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Wanegaine Tching Tchong

Ovale polyvalence

9 Août 2016 , Rédigé par Battì Publié dans #Rugby, #Sharks, #Sport, #Rugenge, #Kigali

Ovale polyvalence

Trois continents. Ouais, mec. J’ai joué au rugby sur trois continents. C’est plus qu’Alain Carbonel et Christian Cauvy.

Je rigole, évidemment, mais je me suis rendu à mon tout premier entrainement rugbystique à Kigali. En fait j’avais envoyé un email à la fédé, avant de partir. C’était resté sans réponse jusqu’à hier.

Je rentre du boulot, je jette un œil à mes emails, et pouf ! Tharcisse Makanda en personne qui m’invite à me rendre à l’entrainement du mardi.

Je me suis pointé à l’école APE de Rugunga à l’heure. Il n’y avait personne. Pour ça, ça ne m’a pas trop changé de tous mes clubs précédents. Je le savais bien que c’était une connerie, mais je n’avais pas la force d’attendre.

J’ai donc poireauté. Et ils sont arrivés, petit à petit.

Il y en a un qui a sorti un ballon, on a commencé à se faire des passes pour tuer le temps. Et puis a débuté « l’entrainement » le plus hallucinant de ma vie. On a fait un petit touché. Les joueurs avaient de 7 à 39 ans. Ce n’est pas une faute de frappe. On a joué, adultes et gamins ensemble. La moitié des mecs jouaient en espadrille. On avait un ballon taille quatre pas assez gonflé et pas de chasubles.

Le cadre par contre était chouette. Très boisé, à la périphérie de la ville, un petit quelque chose de paradisiaque. Alors évidemment, la pelouse était du kikouyou (les vrais savent), et elle était très irrégulièrement répartie sur l’aire de jeu. Et là où il n’y en avait pas, il n’y avait rien, à part la terre rouge.

Dans une région au relief si accidenté, les espaces plats sont rares et précieux. Alors les mecs ont gratté au max pour tirer les dimensions du terrain. En vertu de quoi, quand tu marques un essai, tu as intérêt à contrôler ta vitesse sinon, une fois que tu as aplati, tu finis trois mètres plus bas, dans un ruisseau qui pue. Y a un gosse à un moment qui s’est fait mal parce qu’avec le retour du défenseur, il a été obligé d’aplatir dans un buisson épineux.

Le plus rigolo, durant ce touché, c’est que des bouts de chou de dix ans jouaient mieux au rugby que certains grands. J’ai déjà été éducateur auparavant, et j’ai toujours été fasciné par ces mômes qui arrivent à faire des trucs sans que tu leur aies jamais montré ou expliqué. Là on a petiot, il vient se proposer à hauteur pour prendre les intervalles (« lancé comme un frelon » ©), mais parfaitement, bonne trajectoire, bon timing. C’est beau.

Moi j’en ai chié. Je suis relativement en forme, mais tous les footings du monde ne préparent pas à jouer. Surtout en altitude. La première fois que j’ai dû taper un sprint, j’ai cru que j’allais me vautrer, empêtré dans mes jambes toutes molles.

Les petits se sont écartés au fur et à mesure pour aller jouer entre eux. Les grands ont commencé les exercices. 2 contre 2 et 3 contre 2, ce soir sous les ordres de Eden, ou Edam, ou Adam, j’ai pas bien compris son nom à l’Anglais. Il est de Liverpool, et ce chacal fait partie de ces anglo-saxons qui n’en ont rien à péter, ils parlent, et t’as qu’à comprendre. Et en plus, il lui manque une dent de devant à ce fumier. Je t’explique le résultat sonore...

Il a fallu expliquer comment fixer un défenseur, comment faire une sautée, quand la faire, quand ne pas la faire... mais avec la barrière de la langue, donc. Et là, j’ai été précieux parce qu’un des « leaders » de l’équipe, Barnabé, est francophone.

À la fin de l’entrainement, Eden/Edam/Adam m’explique que je suis tombé un mauvais jour, avec peu de joueurs présents.

« Ce que tu as vu aujourd’hui c’est le minimum. Jeudi dernier ils étaient 19. »

- Ah ok. Et ils jouent des matches des fois ?

- Ils jouent samedi prochain.

- Oh bordel.

- Ouais. Il y a plein de mecs rapides, avec des supers appuis. Par contre il y a pas un grand, pas un lourd. En match, ça va être une boucherie.

Fin de séance. Après les étirements, on me demande de me présenter. Je m’exécute. Je leur dis que je suis là pour l’année, et que je suis prêt à aider, que je suis un polyvalent et que je ferai ce dont ils ont besoin.

« Si vous voulez, je peux jouer avec vous, ou arbitrer, ou m’occuper de tous les pitchous qui sont là...

- Entrainer, aussi.

- Heu... entrainer je sais pas parce que...

- Si si, tu peux entrainer.

Et bon voilà. Ils m’ont dit « à jeudi ».

Alors je crois bien que ce jeudi, après le taf, je vais enfiler un short et retourner à Rugunga. Mais il se pourrait que d’ici là, je trouve le temps d’aller acheter une douzaine de plots.

Les Sharks en novembre 2015

Les Sharks en novembre 2015

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PAPA 14/08/2016 10:46

Hemingway et Kessel peuvent aller se rhabiller !! Ton vieux papa est fier de toi ! ( pas si vieux en fait...)

Grustine 10/08/2016 16:11

Ca me donne envie de chialer. C'est trop beau.

Battì 10/08/2016 18:28

Mais qu'elle est sensible...