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Wanegaine Tching Tchong

1937

10 Novembre 2012 , Rédigé par Battì Publié dans #Visites, #Nankin, #Histoire

Un de mes petits plaisirs du quotidien, c’est énerver mon monde en parlant du Japon. Une grande nation. Un peuple admirable.

Je me fais rabrouer, c’est rien de le dire. Mais je le cherche bien. Qui aurait l’idée de soutenir à des chinois que ce sont les japonais qui ont inventé la calligraphie ? A part moi, s’entend.

Donc je me fais plaiz’ : je parle des îles Senkaku, par exemple. Les quoi ? Les îles Senkaku, ce petit archipel au large de Taïwan. « C’est Diaoyu ! Elles s’appellent Diaoyu ! »

- Non, vous les appelez comme ça. Mais leurs légitimes propriétaires les ont baptisées Senkaku. Je les appelle par leur nom, excusez-moi.

C’est le moment où des petites bulles apparaissent au coin des lèvres de mes interlocuteurs, accompagnées de grosses veines bleues sur les tempes.

Les occasions ne manquent pas : sport, contrefaçon, cinéma... et si vraiment je suis de bonne humeur, je parle du Tibet.

Et puis là, je sais pas pourquoi, depuis une semaine j’ai calmé le jeu. J’ai arrêté avec le Japon. J’ai un peu laissé tomber les îles Diaoyu/Senkaku. Est-ce parce que j’ai visité le mémorial du massacre de Nankin ? Je ne saurais dire.

 

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La façade

 

 

L’esthétique est sobre, à la fois sinistre et pudique. Alors bien sûr, fins comme du gros sel, des décideurs ont décidé que ça aurait plus de gueule avec une musique lugubre. Donc à l’entrée, des enceintes balancent une espèce de chœur d’outre tombe, pour rappeler au connard lambda qu’il n’est pas sur la Grande Muraille, et qu’il serait bienvenu de fermer un peu sa gueule. Ça me navre. Mais ce qui va me navrer encore plus, c’est que cette musique d’ambiance va s’avérer justifiée. Les visiteurs étrangers doivent signer un petit registre. Pas du fichage du tout : même pas besoin d’écrire son nom, c’est plutôt pour connaître les nationalités.

 

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Sur le site reposent des milliers de corps. Quelques endroits ont été aménagés de sorte qu’on puisse voir les sites de fouilles, et le gigantesque mille-feuilles de squelettes souvent mutilés. Je me la sens pas de faire le listing des atrocités pratiquées, c’est trop insupportable. Au milieu des ossements, je sens monter en moi une sensation qui ne m’est pas étrangère. Une sensation franchement dégueu, la même qui m’avait retourné la tripaille sur les plages de Normandie. La lecture des panneaux explicatifs (en chinois, anglais et japonais) s’avère particulièrement pénible.

 

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Dans une des cryptes, de gros blaireaux, chinois 100% pur jus, papotent et rigolent. On s’esclaffe en se grattant les couilles à deux mètres du squelette d’un enfant à qui, par une belle journée de 1937, on a planté des clous dans la tête. La seule raison pour laquelle je ne dis rien c’est que je ne parle pas suffisamment bien pour leur coller la honte, à ces demeurés consanguins. Une jeune chinoise est outrée mais se tait.

 

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Là dessous reposent 10000 à 12000 personnes.

 

 

Ça secoue. Le grand monument appelant à la paix, les beaux jardins et les fleurs rappellent que la vie continue et qu’il ne faut jamais se laisser abattre. On respire à fond, on jette un œil au ciel bleu et on continue la visite.

 

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Les noms des victimes

 

 

Et on devrait pas. Parce que la suite de la visite, c’est un musée à la thématique très mal choisie. C’est une accumulation de preuves irréfutables, d’identités de témoins directs, de photos confondantes. « C’est vrai ! C’est vrai ! Ça c’est passé comme ça ! » braillent les vitrines. Tous ces innocents méritaient mieux que cet empilement d’arguments qui, au final, ne fait que donner de la consistance au négationnisme japonais.

 

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Le grotesque à son apogée : dans chaque chemise, le nom d'une victime ou d'un témoin direct.

 

 

 

Les hippies ne disaient pas que des conneries.

 

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