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Wanegaine Tching Tchong

Épilogue acromio-claviculaire

18 Octobre 2016 , Rédigé par Battì Publié dans #Chirurgie, #CMU, #Codéine, #Kigali, #CliniqueBizet

Tudieu, que le temps file ! Mon blog chéri est délaissé tel une vieille crotte. Lecteurs, lecteuses, à partir d’aujourd’hui, je reprends tout ça en main, j’écris, je raconte, je photographie, c’est « Vis ma vie de Rwandais » qui débute.

Pour commencer, on va se charger de l’épilogue acromio-claviculaire.

J’ai donc consulté le docteur Bukara, bien conscient j’allais devoir passer sur le billard. Alors il a regardé mes radios et il a dit, l’air désolé : « Il faut opérer. »

Ok, sans surprise. On fait ça quand ?

-       Moi, je suis un toubib honnête alors je vous le dis : on n’a pas le matériel pour ce type de chirurgie. Je ne vous opère pas avec les vieilles techniques, c’est de la charcuterie. Allez faire ça à l’étranger.

L’opération, déjà, c’était pas franchement une bonne nouvelle. Mais là il m’achève, le docteur Bukara.

  • -       Vous avez pas l’équipement... mais commandez-le !
  • -       La procédure est extrêmement complexe et très longue, non, vraiment, non.
  • -       Opérez-moi à l’ancienne, alors ! M’en fous, moi, faites péter les vis, les écrous, les plaques et boulons !
  • -       Non non, ce sont des techniques complètement dépassées. Allez faire ça ailleurs. Vous pouvez trouvez de bons hôpitaux au Kenya, par exemple. Ou encore mieux, en Afrique du Sud. Mais franchement, à votre place, je rentrerai faire ça en France, vous avez une des meilleures médecines sportives au monde, des super spécialistes...
  • -       Mais il faut se payer un billet d’avion !
  • -       Vous avez la Sécu de chez vous, non ?
  • -       Heu... oui. Enfin il me semble.
  • -       Je serais vous, je n’hésiterais pas.

J’ai quitté l’hôpital anéanti.

Le taf, le prix du billet, l’absence... Bordel de bordel.

Épilogue acromio-claviculaire

Dans un premier temps, j’ai repris espoir quand un collègue m’a conseillé d’aller consulter à l’hôpital militaire, l’autre super hosto du pays. Là-bas, les chirurgiens, blouse blanche par dessus l'uniforme kaki, ont éclaté de rire en lisant mon dossier médical et m’ont dit en essuyant leurs larmes : « Le docteur Bukara de l’hôpital Faysal ne peut pas le faire et vous venez nous voir pour qu’on le fasse ? Vous êtes pas un peu fou ? Si c’est pas possible à Faysal, c’est pas possible au Rwanda, mon con ! Allez, barre-toi. Ah putain, la barre de rire... »

J’ai ensuite considéré les options africaines : Kenya et Ouganda. J’ai demandé des devis. J’ai vu les tarifs. J’ai compris que mon opération aurait lieu à Paris.

C’est ma mère qui m’a dit qu’elle connaissait bien un chirurgien d’élite. Bon, j’y ai cru moyen : les toubibs, les spécialistes qu’on consulte, c’est toujours des pontes, des sommités, des très bons... De l’autopersuasion à visée réconfortante. Alors bon, j’ai fait comme si de rien n’était et j’ai pris contact avec le cabinet du « ponte » parisien. On a fait tout ça par email, et ils ont été super cool, compréhensifs et arrangeants. On a pu fixer un rendez-vous, j’ai pu réserver mon billet d’avion. Opération le 5 octobre.

J’ai chopé un aller-retour chez Kenya Airways à 1000 €. Ce qui représente deux fois moins que la chirurgie en Ouganda. Que la chirurgie, hein. Sans les frais annexes.

J’ai fini les cours avec mon épaule en bandoulière, de moins en moins douloureuse, d’ailleurs, et je suis parti.

Arrivé à Paris, j’ai eu un premier rendez-vous avez le soi-disant cador. Arrivé à la clinique Bizet, j’ai vu un panneau avec écrit « Centre de l’épaule et de la main ». Bon, là j’ai commencé à me dire que finalement, oui, peut-être que j’étais pas si mal tombé.

Le toubib... je vais citer son nom, en fait : le docteur Valenti m’a ausculté. Souriant, bonne humeur, pas une remarque sur le fait que j’avais une heure de retard.

« Vous voyez on va rabaisser ça, remonter tout ça, bien attacher ici » tout en me gigotant l’articulation. Il entame les papiers. Je m’allonge parce que je sens que je vais tomber dans les vapes.

J’ai vu l’anesthésiste le lendemain. « Vous avez la CMU ? Alors j'enlève les dépassements d'honoraires. » Il y a des médecins qui se comportent en connards, mais y en aussi des bien. J’ai fait le touriste à Paris. Et puis est arrivée la date de l’admission.

Radios.

Rasage d’aisselle et de poitrine.

Douche à la Bétadine.

Prise de sang.

« Opération demain matin à 10 heures ! Bonne nuit ! »

Le lendemain, vers huit heures, alors que je me réveille gentiment, une infirmière tape à ma porte.

  • -       Monsieur ! Changement de programme ! On vous opère maintenant. Ils vous attendent au bloc ! Vous êtes prêt ?
  • -       Mais... heu, non, j’ai même pas pris ma deuxième douche à la Bétadine !
  • -       Hé ben allez, vite, la douche et au bloc !

Bonne petite panique matinale. Je me douche à fond la caisse pendant qu’on me gueule à travers la porte de me dépêcher.

Au bloc, les anesthésistes sont très sympas, s’excusent pour le coup d’accélérateur, qu’il y a eu un imprévu doublé d’un problème de communication... J’ai froid aux pieds.

Je balise à cause de l’anesthésie générale, ma première. On m’a dit tellement de mal du réveil.

On me fait rouler jusqu’à la table d’opération. On me pose un masque sur le visage. J’attends qu’on me demande de compter jusqu’à dix.

J’ouvre les yeux. J’ai toujours froid aux pieds. Une dame apparaît dans mon champs de vision.

  • -       Vous avez mal ?
  • -       Heu... Oui.
  • -       Sur une échelle de un à dix, vous évaluez votre douleur à combien ? Zéro c’est sans douleur, dix c’est insupportable.

Putain, ça me vrille l’épaule d’une force !

  • -       Heu... Je dirais sept.

Elle disparaît. Après quelques secondes elle réapparait.

  • -       Et maintenant ? Sur une échelle de un à dix ?

Ça va vachement mieux. Je sens une pointe fort désagréable, quand même.

  • -       Heu... Trois.
  • -       Trois, très bien.

Elle disparaît encore. J’émerge comme on se réveille d’une grasse mat’. Je me sens bien, reposé, un peu dans le pâté, mais le bon pâté, pas le pâté désagréable. Mon épaule ne me fait plus du tout mal. Putain, c’est Byzance, mec ! L'autre anesthésiste apparait.

  • Ça va ? Vous vous sentez bien ? On m'a dit que vous veniez de Corse. J'ai une maison à l'Ile Rousse. Je suis pas corse, hein. Mais j'adore.
  • Ha ? C'est... Heu... C'est super.

On me ramène à ma chambre. Et je comate devant la télé. Je m’endors, je me réveille, je somnole tout l’après-midi. Trop bien. Le docteur Valenti vient me voir. Il me dit que tout s'est bien passé, que c'était déjà bien cicatrisé et que chirurgicalement parlant, c'est une très bonne chose. Lui aussi il a sucré les dépassements d'honoraires. Mon hospitalisation m'a couté zobi zéro. Entre temps, j'ai pu avoir la confirmation qu'en fait, il est réellement une pointure de la chirurgie de l'épaule et de la main. Et il a sa maison de vacances à côté de chez ma mère.

Le lendemain, c’est moins Peace & Love, l’anesthésie est complètement dissipée, ça tire. Je carbure à la codéine.

Épilogue acromio-claviculaire

Je suis rentré pendant le week end. Le vol de huit heures, farci d’opiacés, c’était presque bien, dis donc.

J’ai retrouvé l’école pour la semaine d’examens : pas de cours donc. Ça m’a permis de reprendre en douceur. Maintenant on a une semaine de vacances : je me repose. Je dors beaucoup. On m’a enlevé les points cet après-midi. Dans deux semaines, je ne mets plus mon attèle, et je recommence à bouger le bras en douceur, progressivement.

Voilà, quoi.

Ça c’est fait. Bientôt je vous cause un peu plus de l’école.

Bécots !

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