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Wanegaine Tching Tchong

Le Mur (1)

19 Mai 2012 , Rédigé par Battì Publié dans #Visites, #Grande Muraille, #Jinshanling

Beijing 1594

 

Alors la Grande Muraille, ce fut une autre paire de manches. Jusque là, c'était pépère : métro, fastoche, pas cher, rapide, ticket d'entrée, visite, audio-guide, photos, merci, au revoir.

Tranquille.

Mais elle, la Muraille, elle n'est pas en ville. Il faut quitter Pékin. J'ai encore fait mon rebelle, et décidé de ne pas faire appel aux voyages organisés. Je suis parti tout seul, comme un grand.

Je me suis donc rendu à la gare routière. J'ai choisi d'aller voir la Muraille à Simatai. Parait que c'est beau et pas trop fréquenté. Pour aller à Simatai, il faut prendre le bus jusqu'à la ville de Minyun, puis prendre un minibus à touristes. Alors je cherche le bus pour Minyun, je regarde attentivement les panneaux. Une dame m'aborde, très gentille, elle parle assez bien anglais.

"Minyun ? Vous visitez la Grande Muraille ? C'est le bus 153, c'est là-bas, suivez-moi". Elle ne porte aucun signe distinctif, ni badge, ni brassard. Je trouve ça louche. Je la suis, méfiant. Je vois le panneau Minyun 153, il y a une longue file d'attente de petites gens encombrées de valises et de cartons mal ficelés. Je m'apprête à intégrer la queue, la dame m'interpelle : "Non, par là, venez". Nous contournons les grilles, j'ai fumé toute la file. Et personne ne bronche. Le bus arrive. "Voilà, c'est votre bus". Bon, c'est le moment où elle va me demander des sous pour son aide indispensable, me dis-je. "Allez, bonne journée, bonne visite !" Je suis vraiment un connard, elle était juste gentille et serviable et souriante et désintéressée. Le coeur léger, réconcilié avec le genre humain, je monte dans le bus. On ne me fait pas payer. Zut, me revoilà soupçonneux.

 

La route défile, je laisse mes soupçons paranoïaques dans la capitale. Une heure plus tard, nous arrivons dans la grande banlieue de Minyun. Le bus commence à faire des arrêts, les voyageurs descendent au fur et à mesure. Et puis tout-à-coup, à un arrêt, un homme monte, vient me voir : "C'est vous qui allez à Simatai ? Il faut descendre ici". Pas le temps de trop réfléchir, je me lève, et tandis que je descends les marches du bus, je me demande comment il sait qu'il y a un européen qui va voir la Grande Muraille dans ce bus. Et là je revois la dame de la gare routière qui me regarde monter dans le bus, elle fait un clin d'oeil au contrôleur qui lui répond d'un petit signe de tête, et tandis que le bus s'éloigne, elle saisit son téléphone portable. "Dédé ? Cest Lulu, il y a un français qui va à Simatai dans le bus de 8h25... Ouais... À plus, bisous".

Putain de putain.

Me voilà au milieu d'une banlieue désertique, seul avec deux gars, à côté de leur petite berline, sous le soleil qui cogne dur aujourd'hui.

- Bon, Simatai... bla bla... marche... visite... blabla... ticket d'entrée...

- Ouais. Combien ?

- Je vous dépose au parking, vous avez le temps de visiter les tours du secteur...

- Combien ?

- Alors à partir d'ici il y a une heure de route, plus encore trente minutes pour aller jusqu'au parking...

- Combien ?

- 600 yuans.

J'éclate de rire et me tourne vers la six voies. Un autre bus 153 arrive, parfaitement synchro. Je l'arrête d'un mouvement de main imperceptible. Derrière moi, le gars me demande "Bon, d'accord, alors combien ?" Le bus se gare, la porte pile bien en face de moi. Je monte, les mecs derrière gueulent, ils sont furax. Le bus démarre. Bye, les entubeurs. J'ai fait une sortie de héros de cinéma ! La classe totale !

 

Au terminus, un conducteur de minibus vient me voir. Son anglais est affreux mais il a une bonne tête. "Grande Muraille ? Okay, je fais l'aller-retour plus l'attente au parking" On négocie. 200  yuans.

"Je vais à Simatai"

- Simatai, close.

- Okay, super.

- You go look Jinshanling.

- Hein ? Not Jinshanling ! Simatai !

- Yes. Simatai close. Jinshanling very nice.

Il veut absolument m'amener à Jinshanling. Mais pourquoi ? J'insiste lourdement pendant qu'on roule. On va bien à Simatai ? Et toujours il me répond "Yes" et "Simatai close" et il mentionne Jinshanling. C'est bizarre. A nouveau je me méfie. Close... oui, c'est vrai que les deux sites sont proches, mais je vois pas le rapport.

Nous roulons. Nous arrivons à un embranchement. Le gars arrête le fourgon devant un grand panneau bilingue. Pour cause de rénovation, le site de Simatai est fermé.

Close.

Le gars me regarde. "Simatai close"

- Closed.

- Mmm ?

- ClosED

- Hooooo ! Closed ! Sorry, my engliss very bad ! Closed.

- It's okay, no problem. So, can you take me to Jinshanling ?

- Yes, Jinshanling, very nice ! ................ closED......... closED...

 

 

Beijing 1690

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