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Wanegaine Tching Tchong

Welcome (part II)

12 Septembre 2011 , Rédigé par Battì Publié dans #L'université de Yangzhou, #Banquet, #Foot, #Interculturalité, #Rognons, #Kim Jong Il

En cette belle matinée orientale, alors que le soleil darde se premiers rayons à travers les saules pleureurs et que je vais d’un pas guilleret vers mon UFR au milieu d’étudiantes souriantes et court vêtues, je réalise que je suis parti sans mes clefs. Et que par conséquent je suis enfermé dehors.

Alors je sais pas vous, mais moi, quand je commence ma journée comme ça, c’est souvent annonciateur d’une avalanche de merdes en tous genres. Donc bien sûr j’y pense et je me dis que c’est parti pour un grand FCP (Festival de Couilles dans le Potage). Et à ce moment je palpe mon autre poche et constate que je n’ai pas un yuan sur moi. Si une météorite frappe la Chine aujourd’hui, ça va être sur mes godasses... Bon je reste stoïque, assure mes cours et m’en vais à l’International Office où ils ont les doubles de toutes les clefs. « James » m’accueille, se marre, et me donne un double de chez moi. « Ha et au fait, demain rendez-vous ici à cinq heures et demi, on va à une fête. Faudra mettre une chemise. » Cool ! « Ha et au fait, ce matin M. Brinson est venu s’excuser pou son comportement de l’autre soir. Il nous a promis qu’il arrêtait définitivement de boire. Nous avons décidé de lui donner une chance mais si ce genre de chose se reproduisait, nous le laisserons partir. Nous préférons le dire à tout le monde pour que les choses soient bien claires entre nous tous ».

Bon bah ça c’est fait. J’aime beaucoup l’expression « nous le laisserons partir ».

Welcome (part II)

Le lendemain, je me pointe tout beau tout frais, et nous partons à la fête dans un grand hôtel du centre ville. Nous avons nos places attitrées. La grande soirée est organisée par la province du Jiangsu. Apparemment les invités sont issus de milieux différents, même si je doute qu’il y ait des représentants du syndicat des éboueurs. J’ai l’impression que le monde des affaires et les politiques et/ou fonctionnaires locaux sont mélangés dans une joyeux cocktail de gens dotés d’une quelconque forme d’influence. L’université a deux tables : à l’une divers chefs administratifs, chefs d’UFR et profs. À l’autre, un assortiments de représentants étrangers : trois profs (moi, David le texan et Chris de Belfast) et une poignée d’étudiants, costaricain, nord-coréen, égyptien, iranien... Belle brochette de winners : bon courage si vous demandez un visa pour étudier en France, les gars !

Pendant les présentations j’ai repéré un grand échalas tout mou. Charismatique comme une boite de petits pois et doté d’un regard laissant penser qu’il se nourrit exclusivement de foin, personne ne le voit. Mais je suis doté d’un détecteur d’invisibles et je lui cause. Je lui demande d’où il vient. Il hausse les sourcils et en esquissant ce que j’ai fini par considérer comme un vague sourire, de l’index il a pointé son cœur. Sur sa chemise insipide était planté un gros pin’s en forme de drapeau flottant dans le vent. Sur fond rouge, Kim Jong Il nous contemplait.

Welcome (part II)

À mon grand plaisir, je retrouve les tables à plateau rotatif. Après une série de longs discours, le spectacle commence, les gens s’en foutent et se gavent de bouffe ou d’alcool ou des deux. Des danseurs, chanteurs, musiciens se succèdent. Il y a même un numéro de flamenco ! Le costaricain regarde, se tourne vers moi : « C’est dingue ce que le monde est devenu petit. » J’étais précisément en train de me dire la même chose.

L’iranien me branche football. « Domenech a tué l’équipe de France. Zidane, ça c’était un joueur. » Oui bon, t’en as encore beaucoup des comme ça, lapin ? Mais j’apprends une chose intéressante. Le gouvernement iranien ne fait rien pour avoir une équipe nationale performante : les résultats positifs de la sélection donnent lieu à des scènes de liesse d’une telle ampleur que ça déplait fortement aux ayatollahs, bien connus pour leur propension à serrer les fesses en toutes circonstances. J’avoue que ça me la coupe. J’aurais plutôt pensé qu’un pouvoir autoritaire aurait utilisé ça en guise de soupape de sécurité. Mais apparemment non...

Le foot rassemble. Tout le monde a son truc à dire. J’assiste au dialogue entre un british et un latino-américain qui parlent de la Premier League.

- C’est laquelle ton équipe préférée ?

- Quoi ? En Angleterre ?

- Ben ouais. T’as bien un club favori.

- En Angleterre, non. Moi mon équipe c’est l’Alega, le club de mon bled au Costa Rica. Le foot anglais, je regarde, mais en fait je m’en fous de qui gagne ou perd.

Le british semble tomber des nues. Et quand il me pose la question, je lui dis que je m’en tape du championnat anglais, que pour moi il avait cessé d’exister après la retraite d’Éric Cantona. Il rit et dit que oui, quand même Canto c’était quelque chose. Et il relève son col et prend un air méchant.

Autour de nous, ça trinque à tout va. Et ici, pour trinquer, on se lève. Et on trinque avec plein de gens. Des gens viennent à notre table, ils veulent trinquer. Je pose mes baguettes, me lève, attrape mon verre « Santé ! ». Il faut boire puis incliner le verre pour que les autres en voient le fond. Gad’, j’ai tout bu ! Cinq minutes passent, il faut remettre ça. Et ça se répète, encore et encore. Je regarde dans la salle, le cérémonial a lieu partout. Des tablées entières s’assoient ou se lèvent sans arrêt. Et ça dure pendant tout le repas. C’est bien, tu manges tout en faisant des squats.

Welcome (part II)

 

Je finis mon troisième bol de nouilles, termine mon rouge (du Chang Yu) puis je rote en me demandant si je vais essayer de dépiauter ce qui reste de poisson ou alors replonger dans le saladier de rognons. Et là, la musique cesse, la dame au micro souhaite une bonne soirée à tout le monde, les gens se lèvent et partent. Y compris à ma table. Je vois la salle se vider. C’est fini. J’engloutis une ultime boulette de viande et suis le mouvement.

- Dis donc Chris, ça s’est fini de façon un peu... heu...

- Abrupte ?

- Oui, abrupte, c’est le mot.

- C’est toujours comme ça. Quand c’est fini, tout le monde s’en va en même temps, d’un seul coup. Je m’y suis jamais habitué.

Chris est en Chine depuis trois ans, quand même. Donc nous sortons, retournons à la voiture de « James ». Et, mécaniquement, c’est le bordel sur le parking. Toutes les berlines s’en vont, et personne ne cède le passage à personne.

 

Par la fenêtre, je vois défiler les néons, les vitrines, les enseignes des karaokés... Le vent est doux, la lumière de la lune dessine la skyline de Yangzhou. Et je repense au saladier encore plein de rognons. 

 

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Florian 12/09/2011 20:59


Mince, Brinson n'était pas invité ? Dommage, vu la séquence d'enchaînement de trinquage ...
Bon, et à force de te faire inviter au resto et à y faire tourner les tables, as-tu enfin réussi à prendre quelques kilos ? Cette coutume des plateaux tournants me laisse tout de même rêveur ...


Battì 13/09/2011 01:20



Du tout, je sais aiguisé comme une lame et pointu comme un couteau.



justine gasselin 12/09/2011 11:52


Trop classe les noeuds dorés derrière les chaise...