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Wanegaine Tching Tchong

LA BAGAAAARRE !

7 Avril 2017 , Rédigé par Battì Publié dans #Rwanda, #Kigali, #Rugby, #LionsDeFer, #Buffaloes, #Bagarre

Les Lions de Fer 2017

Les Lions de Fer 2017

Journée 4.

Une fois de plus, je demande à arbitrer en province.

Et à nouveau on me file un match à Kigali.

« Tu arbitres Thousands Hills contre les Sharks, à Rutenga à 16 heures. »

Battì pas contrariant, il dit ok.

Le jour dit, tandis que bouillit l’eau de mes pâtes, le téléphone sonne.

« Baptiste, tu es où ?

- Chez moi, pourquoi ?

- Mais et le match ?

- Bah quoi ? c’est dans trois heures.

- Non, tu arbitres Lions - Buffaloes, maintenant, à Utexrwa.

J’ai donc gobé un kilo de nouilles, établissant peut-être un record au passage. Sac fait en trente secondes, j’attrape au vol le premier taxi-moto, je négocie pas le prix de la course, je me fais arnaquer comme un gros bleu et j’arrive rotant au stade où tout le monde est changé et à l’échauffement.

- Bordel ! tu m’avais dit Rutenga à 16 heures !

- Ah bah oui mais non, en fait non.

- Mais putain, pourquoi ?!

- Andrew refuse d’arbitrer les Buffaloes.

Andrew, c’est un jovial Anglais, petit, rond, chauve, la soixantaine, aux yeux bleus clairs marqués par moult troisième mi-temps. Et Andrew ne peut pas blairer les Buffaloes, et il faisait la touche le jour où un de leur joueur a cogné un arbitre.

Andrew, il a dit niet, j’arbitre pas ces cons.

Et me voilà, digérant mes pâtes au beurre, pour arbitrer à sa place.

Tu comprends, j’avais fait merveille la semaine dernière. Et surtout je suis le seul qui n’ai pas la pétoche face à ces gros cabours au regard mauvais.

J’ai le temps de me changer, de faire deux largeurs de terrain avant que John vienne me dire qu’il faut jouer tout de suite.

Je vous reparlerai de John.

On joue une première mi-temps virile mais correcte. Par contre ça parle beaucoup. Je comprends strictement rien à ce qui se dit, mais il est évident que les mecs se chauffent copieusement. Les Buffaloes sont encore nettement supérieurs mais ne jouent pas très bien. Ils ne mènent que 12 à 0. Les Lions s’y filent en défense mais ils n’ont pas grand-chose à opposer à part ça.

Après la pause, la tension monte sensiblement, insidieusement même. On va chercher le mec qui n’a plus le ballon, un Lion vient me montrer son crâne où est imprimé ce qui est indéniablement une belle trace de semelle.

« Monsieur l’arbitre, le 6 met des coups dans les rucks ! »

« Leur 9 introduit en deuxième ligne ! »

« Ils retiennent notre sauteur en touche ! »

J’en vois un coller de grandes tartes dans le dos d’un adversaire soi-disant hors-jeu dans un maul. Les deux capitaines sont dans la surenchère contestative et réclamifiante. Ça chauffe, ça chauffe, ça parle, ça invective (je suppose). Sur mêlée, le capitaine des Lions est délié trois heures avant la sortie du ballon, je le pénalise, il gueule en allant à dix.

Ils me gonflent.

Puis sur une action de jeu au large, dans un ruck banal, alors que le ballon vient de sortir, qu’est-ce que je vois-je ? Un pilard qui met un shoot dans le dos d’un Buffalo au sol.

Je me rue, les Buffaloes aussi, les Lions aussi, empoignade, cris, mais pas de coups. Les mecs gueulent en ikinyarwanda, je comprends pas plus qu’en première mi-temps. Je suis au milieu, je leur dis de se calmer, que j’ai vu.

Le volume sonore baisse.

Les joueurs se démélangent. Ça se calme.

Bon, c’est simple, que je me dis, rouge pour le pilier des Lions, on convoque les capitaines pour qu’ils calment le jeu, et on se remet au rugby.

Et là paf ! Un pain en pleine gueule, sous mes yeux. Un Lion vient d’emplâtrer (joliment) un Buffalo. Tout le monde se jette, nouvelle cohue, nouvelles braillades et menaces. Je suis toujours en plein milieu avec mes juges de touche qui pour le coup sont courageux.

Je me fais secouer, mais c’est de ma faute.

La raison c’est que les Lions jouent sans numéro dans le dos, et j’ai peur de ne pas reconnaître le coupable du coup de poing. Alors je l’ai chopé par le maillot, de justesse, et je sers de toutes mes forces pour ne pas le perdre. De mon bras libre, je repousse les assauts. J’ai de la chance car aucun coup ne part.

Ça se calme à nouveau. Je dis aux Buffaloes de reculer, aux Lions de la fermer. Andrew est là, je lui confie le coupable du coup de poing : « Garde-le moi au chaud, je calme les autres ».

Libéré de ma tache d’escorte, je retourne au milieu des gars, les calme, les sépare. « Dans votre camp, allez, reculez, vous aussi, et arrêtez de gueuler, j’ai tout vu.»

Le calme revient, les joueurs se séparent pour la deuxième fois et je me dis que je vais devoir sortir deux Lions au lieu d’un et que...

Bing ! Arrivé tranquillement, pas menaçant du tout, le flanker des Buffaloes colle un putain de coup de boule au flanker des Lions.

Et on est reparti pour un tour de guérilla soft. On s’écharpe mais on ne se cogne pas. Et ça gueule, mon pauvre, ça gueule...

je me demande vraiment combien de temps a duré ce bordel.

Bon, pour la troisième fois le calme revient. Cette fois j’arrive à mettre les deux équipes à dix mètres. Pas le temps de respirer que le capitaine des Buffaloes vient me tchatcher la tête. Cette libération d’adrénaline et de testostérone me donne envie de lui coller une tarte à lui aussi. Mais je ne peux plus faire ça.

Je suis arbitre, mec.

Tu tapes pas les joueurs quand tu es arbitre.

Heureusement, John, mon juge de ligne vient me voir. Ça me donne un bon prétexte pour dire au capitaine des Buffaloes d’aller à dix lui aussi. John est formel : le 3 des Buffaloes a mis un coup de poing.

- Un vrai ? Un beau ?

- Oui, coup de poing au visage du 4.

- Ah. Et tu dis quoi ? Tu dis carton ?

- Oui, c’est un rouge.

Pfiouuu... Je refais les comptes.

Le pilier : coup de pied à joueur au sol. Bon là je peux faire autre chose que l’exclure.

L’autre il va coller un pain sous mon nez, en plus il touche. Et il est seul à cogner, en plus... C'est un rouge.

Après il y a l’autre con, qui vient mettre une incappata alors que tout le monde était sage.

Et puis John qui m’en dénonce un autre.

Je vois que deux solutions : soit j’en exclue aucun, soit je les sors tous.

Je jette un coup d’œil au flanker des Lions. Il a clairement le nez pété.

Bon.

On y va.

Je leur fais dans l’ordre chronologique.

« 23 bleu, coup de pied à joueur au sol, vous sortez. » Le mec était déjà en route vers la touche.

« 8 bleu, coup de poing au visage, vous sortez. »

« 6 jaune, coup de tête, vous sortez. »

- Oui monsieur, je sais, pardon. Je m’excuse.

- Trois jaune ! Venez s’il vous plait.

- Quoi ? Moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?

- Coup de poing. Vous sortez.

Lui ne s’excuse pas et sort furieux. Punaise, je viens de sortir quatre mecs. J’appelle les capitaines pas du tout exemplaires.

« Bon, il reste quinze minutes à jouer. On fait quoi ?

- On joue, monsieur, on joue.

- On joue au rugby ?

- Oui, monsieur, c’est bon, on va jouer.

- Sinon je siffle la fin du match, je sors du terrain et vous pouvez vous bagarrez, c’est comme vous voulez.

- Non, non, monsieur c’est bon.

Je reviens à l’endroit du coup de pied qui a tout déclenché. On reprend. Je surveille la touche où sont tous les exclus. J’ai l’impression qu’ils sont prêts pour un nouveau tour de piste. Mais John veille au grain et les éloigne.

Et le match se terminera normalement, à 13 contre 13.

La supériorité des Buffaloes devient encore plus flagrante et ils s’imposent largement. 42-0.

Je siffle la fin du match. Ni énervé, ni vraiment fatigué, j’ai plutôt l’impression d’avoir tous les sens en éveil. Alors que j’ai envie d’envoyer chier tous les gonzes, on vient me serrer la main, je vois des checks et des accolades entre adversaires, j’en vois même qui se marrent.

J’avais oublié que les rugbymen étaient si joyeusement cons.

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Angeline 21/04/2017 13:49

j'aime me promener ici. un bel univers. venez visiter mon blog.

Angelilie 15/04/2017 22:32

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

France 09/04/2017 16:37

Ah ah la prochaine fois met du piment dans tes nouilles !bravo pour ce Match sympa !