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Wanegaine Tching Tchong

Mon poteau

9 Septembre 2013 , Rédigé par Battì Publié dans #Yangzhou, #Vie quotidienne

Quand je suis arrivé à Yangzhou, j'ai rapidement localisé la ruelle à boustifaille. Petite rue de rien du tout, serpentant dans un quartier résidentiel "populaire", on y trouve tout ce qui se fait en "street food" chinoise. Et on a beau me répéter que c'est pas une nourriture saine, c'est là que je me sustente la plupart du temps.

Je me demandais comment tous ces petits commerçants vivaient la concurrence, a priori féroce. Jusqu'à ce que je comprenne qu'ils étaient tous plus ou moins parents.

A l'un de mes stands préférés, il y avait un petit bébé adorable qui fondait en sanglots à chaque fois qu'il me voyait. Attention, pas de la petite larmichette de diva, hein. Les vrais pleurs déchirants d'un enfant terrifié. Et bien évidemment, j'avais beau me sentir gêné, tous les gens alentour se bidonnaient à la vue du nourrisson si radicalement allergique à ma face d'occidental. Le caractère systématique du phénomène avait même commencé à susciter chez moi une forme d'indignation.

Fort heureusement, le bout de chou s'est habitué à moi. D'abord il a cessé de pleurer pour simplement enfouir son visage dans le cou de sa mère, ou de sa tante, ou de sa grand-mère, ou de n'importe quelle personne qui était en charge du bambin.

Le temps a passé, et sa peur s'est lentement muée en hostilité. Les regards noirs qu'il me jetait semblaient avoir vocation à faire changer la peur de camp.

Puis il a fini par m'ignorer. De façon un peu trop ostensible.

Et puis un beau jour, facile un an et demi après mon arrivée dans le coin, quelqu'un a brisé la glace et engagé le processus de normalisation de nos relations. Ce fut le grand-père. Il est venu vers moi avec l'enfant, et l'a encouragé à me faire coucou. Puis à m'envoyer des bisous. Et ignorant ma nationalité, il essaya de faire répéter à l'enfant des "hello" soigneusement prononcés.

Depuis, c'est mon pote. Grand-père présent ou pas, le loupiot me sourit. Il maintient une distance entre nous, mais il y a dans ses regards assurés et ses sourires en coin toute l'assurance de celui à qui on ne la fait plus.

Mon poteau

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