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Wanegaine Tching Tchong

Blaireau Man

3 Septembre 2012 , Rédigé par Battì Publié dans #Yangzi Jiang, #Aéroport, #Campo del Oro, #Shanghai, #Hongqiao, #Léguman

Souvent je repense à Léguman, le super héros de Topor qui amusa tant les gamins qui regardaient Téléchat. Il était ridicule : tête de citrouille, bras en petits pois, etc. Mais au final il battait les méchants.

Autant pour moi, ses bras étaient des carottes.

Autant pour moi, ses bras étaient des carottes.

Moi, c’est l’inverse : je suis sublime, un genre de statue grecque parée de vêtements à la fois chics et discrets. Mais au final je suis une tache.

Ceux qui me connaissent un tant soit peu auront déjà deviné pourquoi j’écris ça. Oui, tel un Macauley Culkin du 21ème siècle, j’ai encore raté l’avion. J’avais dit à ma frangine : sur un vol intérieur, il faut se pointer une heure avant le décollage. Elle m’avait répondu « Ouais, c’est bon, vas-y, jusqu’à 14h10 ça ira ».

- Heu... oui mais bon, y être avant 14h00, ça serait mieux.

- Ouais, t’inquiète ma poule. On se boit un coup ?

Et donc advint ce qu’il advint : je suis entré dans l’aérogare de Campo dell’Oro à 14h07, et l’enregistrement fermait à 14h05.

Je suis allé au guichet Air France et j’ai dit comme dans les films « Le prochain avion pour Roissy ». La dame m’a répondu « Il décolle dans vingt minutes, il va à Orly et il est complet. Je vous mets sur liste d’attente ? » Ça, ils le disent jamais dans les films.

Bon, j’ai eu de la chance : j’ai expliqué à la dame que j’avais une correspondance pour Shanghai le soir même (ça en jette, faut avouer) et je crois qu’elle m’a mis en tête de la liste. Plein de gens attendaient déjà avant moi. Ainsi, pour la modique somme de 25000 dollars, j’ai pu arriver à Paris à temps et choper mon vol pour Shanghai. Comme je suis un grand optimiste, je considère que j’ai perdu un billet, alors que j’aurais dû en perdre deux. Parce que sans le vol Air France à 20 milliards de brouzoufs, je perdais aussi mon Paris-Shanghai.

Après 11 heures de vol, arrivé dans la colossale cité futuriste (bientôt des photos ici même), je filais en métro à la gare routière pour prendre le bus vers Yangzhou. Il faut savoir que quelle que soit votre destination, quand vous quittez l’aéroport international, vous en avez au moins pour une heure. S’il y a des changements, ça peut vite monter au delà. Là, par exemple, je devais changer de ligne Place du Peuple. La station de métro de la Place du Peuple, comment dire ? Elle est grande comme un aérogare d’Orly. Il faisait 35°, j’étais en pantalon parce que dans l’avion ça caille. Ruisselant de sueur, trainant mon sac qui pesait un âne mort (putain mais pourquoi j’ai ramené deux dictionnaires ?!) avec en prime un mal de dos à chialer. Il était 15h30, avant l’heure de pointe : impec’. Une bonne heure trente de métro+marche après, arrivé au guichet, la dame m’a dit « Il n’y a plus de bus pour Yangzhou. Le prochain c’est demain matin ».

Après avoir séché mes larmes, je respirais profondément et réfléchis. 17h00. L’heure de pointe. Et ma dernière option si je veux pas dormir ici, c’est le TGV, dont la gare se trouve au terminus de la plus longue ligne de la ville.

Dans un gémissement résigné, je mis à nouveau la bretelle de mon sac sur mon épaule littéralement incandescente et me lançais à nouveau dans le métro. Avec encore un putain de changement à la putain de Place du Peuple ! ... et des rames et des stations bondées.

18h, la nuit est tombée. Dans la gare top moderne de Hongqiao, je zieute les panneaux des départs, intégralement en chinois. Je n’y vois que des horaires matinaux, à la date de demain. Je vais devoir dormir ici... Pour éviter de prolonger la galère, je me dis que pourrais déjà commencer par acheter mon billet de train pour demain. Maintenant, j’ai mal au crâne, je pue comme un mec qui vient de suer tout l’après-midi et n’a pas pris de douche depuis 24 heures. Et mon haleine me fait comprendre pourquoi il y a des hygiaphones aux guichets de la gare de Shanghai Hongqiao. En prime, je commence à tomber de sommeil.

12--septembre 0060

 

 

 

Je fais la queue aux derniers guichets ouverts. Je fais comme à Ajaccio : « le prochain train pour Zhengjiang ».

- Où ?

- Zhenjiang.

- Hein ?

- Zhenjiang ! Merde à la fin ! Vous faites chier avec vos tons !

- Zhenjiang ?

- Zhenjiang.

- Non, ça se dit Zhenjiang. Répétez : Zhenjiang.

Elle plaisante pas, elle me fait réellement répéter, sans un sourire, jusqu’à ce que je le dise correctement.

« Le prochain est à huit heures ». La vache ! Vu comme comme je suis démonté, ça va être chaud pour me lever si tôt demain ! « Il y en a pas plus tard ? »

- Non, c’est le dernier, après ce ne sont plus des trains rapides.

Comme j’ai pas envie de faire 10 heures train, je me résous à prendre le train de huit heures, déjà convaincu que je vais pas réussir à me lever et ainsi repartir pour une journée de galère. Je paie et quitte le guichet, me demandant où je vais dormir quand tout à coup, en jetant un vague coup d’œil à mon billet, je constate que mon train est à 20h00 ! Ho boudiou ! Je cours en gémissant vers le hall des départs dans cette gare grande comme le parc des expositions du Bourget. Et j’ai mon train !

 

Arrivé dans mon wagon, répugnant et essoufflé, je m’enquiers de mon fauteuil car le numéro n’est pas indiqué sur mon ticket. « Vous n’avez pas de fauteuil ». Je regarde autour de moi : le wagon est en effet complet. Et aux deux extrémités, des couillons comme moi, qui vont voyager debout.

 

A cet instant, seule la perspective de dormir dans mon lit m’empêche de me suicider à coups d’extincteur. Surtout qu’on m’apprend gentiment au téléphone que le dernier bus de Zhenjiang à Yanzhou est à 18h30. Bah on prendra le taxi, hein, après tout... Hi hi ha ha !

 

A Zhenjiang, je prends le taxi, et c’est là que m’arrive la seule bonne surprise de ce long et pénible voyage : nous traversons le Yang Tsé par le bac ! De nuit, notre barge coupe le trafic ininterrompu des péniches XXL qui transportent charbon et minerais le long du fleuve. Les bateaux passent vraiment tout près les uns des autres, j’ai presque peur. Mais c’est beau. Et puis le soir, j’ai dormi chez moi.

 

12--septembre 2061

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marie jo fogacci 09/09/2012 15:42

hi hi hi !!!

Florian 05/09/2012 21:43

Pourquoi flotte-t-il ici comme une impression d'éternel recommencement ? L'association "boire un coup" et "rater l'avion" semble être une sorte de rituel de passage ... Et se défausser sur ses
petits camarades, c'est mal en plus.

Battì 06/09/2012 02:35



Je me défausse pas, je constate. C'est toujours de la faute des autres que je rate mes avions.



Soeur Rustine 04/09/2012 18:58

je reclame un droit de réponse : ledit Blaireau-man ne savait pas quel était l'heure limite d'embarquement, ce qui est bien pratique lorsqu'on prend l'avion, et en guise de "boit un coup ma poule"
il fallait plutot entendre : "dis-donc, faudrait pas y aller là?"
Je refuse donc categoriquement d'endosser la responsabilité de cet énième ratage d'avion ! Non mais dis donc...