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Wanegaine Tching Tchong

Non mais laissez-le...

14 Mars 2013 , Rédigé par Battì Publié dans #L'université de Yangzhou, #France, #Boulot, #Endless boogie, #Katerine, #FLE, #Interculturalité

Le rire.

En cours, c’est quand même l’arme fatale. Il y a trois ans, au Pérou, j’en parlais avec une collègue (très drôle) qui m’avait dit « je me demande comment font les profs qui n’ont pas d’humour ».

Et effectivement, on peut se poser la question.

Face à une classe qui sature, regarde fixement dehors, contemple hypnotisée le faux pli de votre chemise, le rire est terriblement efficace pour ramener tout le monde au cours. Mais on n’est pas non-plus des clowns, donc il faut parfois laisser quelqu’un d’autre déclencher la rigolade. Cette semaine, pour ventiler la caboche de mes ouailles, je leur ai fait croire qu’on bossait, mais en fait j’avais délibérément fait une croix sur la fin de séance pour qu’il ne leur vienne pas l’envie de me crucifier. Donc, sous couvert de travail et de découverte musical, je leur dis qu’on va s'attaquer à une chanson.

Ça suscite quelques regards curieux. Pas plus.

Mais voilà : les étudiants chinois, vous ne le savez pas peut-être pas, sont incroyablement timides et pudiques. Ils préfèrent se défenestrer que prendre la parole face à la classe (on a une bonne dizaine de morts par semaine). La moindre allusion un peu olé olé et vous verrez leur trognes devenir incandescentes. Un jour, parce que j'ai fait allusion au cinéma porno, j'ai eu un cas d'autocombustion spontanée.

Alors, tout exprès, je leur fais écouter mais aussi et surtout REGARDER l’œuvre immortelle de Philippe Katerine : La Banane.

Alors sur le plan didactique, vous pouvez chercher : il n’y a strictement rien à tirer de ce machin. Pour ce qui est de la langue proprement dite, on est proche du zéro absolu ; interculturalité en sauce ; civilisationnel inexistant. Mais pour déclencher l’hilarité de jeunes chinois, il s’agit d’une bombe atomique.

Il faut savoir qu’en Chine, la banane est un symbole phallique encore plus explicite que chez nous. Et puis, si les chinois manient le second degré et l’autodérision sans problème (jetez un coup d’œil à leur cinéma), c’est quasi inexistant dans la chanson. Les chanteurs et chanteuses sont des lovers, des sex symboles incarnant la perfection. Alors quand mes étudiants voient Katerine avec ses cheveux filasses, sa bedaine et sa tête de con, ils hallucinent.

En tout cas, le titre fait désormais partie de leur répertoire, et ils en sont ravis. Et même un peu fiers : plusieurs ont mis le clip en ligne sur RenRen (le réseau social chinois) pour en faire profiter tous leurs camarades. « Regardez comme on est des cinglés, nous, au département de Français ».

Précision sans intérêt : à titre personnel, je déteste les cyniques. Donc je déteste Philippe Katerine. Surtout qu'en ce moment, j'écoute du rock qui a du poils aux couilles.

(c'est très vulgaire, je m'excuse)

" Philippe qui ? "

" Philippe qui ? "

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Alexandre 10/12/2013 12:40

Salut, collègue! Tu bossais ou, au Pérou? Moi, j'ai passé 2 ans au francopé, et me voici aujourd'hui en Chine aussi. J'adore to blog ALEX

Alexandre 10/12/2013 15:51

Je suis dans une fac de Wuhan.

Battì 10/12/2013 15:04

Salutations camarades,
Je bossais à l'Alliance Française d'Arequipa. Tu es où en Chine ?
(merci pour le compliment, ça fait chaud au coeur)

toto 15/03/2013 12:42

Batigoal je valide entièrement toute ta théorie sur l'humour comme arme didactique et c'est surtout vrais avec les pires classes . Quand au titre "la banane" je ne le connais pas préférant moi
aussi les morceaux poilus aux parties génitales .
Bon courage et des bises tom

Benance 15/03/2013 12:25

Trop bonne idée, le clip de la banane pour faire marrer tout le monde.
Par contre, pas sûr que ça ait pu faire le même effet auprès d'étudiants français suivant des cours de Chinois...