaux à venir seraient couverts avant d’approuver les estimations faites.

Même avant l’explosion, beaucoup d’ouvriers de longue date souffraient d’allergies et autres problèmes respiratoires apparemment liés à la poussière de métal. En 2012, on diagnostiquait à Song Changxing, 46 ans, une pneumoconiose, aussi appelée maladie du poumon noir.

Les ouvriers de l’usine, qui portaient lunettes et masques de coton au travail, ne semblent pas avoir compris que travailler dans une usine remplie de poussière de métal pouvait être dangereux.

Lu Jian, chercheur à l’Institut National japonais de la sécurité et de la santé au travail, dit que les ateliers de travaux métallurgiques doivent être toujours propres car les poussières contenant des particules d’aluminium, de magnésium, et d’autres composants sont dangereuses. Au Japon, dit-il, certaines entreprises du secteur aspirent la poussière de métal toutes les deux heures.

La loi chinoise dit que les ateliers métallurgiques doivent être nettoyés à chaque rotation de huit heures. Les survivants de l’explosion de Zhongrong disent que l’usine n’était pas nettoyée plus d’une fois par jour, un petit coup de balai quotidien à midi. Il arrivait que l’usine ne soit pas nettoyée pendant une semaine voire un mois.

Selon l’agence de presse Xinhua, parmi les condamnés suite aux violations des règles de sécurité à l’usine, on trouve le directeur Wu Chitao, et les cadres Lin Bochang et Wu Shengxian. Ils ont été suspendus et condamnés à des peines de prison de trois à sept ans et demi.

Toujours selon Xinhua, onze fonctionnaires responsables de la supervision de la sécurité au travail de la mairie de Kunshan ainsi que d’agences de protection environnementale ont été jugés coupables de manquements professionnels et condamnés à des peines de prison ferme.

En outre, les enquêteurs du Conseil d’état ont déclaré que 35 autres fonctionnaires avaient été sanctionnés. Parmi eux, Shi Heping, vice-gouverneur du Jiangsu, qui a reçu un blâme, ce qui rendra difficile pour lui d’obtenir de l’avancement. Lu Jun a été démis de ses fonctions de maire de Kunshan et exclu du Parti.

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