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Wanegaine Tching Tchong

Welcome

10 Septembre 2011 , Rédigé par Battì Publié dans #L'université, #Gastronomie, #Interculturalité

Réunion à l’International Office. Tous les profs étrangers sont là. Il y a les trois coréens, dont la belle Sooah. Les deux japonais sont présents, ils ont des gueules de grands maîtres d’arts martiaux. Faut pas les faire chier, les gars, ça se voit. Les trois ricains encadrent mon voisin nord irlandais. Il y a aussi « James », notre interlocuteur au quotidien. James ne s’appelle bien évidemment pas James, mais à l’International Office, les employés ont tous un prénom anglais, tellement plus facile à mémoriser et prononcer. Et puis il y a monsieur... heu... J’ai oublié le nom du grand chef. Mais il est gentil, souriant, relax, tout bien.

La réunion s’avère être un briefing. Le boss nous cause, on écoute, il nous inonde de choses à faire, à ne pas faire. Il faut se couvrir pour ne pas prendre froid, par exemple (véridique). Je prends des notes, de peur d’oublier de si bons conseils. Bon, d’autres conseils sont plus intéressants. Par exemple, il faut éviter d’acheter un vélo électrique. On va se les faire faucher en deux deux. Il faut pas avoir honte, il faut acheter des vieux vélos tout pourris et rouillés. Le chef paie d’exemple, lui-même se déplace sur un débris. C’est la seule solution pour dormir tranquille. Monsieur Hirachi objecte dans son anglais d’Okinawa : « ha bah moi j’ai déjà acheté un beau vélo électrique tout neuf ».

« Faudra pas venir chialer », lui répond-on (en des termes moins crus).

« Pour ce qui est de la religion, vous pouvez en parler en cours, mais uniquement dans une perspective académique. N’essayez pas de convaincre ou de convertir vos étudiants. »

Pour ça, ils risquent rien avec moi...

« Pareil au sujet du gouvernement chinois. Vous pouvez aborder le sujet mais il faut que ce soit dans le cadre des objectifs pédagogiques de votre cours. Ne vous lancez pas dans de grands discours dénonciateurs. Nous comptons sur vous. »

Voui, bon, j’étais pas venu pour allumer un foyer d’insurrection, donc ça devrait aller.

Il s’adresse à moi, gentiment : « C’est votre première fois en Chine, vous vivez probablement un choc culturel. Il ne faut pas vous inquiéter, vous allez vous adapter ». Je ricane intérieurement.

Welcome

Une fois tout cela envoyé, nous allons diner, invités par l’université. Voilà qui emballe tout le monde. Nous nous rendons à pieds dans un hôtel tout proche. Le restaurant est en fait un ensemble de pièces isolées. Chaque table a sa salle, son personnel, ses toilettes. La table est immense et ronde. Au centre, un grand plateau en verre. Il est monté sur un axe qui permet de le faire tourner. Les plats sont posés au bord, et on peut donc les faire défiler en fonction des envies. Vous vous servez du foie en bouillon que vous boulottez consciencieusement. Et quand vous relevez les yeux, la soupière a disparu, remplacé par un plateau de crevettes et un saladier de... de végétaux verts et oranges. Fruits ? légumes ? difficile à dire. On dirait de la mangue, mais c’en est pas. C’est bon, en tout cas. J’avale, me redresse, mes baguettes prêtes à repartir à l’assaut de... hooo ! un gros poisson ! Et ainsi de suite... Ce sont réellement des dizaines de plats qui se succèdent. Quand un est vide, il est remplacé par un autre, au contenu différent.

Welcome

Les moins rigolos (coréens et amerloques) boivent du Coca. Je bois du rouge avec les japonais, du Great Wall. Il est pas bon mais reste buvable. Les attaquants carburent au Beijo (42°). Ils sont deux : le big boss et M. Brinson, un californien qui a une sacrée tchatche. J’ai l’impression qu’ici, tenir l’alcool est la garantie d’être tenu en haute estime. Brinson se sert un godet à ras bord de Beijo. Il le vide. Et se ressert. Il boit ça comme du cidre. Autour de la table, certains le regardent comme s’il était capable d’éteindre ses clopes dans le creux de sa main. Brinson parle toujours, il est intelligent, il a du bagou et beaucoup d’humour. Et il se ressert du Beijo. Tout le monde s’empiffre. Le temps passe, les plats défilent, et Brinson commence à parler plus fort. Ses phrases commencent à s’émailler de « fuck ». Il enquille les verres et bute parfois sur quelques mots. John et David, ses deux compatriotes sont figés. Brinson interpelle les gens, limite agressif, mais à chaque fois il balance la plaisanterie qui fait marrer et détend la situation tendue qu’il a lui même installée. Mais il continue avec le Beijo. Il y a de plus en plus de « fuck ». Jin lui pose une question, Brinson commence à répondre, bafouille un peu, digresse, et en arrive à parler d’autre chose sans avoir répondu. Il demande s’il peut fumer, quelqu’un répond que non parce qu’il y en a que ça gêne. Brinson s’allume une clope. Il interpelle monsieur Hirachi. « Alors comme ça vous v’nez d’arriver ? ».

- Oui, j’arrive un semaine avant.

- Ha ? Et vous eu l’temps d’visiter un peu ?

Pardon ?

Vous avez visité un peu la région ?

Oui, un peu.

Vous êtes allé à Nankin ?

Silence glacial. Même moi, qui jusque là prenais ça à la rigolade, je me fige. Putain, ça va mal finir. Et je suis pas le seul à le penser. « Nankin ? » répond M. Hirachi trop concentré sur la langue pour saisir l’allusion, « Non pas encore. Mais bientôt, j’espère ».

Le boss veut que ça s’arrête, mais ne veut pas laisser Brinson foutre le diner en l’air. Il fait parler les autres pour que Brinson la ferme un peu. Ça marche cinq minutes. Brinson finit la bouteille de Beijo, monopolise à nouveau la parole et devient de moins en moins rigolo. Le chef lui dit d’arrêter de boire. Brinson commande une autre bouteille de Beijo. Le chef interpelle la serveuse et lui interdit de ramener une bouteille. Brinson proteste, transige, okay qu’on lui amène une bière, alors. Non. Le diner est fini. Nous partons et j’ai le sentiment que nous sommes passés tout près de quelque chose de pas bien joli. M’en fous, moi j’ai mangé pour trois jours.

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Florian 12/09/2011 20:46


Justine tu m'as devancé sur les 2 questions qui me turlupinaient mais l'avantage, c'est que j'ai mes réponses ...


justine 12/09/2011 11:55


Bon j'avoue, je n'ai pas compris le pourquoi du silence glacial qu'a provoqué l'allusion à Nankin. Tu peux m'expliquer ?


Battì 12/09/2011 12:44



http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Nankin


Ou encore :


http://www.franceinter.fr/em/la-marche-de-l-histoire/103989



justine gasselin 11/09/2011 19:16


C'est lequel sur la photo le Californien soiffard ?


Battì 12/09/2011 04:17



Je dis pas.