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Wanegaine Tching Tchong

Effets pervers

11 Septembre 2013 , Rédigé par Battì Publié dans #Vie quotidienne, #Fête des enseignants

Hier, 10 septembre, c'était la fête des enseignants.

Les asiatiques n'ont pas la même perception de cette profession que les occidentaux. Pas du tout. En Inde aussi, ça existe. Et je peux vous dire que ce jour là, on se prend un coup de boost au moral pas évident à décrire tant il est puissant. Le principe de cette fête, c'est d'exprimer envers les enseignants respect et gratitude. En Inde, un élève avait fait un beau dessin, qui avait été affiché dans un couloir de l'école. On y voyait une chandelle dans l'obscurité. Et il y était écrit : " les enseignants sont comme des bougies : ils se consument pour nous éclairer ".

Vous pouvez fermer la fenêtre, s'il vous plait ?

Vous pouvez fermer la fenêtre, s'il vous plait ?

Ainsi la tradition veut qu'on fasse un petit cadeau à son ou ses profs. Une petite carte de vœu, le plus souvent. Avec un joli dessin au feutre. Qu'on accroche à son frigo. Et qu'on sera pour toujours incapable de jeter et qui survivra à tous les déménagements.

Oui mais voilà, il y a un hic.

Dans le milieu éducatif chinois, concurrentiel au possible, les cadeaux ont eu tendance ces dernières années à gagner en valeur marchande. Toujours plus beaux, toujours plus gros, toujours plus chers. Les dessins au feutre ont été supplantés par les bons d'achat dans de grands magasins ou pour des boutiques en ligne. Il parait même qu'il y en a qui donnent carrément une enveloppe. Rouge, l'enveloppe.

La raison est facile à deviner : on achète un traitement de faveur pour son enfant.

Le format et la couleur ne laissent aucune place à la surprise.

Le format et la couleur ne laissent aucune place à la surprise.

Et le phénomène a engendré une nouvelle source d'inquiétude. Des parents ont commencé à se dire " mais alors si je fais pas de cadeau au prof, mon enfant va être victime d'injustice en classe ! "

Et vlan ! en avant la surenchère.

Le ministère a rappelé que légalement, les enseignants n'ont pas le droit d'accepter des cadeaux. Mais dans la pratique... Lundi dernier, le service de régulation du trafic de la police de Pékin a annoncé que le 10 septembre était une journée critique autour des écoles. Sous-entendu : c'est la ruée aux offrandes.

Et c'est ainsi que, via internet, ont commencé à fleurir les témoignages. Anecdotes terrifiantes, révoltantes mettant en lumière le racket éducatif.

Heureusement, la profession échappe à la vindicte populaire. Tout simplement parce que des gens intelligents ont mis un miroir en face des parents indignés. A qui la faute ? Certainement pas aux enseignants qui n'ont rien demandé.

Certains refusent les cadeaux, même si c'est un peu extrême. Car comme le dit une enseignante du primaire "si je refuse le cadeau, c'est perçu comme du mépris et je suscite l'inquiétude des parents ; si j'accepte le cadeau, c'est moi qui suis mal à l'aise ".

Ce qui est le plus triste, c'est qu'aucun bon d'achat, aucun stylo plume, aucune montre n'est en mesure d'atteindre la valeur affective des dessins maladroits et colorés d'un enfant. Ni celle des messages affectueux rédigés dans un français surprenant que me donnent certains de mes étudiants.

Effets pervers

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al 15/10/2013 12:31

Oui effets pervers...! l'un dans l'autre on est bloqués, accepter ou refuser alors ?