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Wanegaine Tching Tchong

La night

27 Février 2012 , Rédigé par Battì Publié dans #Yangzhou, #Bringue

Alors je vous l’annonce tout de go, ce texte, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans son écriture. Question d’image. De réputation. Faut me comprendre. Et puis, après avoir ruminé et ruminé, tout-à-coup, comme ça, paf ! j’ai allumé mon traitement de texte et je me suis lancé dans ces lignes liminaires. J’avais besoin de raconter tout ça, mais précédé d’une pitoyable explication en forme de justification dédouanante.

 

C’est donc fait.

 

Donc bon, voilà : il m’arrive, parfois, de sortir le soir. Pas trop souvent, mais quand même régulièrement. Je veux dire, je suis un gars sérieux, mais pas non plus un moine trappiste. Je bosse et je m’amuse de façon équilibrée, quoi.

(pfoulalà, ce que c’est dur cette intro qui en finit pas !)

 

Tout ça pour pouvoir me faire ce petit plaisir : décrire les nuits de Yangzhou.

 

Tout d’abord, il faut admettre une chose : les night-clubs n’ont pas vraiment d’identité, que ce soit en terme d’architecture, de déco, d’ambiance... c’est partout à peu près pareil.

 

Déjà, on est dans un immense fourre-tout décoratif, à caractère 100 % occidental. C’est pas évident à décrire.  On se croirait dans le grand salon d’une dynastie hybride. On ne sait pas qui va se pointer en costume d’époque : Louis XVI, la reine Victoria, ou la famille Médicis. Au plafond, on a en général une densité d’approximativement un lustre  au mètre carré. Que de la dorure, gros. Sinon c’est aménagé comme une discothèque normale : comptoir circulaire, boxes sur les côtés, et au centre une piste de danse. Sauf qu’il y a une variante de taille : la piste de danse est occupée par des tables version fast-food, où on boit debout. Or donc se pose la question : mais où diable les gens dansent-ils ? Et bien c’est simple, pour celles et ceux à qui viendraient l’envie de se trémousser, il y a de petites estrades, ou des scènes, je ne sais pas ce qui fait la différence. Elles sont savamment réparties dans la boite, et on y danse avec de la hauteur. Le seul problème, c’est que lorsque personne n’y danse, le client non averti ignore l’existence de ces estrades. Vu que moi, les premières fois, j’étais pas averti, je me suis désintégré à plusieurs reprises l’arête du tibia ou la rotule (la hauteur des estrades peut varier).

 

L’accueil se fait façon hôtel quatre étoiles. Il y a de jeunes portiers qui vous souhaitent la bienvenue. Des filles aussi, mais je doute qu’on les appelle des portières. Ils ont la petite vingtaine, ont le look branché local, ils rigolent beaucoup entre eux. Ambiance cours de récré. Il y a un vestiaire, qui ressemble à tous les vestiaires du monde. Sous les miroirs du plafond, il y a toujours des salons. Ça fait un peu office de salle d’attente pour ceux qui partent et attendent les retardataires... Ou pour ceux qui s’emmerdent. Pour ceux qui ont abusé, ça fait également office de coin récup’. Il fait moins chaud, la musique est moins forte, et on peut tenter de reprendre ses esprits entre les colonnades dorées, les fontaines en marbre, les cygnes en cristal, sous le regard bienveillant de Mona Lisa ou de la Vénus de Boticelli.

 

Quand on arrive à l’intérieur, dans l’antre, la fournaise, l’accueil haut de gamme se poursuit. Il y a tout plein de serveurs habillés comme des croupiers de casinos, ils placent les clients, les installent, prennent les commandes, servent. C’est bien mais c’est long. Le temps que votre commande arrive, vous avez réellement soif. On paye d’avance. Pas de pourboires. Mon regret, c’est qu’ici, pour être wanegaine, il faut avoir une table. Or moi, je suis de la Old School adepte des comptoirs. Surtout qu’ici, au comptoir, c’est Cocktail en permanence : les serveurs passent leur temps à s’entrainer et répéter leurs enchainements comme Tom Cruise dans le film. C’est fabuleux de les voir faire voler et virevolter les bouteilles et les verres. Et que je l’attrape par le goulot dans le dos sans regarder, et que le verre se pose tout droit sur le dessus ma main, et que je te sers ton verre par dessus l’épaule... J’adore. De temps en temps, ils font un vrai numéro, les projecteurs sont braqués sur eux, et là ça dépote.

 

Pour la façon dont les gens se comportent là-dedans, c’est peu évident à appréhender. Certains ont l’air de s’ennuyer à mourir,  tandis que d’autres pètent les plombs. Et un chinois qui pète les plombs, c’est pas rien. J’ai vu de vénérables quinquagénaires dansant torse nu tout en se faisant pincer les tétons par de sublimes nymphes de la nuit (le genre de scène qui vous fige). Çe ne semblera rien à qui ne connaît pas les chinoises, mais j’ai même vu de bonnes copines se rouler des pelles avant de partir dans des éclats de rires hystériques. Ça, il n’y a que ceux qui sont allés en Chine, dans un petit bled comme le mien, qui peuvent réaliser ce que ça représente en terme de partage en vrille.

 

fevrier 0712

 

 

Beaucoup de filles ont un look vaguement kawaï. Elles ne veulent pas avoir l’air féminines, elles veulent ressembler à des petites filles. Il faut dire que leur silhouette et leur système pileux le leur permettent. Ceci dit, ce n’est pas la règle, d’autres jouent la carte sexy dans le sens où nous la connaissons. Celles-ci, à l’inverse des précédentes, rembourrent leurs soutiens-gorge et portent des talons. D’où un contraste net entre ces deux populations. Entre les deux, il y a les danseuses.

 

Les danseuses sont payées pour occuper les estrades, et bouger leur corps. Elles sont dans la lumière, scrutées par qui veut scruter, et probablement  surveillées de près par leur chef. Donc ça danse. Mais comme elles ne doivent pas toucher bien lourd, elles se contentent de danser, et rien d’autres. Résultat : on voit fréquemment des automates programmés pour bouger comme Shakira, avec sur le visage l’expression d’une caissière de chez Carrefour dépressive. Autant dire que c’est étrange. Et ces danseuse, donc, constituent une sorte de mix entre les deux tendances des clientes : elles sont habillées très (très) sexy, mais ont des corps de pré pubères. Ou inversement, elles ont des formes de déesses, mais portent des couettes et les fameuses socquettes blanches qui font baver tant de lecteurs de mangas. Dans certaines boites pas trop sélect', les danseuses sont de jeunes filles complètement normales qui enchainent sans joie des chorégraphies insipides sous le regard haineux de leur petit copain. Dans les établissements plus classes, les danseuses sont magnifiques, dansent pas trop mal, et se fendent la gueule sous le regard de leur petits copains qui s’en foutent parce qu’ils boivent à l’œil.

 

Ces danseuses, c’est à double tranchant. Le positif, c’est que c’est toujours sympa pour l’ambiance, bien sûr. Et accessoirement, ça donne aux libidineux l’occasion de se rincer l’œil en toute tranquillité (hein ? quoi moi ?). Ce qui est moins chouette, c’est que ça bloque nombre de clientes qui n’osent pas danser soit parce qu’elles estiment danser trop mal, soit parce qu’elles se trouvent trop moches comparées à ces filles sublimes. Que ce soit vrai ou pas, le résultat est là : si vous avez amené des copines timides (pléonasme ici), elles n’iront pas danser.

 

Les soirées sont rythmées de petits spectacles. J’ai mentionné les serveurs au comptoir, les danseuses. Il y a aussi des chansons : une espèce de machin à mi-chemin entre les univers vestimentaires Mad Max et San Ku Kaï se pointe et chante en faux play-back des tubes d’époques et origines diverses. Les chanteurs se la donnent copieux, on croirait qu’ils ont un public de 80000 personnes. Mais concrètement, c’est comme ce que font tous les boys/girls bands.

 

Une fois, la boite accueillait une chanteuse très célèbres et sévèrement has-been. Elle avait paraît-il interprété de grands succès dans les années 80. Quand elle a commencé à chanter, ce fut une démonstration de professionnalisme : voix nickel, gestes qui vont avec les textes, plein d’émotion, des petits gestes complices à l’attention des fans (qui ignoraient qu’elle serait là ce soir, et qui brandissent des panneaux « on t’aime » distribués à l’entrée de la boite). A la fin de sa représentation, elle fut encerclée par un service d’ordre impressionnant, sept ou huit gars qui ont constitué autour d’elle un rempart indestructible et qui la menèrent hors de la foule qui ne demandait rien.

 

En outre, il y a toujours beaucoup d’écrans vidéo disséminés : les images défilent tout là-haut, juste en dessous des lustres. La plupart du temps, c’est insipide, on croirait n’importe quelle chaine de télé musicale. Mais parfois, ça arrive, on peut voir des vidéos originales et très réussies. A ce jour, celle qui m’a le plus marqué, ce fut un mix parfaitement synchro entre musique techno d’excellente qualité (une espèce de syncope pleine de basses apocalyptiques) et les images d’un défilé militaire nord-coréen. Pour suivre la musique, la vitesse des images était légèrement accélérée, transformant les régiments du président Kim en armée Duracel. Si ça m’a marqué, c’est probablement parce que ça faisait un peu peur.

 

Particularité amusante : parfois dans les toilettes (des garçons), il y a un gars qui se propose de vous masser la nuque pendant que vous faites pipi. C’est très perturbant : moi déjà le simple fait de l’apercevoir approcher dans mon dos et s’apprêter à me poser les mains sur le cou alors même que j’ai la stouquette à l’air, ça me gêne. Surtout que j’ai la vidange sensible, il suffit d’un rien pour provoquer une fermeture réflexe des vannes. Mais je vois des gars qui sont clients. Et donc tandis qu’on leur masse la nuque, eux pissent comme si de rien n’était.

 

Deuxième particularité amusante : des filles magnifiques, de pures beautés plastiques au regard de braise, viennent parfois me saluer en me caressant le bras du bout de leurs grands ongles. Moi, couillon, j’ai cru pendant un moment qu’en fait j’avais beaucoup de charme et que les asiatiques, elles, au moins, savaient reconnaître un beau mec quand elles en voyaient un (vous ne me méritez pas, françaises !). Voyant mon sourire niais tandis que je contemplais une de ces créatures aux longues cuisses qui dansait langoureusement en me jetant parfois une œillade complice, un camarade à l’air affligé est venu me dire avec beaucoup de tact « C’est une pute ».

- Quoi ? Mais tu plaisantes ? On s’est aimés au premier regard. Me fais pas le coup de la crise de jalousie, s’il te plait. C’est pas ma faute si t’es moche.

 

Voilà voilà.

 

A côté de ça, on rencontre beaucoup de gens sympas. On s’offre volontiers à boire d’une table à l’autre. On trinque beaucoup (comme pendant les repas officiels). Mais le volume sonore est tel qu’il est impossible de discuter. Alors on se contente de picoler joyeusement, à la bonne franquette. Des fois, ceux qui partent vous laissent leur carte de visite. Et puis qui commande une bouteille d’alcool se transforme aussitôt en VIP : on ne se contente de vous amener à boire. On vous sert la mixture (le whisky accompagné de thé glacé est très prisé), en ouvrant grand les bras, en faisant monter la bouteille très haut et descendre le verre très bas, et c’est ainsi que votre whisky mousse. On vous amène un plateau rempli de fruits : pomme, ananas, pastèque, savamment découpés pour que ça ait l‘air très joli. A peine avez-vous sorti une clope que quelqu’un surgit pour vous l’allumer... On a l’impression d’être un empereur romain. Un peu moins quand vous vous faites balancer par les balayeurs. C’est qu’il y a dans les établissements de nuit une cohorte d’employés attachés à la propreté du sol. Ils vont, viennent, pelle et balai à la main, traquant les mégots et tout ce qui se voit. Si vous avez un pied qui couvre la moitié d’un mégot, vous récoltez un coup de coude dans le foie donné sans un regard par un(e) de ces éboueurs de l’extrême (une telle conscience professionnelle, c’est louche : pour moi, ils sont payés au poids de détritus ramassés).

 

Ça se termine très tôt par rapport à chez nous. La soirée bat son plein de 23h à 2h du matin. Ensuite ça décline rapidement. On sort rarement au-delà de 3h30. Ou alors c’est qu’on papote avec les videurs ou un DJ. A ce jour, je n’ai assisté qu’à une seule bagarre de parking. J’entendis et reconnus immédiatement les cris que cette activité suscite (panique féminine, agressivité masculine). Mon sang ne fit qu’un tour et je me précipitais, bien décidé à assister à mon premier combat de kung fu en vrai. Quelle ne fut pas ma déception : les protagoniste s’échangeaient de vulgaires coups de poings dans la gueule ! J’allais leur crier mon indignation et leur dire la honte qui devrait être la leur au vu du patrimoine culturel et pugilistique dont ils sont les héritiers, mais on m’a retenu et mis de force dans un taxi.

 

Comme chez nous, ça se termine bien souvent par un gueuleton dans un resto qui fait du 24/24. Malheureusement, c’est une partie de la soirée que je n’apprécie encore que très peu car ma maitrise du chinois me prive du principal intérêt de ces moments : le bavardages avec des inconnus.

 

Comme d’une part je ne suis pas raisonnable, et comme d’autre part je n’ai plus vingt ans, je paye ces soirées au prix fort. Et il n’est pas rare, le lundi matin, qu’un étudiant me demande si je suis malade.

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marie jo fogacci 10/03/2012 13:25

Mais tu y vas seul, ou avec des potes?
Parce que ça semble pas fandoche fandoche ces sorties!!!!